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Togo

Les évêques appellent à la relance du processus électoral

Face à la situation complexe dans laquelle s'est empêtré le débat politique, et ses graves conséquences sur la vie sociale et politique des Togolais, les évêques du Togo, dans une lettre pastorale, se sont prononcés pour la relance du processus électoral, en appelant la classe politique à un «dépassement des intérêts partisans».
De notre correspondant à Lomé

«Nous ne pensons, nous évêques, que le dialogue soit totalement rompu ; quand on dit dialogue, il faut donner et recevoir, il faut que chacun y mette de la bonne volonté et qu'on se dise que nous sommes pour le bien commun et non pour le bien personnel», a déclaré lundi le Père Amouzou Dzakpah, administrateur de la cathédrale du Sacré-Cœur à Lomé, la capitale togolaise.

La réaction du curé fait suite à une lettre de la Conférence des évêques du Togo, dont copie a été adressée au chef de l'État, dans laquelle les évêques de sept grandes villes du pays dressent un sombre tableau de la vie socio-politique de leurs concitoyens en 12 ans d'un interminable processus de démocratisation. «Nous faisons tous, de façon presque unanime, ce constat : les citoyens de notre cher pays, dans leur grande majorité, sont confrontés dans la vie quotidienne à des lancinantes difficultés et à des souffrances de toutes sortes», souligne la lettre des évêques. «Témoins, accuse cette lettre en 17 points, nous le sommes tous également de la dégradation quotidienne des structures sociales de notre pays : la santé et l'éducation particulièrement pour ne citer que ces deux secteurs clés».

Les évêques notent dans leur lettre que devant «les échecs et les déceptions enregistrés» dans la longue marche en vue de la construction du pays, «le peuple donne maintenant l'impression de ne plus croire à l'efficacité de son effort, aux fruits de sa grande patience et de la nécessité même de la chose publique bien conduite». La Conférence des évêques prévient que les conséquences d'une telle attitude sont «néfastes» pour la nation. Aussi, les évêques ont-ils interpellé particulièrement la classe politique, en lui demandant «de créer, sans tarder, les conditions adéquates permettant au peuple de s'exprimer, d'exercer ses droits et d'accomplir, dans le respect mutuel, ses devoirs politiques». L'exercice de ces droits et devoirs passe, à leur avis, notamment par le choix de ses représentants à l'Assemblée nationale.

La troisième voie

Le pays est malheureusement engagé depuis les accords politiques de juillet 1999, intervenus entre la mouvance du président Gnassingbé Eyadéma et l'opposition, dans un processus électoral dont on ignore encore l'issue. L'Accord-cadre de Lomé, né de la présidentielle contestée de juin 1998 (qui avait donné le président Eyadéma vainqueur eu premier tour), avait prévu des élections législatives anticipées qui ont été déjà reportées à deux reprises, la dernière fois en mars 2002. «Il est d'une nécessité impérieuse que ces élections aient lieu dans les délais impartis pour donner au peuple, comme c'est son droit, l'occasion de désigner, en toute liberté et connaissance de cause, ses dirigeants. Et tout chrétien est tenu en conscience d'exercer son droit de vote», ont rappelé les évêques, tout en insistant que soient créées «les conditions d'un vrai choix, et donc d'élections effectivement libres et transparentes».

Ils relèvent, à cet effet, que l'une de ces conditions est la mise sur pied d'une «institution constitutionnelle» en charge de l'organisation du scrutin dont «l'autonomie, la neutralité et l'objectivité ne souffrent d'aucune ambiguïté». Ce qui tranche nettement avec le Comité des magistrats mis en place par le gouvernement, en lieu et place d'une Commission électorale nationale indépendante (CENI) paritaire (pouvoir/opposition), pour conduire l'organisation des prochaines élections. Cette décision du pouvoir, catégoriquement rejetée par l'opposition, est venue aggraver la crise politique. Les positions sont pour l'instant nettement tranchées : le pouvoir estime que la nomination des magistrats répond à une disposition du code électoral qu'il avait fait modifier en février dernier par le Parlement ; l'opposition, elle, n'entend pas participer à un scrutin organisé par des juges «inféodés au pouvoir».

Une troisième voie, celle des évêques, estime qu'une solution est possible par «un dépassement de tous ou du moins d'une majorité pour faire passer le bien commun avant les intérêts partisans». La Conférence des Evêques du Togo, par la même occasion, exige de tous les partis politiques, de quelque bord qu’ils soient, qu'ils publient leurs programmes où soient mis en évidence leurs objectifs et les moyens concrets de réalisation de ces objectifs, ainsi qu'une «vision claire» de la société qu'ils veulent bâtir. Au peuple, elle demande «conversion des cœurs, effort, énergie spirituelle et intellectuelle, sueurs et peines consenties et assumées» nécessaires au progrès humain. «Toutes ces valeurs (...), le peuple togolais les a déjà payées très cher et continue d'en payer un lourd tribut... L'heure n'est donc pas au découragement et à la démission», encourage la lettre des évêques.

«C’est une amère déception pour notre part, on a beaucoup misé dans ce pays sur une certaine alternance. Quoiqu’il en soit, nous sommes en attente que la gestion de la chose publique soit vraiment transparente, qu’elle soit équitable, juste et qu’il n’y ait pas de laissés-pour-compte parce que notre pays a les ressources naturelles, minières et humaines qu’il faut pour une bonne gestion», a déclaré, de son côté, le Père Amouzou Dzakpah, pour qui le message des évêques est leur contribution à la chose politique. «Nous pensons que si la classe politique s'inspire de ce que les évêques viennent de dire dans leur message, on peut aller très, très vite loin pour le bien de tous», car, conclut-il, «nous n'avons pas besoin de descendre dans l'arène politique, nous ne pouvons pas faire plus que ça, nous sommes là pour indiquer la bonne voie, celle de la vérité, de la justice, de l'équité».


par Guy  Mario