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Irak

Appel à l’unité après les attentats anti-chrétiens

Plusieurs dignitaires religieux, chrétiens et musulmans, ont appelé les Irakiens à rester unis après les attentats qui ont endeuillé dimanche la minorité chrétienne. 

		(photo : AFP)
Plusieurs dignitaires religieux, chrétiens et musulmans, ont appelé les Irakiens à rester unis après les attentats qui ont endeuillé dimanche la minorité chrétienne.
(photo : AFP)
La vague d’attentats qui a frappé dimanche la communauté chrétienne est sans précédent en Irak. Cette minorité avait certes déjà été visée ces derniers mois -plusieurs débits d’alcool ont notamment été incendiés par des milices radicales- mais c’est la première fois que des lieux de culte sont attaqués. Les événements de dimanche, qui selon un dernier bilan ont coûté la vie à dix personnes et blessé une cinquante d’autres, ont été unanimement condamnés par la classe politique irakienne et par plusieurs dignitaires religieux qui ont tous appelé chrétiens et musulmans à s’unir pour combattre la violence.

Les Irakiens sont unanimes. Les attaques suicides dont a été victime dimanche la minorité chrétienne ne peuvent être que le fait de combattants étrangers. Tous refusent en effet de voir dans ces attentats, qui ont visé plusieurs églises et un couvent, les prémices d’une guerre fratricide opposant chrétiens et musulmans d’Irak, deux communautés qui vivaient dans une relative harmonie depuis des siècles. Un homme a immédiatement été désigné par les autorités irakiennes : le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui. Réputé proche de la nébuleuse islamiste d’Oussama Ben Laden, il est accusé depuis plusieurs mois déjà par Washington, qui a mis sa tête à prix 25 millions de dollars, d’être à l’origine du chaos sécuritaire qui prévaut en Irak. «Il ne fait aucun doute que ces attentats portent la main de Zarqaoui», a ainsi estimé le conseiller irakien à la sécurité Mouaffak al-Roubaïe qui s’est engagé à ce que des voitures de police patrouillent désormais 24 heures sur 24 devant chaque église et devant tous les sites religieux. Selon lui, le Jordanien «et ses extrémistes essaient de creuser un fossé entre les musulmans et les chrétiens d’Irak».

Cette rhétorique a été largement reprise par les principaux dignitaires religieux du pays. Parmi les premiers à réagir le grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité morale de la communauté chiite, a condamné «des crimes terribles». Insistant sur «le devoir de respecter les droits des chrétiens en Irak et des autres religieux ainsi que leur droit de vivre chez eux en paix», il a dénoncé «une campagne criminelle qui vise l’unité, la stabilité et l’indépendance» de l’Irak. Cette figure emblématique du chiisme irakien, connus pour ses positions modérées, a également appelé tous les Irakiens à s’unir contre la violence. «Nous estimons qu’il est nécessaire d’unifier nos efforts et de travailler tous ensemble, le gouvernement et le peuple, afin de mettre un terme aux attaques contre les Irakiens», a-t-il insisté.

La communauté sunnite, par la voix du Comité des oulémas sunnites irakiens, a elle aussi accusé «des parties étrangères» d’être à l’origine des attentats de dimanche. «Après les attaques contre les mosquées sunnites et chiites, ils ont attaqué des églises», a déploré le Comité, rappelant que les musulmans avaient déjà payé un lourd tribut à la violence qui prévaut en Irak depuis la chute du régime de Saddam Hussein. Mettant en garde contre les répercussions qu’auraient des affrontements inter-communautaires, il a invité «les frères chrétiens à la retenue» afin d’éviter selon lui que le chaos ne perdure dans l’intérêt des occupants».

Même Moqtada al-Sadr a condamné 

Alors que ses miliciens ont pourtant été reconnus responsables des attaques qui ont visé les débits de boissons alcoolisés tenus par des chrétiens, le chef radical chiite Moqtada al-Sadr s’est également empressé de dénoncer les attentats de dimanche. «Nous condamnons vigoureusement ces actes criminels qui ne visent qu’à créer des dissensions au sein du peuple irakien», a affirmé l’un des ses porte-parole. Il s’est même déclaré prêt à aider à appréhender les auteurs de ces attaques. «Nos portes restent ouvertes pour nos frères chrétiens comme nous espérons que les leurs resteront ouvertes pour nous», a-t-il ajouté.

Ces appels à l’unité nationale, également relayés par les dignitaires chrétiens –le patriarche chaldéen, Mgr Emmanuel Delly, a appelé musulmans et chrétiens à rester dans la même famille irakienne– ne devraient pas pour autant mettre un terme à l’exode des chrétiens d’Irak. Estimée encore à un million deux cent mille personnes à la fin des années 80, cette communauté ne compte plus guère aujourd’hui que quelque 700 000 fidèles, soit moins de 3% de la population irakienne. Depuis la guerre du Golfe de 1991, on estime qu’entre un quart et un tiers de cette minorité a déserté le pays. La chute du régime de Saddam Hussein et le chaos qui a suivi ont depuis poussé de nombreuses familles sur les chemins de l’exil.

Mise part l’année 1933 au cours de laquelle elle a subi la répression de la monarchie, la minorité chrétienne a plutôt été protégée dans l’Irak indépendant. Cela a été particulièrement vrai sous le régime de Saddam Hussein –l’ancien dictateur lui a permis d’ouvrir des écoles, des églises et des couvents– au point où le clergé chrétien a souvent été accusé de complaisance envers l’ancien raïs. L’ancien patriarche chaldéen, Mgr Raphaël Ier Bidawid, a ainsi été surnommé «l’aumônier de Saddam» et l’ancien vice-Premier ministre, le chaldéen Tarek Aziz a longtemps été présenté par l’ancien pouvoir comme le meilleur exemple de l’intégration des chrétiens. Avec la chute de l’ancien homme fort de Bagdad, la petite communauté à craint un moment d’avoir à payer sa docilité. Cela n’a pas été le cas. L’insécurité qui frappe aujourd’hui tous les Irakiens pourraient en revanche accentuer les départs en exil. 



par Mounia  Daoudi

Article publié le 02/08/2004 Dernière mise à jour le 02/08/2004 à 15:35 TU

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Gérard Chaliand

Expert en géopolitique du Moyen-Orient, spécialiste de la chrétienté

«Aujourd'hui les attentats sont à attribuer à des islamistes qui cherchent, au maximum, à marginaliser tout élément extérieur à ce qu'ils estiment être l'Islam.»

[02/08/2004]

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