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Football

Le fabuleux destin de Monaco

L'entraîneur de l'AS Monaco, Didier Deschamps, pendant une conférence de presse le 25 mai. 

		(Photo : AFP)
L'entraîneur de l'AS Monaco, Didier Deschamps, pendant une conférence de presse le 25 mai.
(Photo : AFP)
Monaco tentera ce soir, à l’Arena Auf Schalke de Gelsenkirchen, de rejoindre l’Olympique de Marseille, seul club français à avoir remporté la Ligue des champions (1993). Une tâche difficile face au FC Porto, vainqueur de la Coupe de l’UEFA il y a un an.

Personne n’aurait osé imaginer au début de la saison 2003-2004 que Monaco disputerait dix mois plus tard la finale de la plus prestigieuse des Coupes d’Europe. Le club présentait un bilan financier catastrophique; il lui avait fallu emprunter de l’argent pour régler le salaire de ses joueurs et la direction nationale de contrôle et de gestion (DNCG) avait décidé de rétrograder le club en deuxième division. Mis dans l’impossibilité juridique de subventionner comme avant le club, la famille princière finit par trouver un sauveur, un richissime monégasque qui a fait fortune dans l’immobilier. L’ancien président quitte le club et la nouvelle saison s’engage. Sans vedette sinon l’Espagnol Morientes, prêté par le Real Madrid qui continue à lui payer une bonne partie de son salaire, Monaco apportant seulement un complément.

L’Espagnol qui se révèlera un excellent choix: il va terminer meilleur buteur de l’épreuve avec à son actif onze buts en neuf matches, sans compter naturellement la finale. L’Espagnol qui va connaître avec ses camarades un fabuleux destin tout au long de l’année, exécutant La Corogne lors de la première phase (8-3), peut-être le match-déclic, sortant ensuite le Lokomotiv Moscou en huitième de finale, les Galactiques madrilènes en quarts de finale (2-4, 3-1), puis les Anglais d’Abramovitch-Chelsea en demi-finale, sans jamais avoir le statut de favori. Des succès inimaginables, façonnés par un homme, Didier Deschamps, ancien capitaine de l’équipe de France, championne du monde (1998), puis championne d’Europe (2000).

Deux clubs français finalistes des Coupes d’Europe cette saison

Finalement la figure la plus emblématique du club, c’est lui. Champion d’Europe en 1993 avec l’OM puis avec la Juventus de Turin trois années plus tard. Il symbolise autant la réussite individuelle que collective. Appelé dernièrement à passer son concours d’entraîneur, il a terminé major de sa promotion. On l’annonce à Turin, dans son ancien club. A trente-cinq ans, il paraît promis à une très grande carrière d’entraîneur. Prudence quand même: la France qui encense aujourd’hui Monaco est aussi celle qui, il y a quelques mois, à l’initiative notamment des présidents de Marseille et de Lyon, dénonçait les privilèges fiscaux du club de la Principauté. La France qui se demandait si Monaco devait bien figurer dans le P.F.F (paysage footballistique français). Les Monégasques le savent: s’ils remportent la couronne, ils seront bel et bien Français. S’ils s’inclinent face aux Portugais, légèrement favoris, ils subiront à nouveau les attaques de ceux qui ne les aiment pas. Peu importe. L’avenir, c’est le présent, c’est la finale, c’est la possibilité de rejoindre l’OM dans l’histoire, sans imiter sa dernière déconvenue en finale de la Coupe de l’UEFA contre les Espagnols de Valence.

Les deux clubs français finalistes des Coupes d’Europe cette saison c’est presque une histoire à dormir debout. Le championnat national n’est pas le meilleur d’Europe, la presque totalité des joueurs de l’équipe de France évoluent à l’étranger, les grands étrangers ne viennent pas en France. Qu’est-ce qui fait gagner le football français? Peut-être le fait de se battre à onze et de ne pas compter sur une ou deux stars dans une équipe, voire quatre, cinq ou six comme le Real Madrid. Au fond le foot français n’est que l’enfant naturel d’Astérix.



par Gérard  Dreyfus

Article publié le 26/05/2004 Dernière mise à jour le 26/05/2004 à 10:40 TU