Etats-Unis-Libye
Pétrole et indemnités
(Photo: AFP)
En renonçant à tous ses programmes d'armes de destruction massive (ADM) fin 2003, la Libye «a poursuivi une voie positive et fait maintenant partie de la communauté internationale avec plus de perspectives à l'avenir», a déclaré le 20 septembre le secrétaire américain à l'Energie, Spencer Abraham, à Vienne (Autriche), où se tient la conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). «Voici, je l'espère un bon exemple pour l'Iran ou quiconque», a-t-il ajouté. La «voie positive» en question s’est accélérée, avec un marathon de négociations de neuf mois l’année dernière au terme duquel les Etats-Unis ont commencé à normaliser leurs relations diplomatiques, renouées fin juin 2004, et à alléger leurs sanctions économiques jusqu’à la levée aujourd’hui des mesures «d'urgence nationale» prises au milieu des années quatre-vingt. Un décret pris en novembre 1985 interdisait en particulier l’importation de produits pétroliers raffinés libyens.
Les pétroliers américains peuvent revenir en Libye
Après deux décennies de verrouillage, les pétroliers américains ont désormais les mains libres en Libye où le doublement de sa production, à 3 millions de barils par jour, est annoncée pour 2010. Ce n’est pas négligeable pour l’économie américaine. L’économie libyenne va quand à elle connaître un véritable regain. D’autant que George Bush a décidé en même temps de lever les sanctions commerciales concernant la circulation des personnes et des biens entre les deux pays. Les liaisons aériennes civiles vont donc pouvoir reprendre et quelque 1,3 milliard de dollars d'avoirs libyens gelés aux Etats-Unis vont être débloqués. Mais George Bush fait lui aussi d’une pierre plusieurs coups. Outre ses propres appétits pétroliers et stratégiques, il satisfait les quelque 270 ayant-droits des 189 victimes américaines de l'attentat contre l’avion de la Pan Am qui avait explosé au-dessus de Lockerbie en 1988.
Les familles des disparus de la Pan Am pressaient George Bush de lever toutes les sanctions contre Tripoli, afin que la Libye achève de payer les 2,7 milliards de dollars de compensation promis par l’accord conclu en 2003. Tripoli menaçait de n’en verser que la moitié si Washington ne renonçait pas à ses sanctions d’ici le 22 septembre. L’argent libyen en dormance aux Etats-Unis devrait permettre de solder les comptes. George Bush y compte bien. En annonçant sa décision, le porte-parole de la Maison Blanche a d’ailleurs ajouté : «en conséquence, nous nous attendons à ce que les familles du vol Pan Am 103 recoivent plus d'un milliard de dollars de compensations supplémentaires de la part de la Libye».
Le département d’Etat américain précise quand même que «la Libye reste sur la liste des Etats soutenant le terrorisme et reste sujette aux sanctions concernant cette question». Tant que celle-ci «ne sera pas résolue et que le monde ne sera pas certain que la Libye est complètement hors du jeu terroriste», explique-t-il, «les relations ne seront pas totalement normalisées». Washington assure également continuer à se soucier de droits de l'homme ainsi que de libéralisation politique et économique en Libye. Mais les fils du dialogue sont renoués, la Libye ayant facilité le démantèlement de son programme nucléaire et commencé la reconversion d’une implantation chimique à Rabta en usine pharmaceutique. Elle a aussi détruit des charges chimiques et promis de cesser tout commerce militaire avec les pays engagés dans la prolifération nucléaire.
Jadis considéré comme un chef «d’Etat-voyou», cible de deux frappes aériennes américaines dans les années quatre-vingt, le colonel Kadhafi fait désormais figure d’exemple dans la guerre que l’administration Bush livre au «marché noir mondial des technologies les plus dangereuses». De son côté, dans une adresse à la Nation, début septembre, dans sa ville de Syrte, le «chef de la révolution libyenne», Mouammar Kadhafi, appelait Washington à s’inspirer de son petit livre vert pour construire une jamahiriya américaine afin d’offrir un «modèle» au monde qui le «hait», dit-il, à cause de sa domination économique et militaire. Sa manière à lui peut-être de justifier que Kadhafi l’Africain se mue en Kadhafi l’Américain, guide de la révolution et stratège de l’entrisme.
par Monique Mas
Article publié le 21/09/2004 Dernière mise à jour le 21/09/2004 à 15:48 TU