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Taiwan

Nouvelle tension entre Taiwan et Pékin

Le régime de Pékin a très vivement réagi après le discours prononcé par le président de Taiwan annonçant la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’île.
De notre correspondant à Pékin

En se prononçant en faveur de la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’île, lors d’un débat public samedi soir, le président taiwanais Chen Shui-bian a surpris tous les observateurs, et Pékin en premier lieu. Les officiels chinois ont réagi vite, mais assez calmement, en rejetant la proposition jugée «dangereuse» et «contraire aux intérêts de tous les Chinois, y compris les Taiwanais», tout en rappelant que «la seule voie possible» est celle de la réunification.

La presse pro-Pékin de Hong-Kong, Macao et chinoise d’outre-mer s’est montrée plus véhémente, en publiant une pléthore d’articles dénonçant l’offre de Chen comme «un acte de mépris du peuple chinois», le sommant d’arrêter de «jouer avec le feu», tout en prédisant que l’indépendance amènerait Taiwan au «désastre». Lundi matin, un article du quotidien Wen Wei Po de Hong-Kong rappelait même, telle une menace, la tenue d’«une série sans précédent de manoeuvres militaires, à la mi-août, combinant différents corps d’armée tout le long de la côte, dont la cible stratégique est l’île de Taiwan».

Alors que les dirigeants communistes sont tous occupés à préparer le 16e Congrès du Parti communiste, prévu à l’automne, l’Armée populaire de libération (APL) fêtait ce week-end à Pékin son soixante-quinzième anniversaire, et quelques heures avant le discours indépendantiste du président taiwanais, le ministre chinois de la Défense avait rappelé sans équivoque la ligne de Pékin, en affirmant ne pas renoncer à une intervention militaire si jamais Taiwan déclare son indépendance. D’autre part, Pékin vient de remporter une victoire diplomatique la semaine dernière, en parvenant à faire reconnaître sa souveraineté à l'île de Nauru, dans le Pacifique Sud, en échange d'une aide économique. C’était l’un des rares états de la planète reconnaissant encore Taipeh comme capitale chinoise.

Guerre de mots

«Chen est allé plus loin qu’il ne l’a jamais fait en deux ans de mandat dans l’escalade verbale avec la Chine populaire» commente un diplomate occidental en poste à Pékin, «mais il sait ce qu’il fait». En jetant un pavé dans la mare, Chen est en effet conscient qu’un référendum a très peu de chances de voir le jour. Pour qu’il ait lieu, il faudrait modifier la législation taiwanaise, ce qui nécessite le vote des deux tiers du Parlement, et c’est aujourd’hui impossible car les grands partis d’opposition désapprouvent la proposition du président indépendantiste. Le résultat d’un tel référendum ne serait même pas certain, les sondages sur l’île étant mitigés.

Depuis la fuite de Tchang Kai-shek en 1945, la séparation entre Taiwan et la Chine populaire a engendré beaucoup de tensions verbales, quelques échanges de tirs, mais jamais de véritable conflit armé. «Ce qu’on fait on n’en parle pas, et on parle fort de ce qu’on ne fera pas» dit un proverbe chinois utilisé souvent par les Taiwanais lorsqu’ils évoquent la question de l’indépendance. Les menaces de part et d’autre visent surtout à faire peser la balance de son propre côté. Pour la Chine, il s’agit d’isoler l’île sur la scène diplomatique internationale, et d’accélérer son retour dans le giron de la mère-patrie. Pour Taiwan, il s’agit de préserver le statu quo (l’indépendance de fait), tout en multipliant les liens économiques et commerciaux avec le continent. L’île a investi 100 milliards de dollars sur les provinces côtières chinoises ces dernières années, et bien qu’on en parle peu, c’est un des atouts majeurs du sacro-saint développement économique de la Chine communiste. Une «poule aux œufs d’or» qu’aucun des deux bords n’a intérêt à tuer.



par Abel  Segrétin

Article publié le 04/08/2002