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Côte d'Ivoire

Le dîner des «enfants d'Houphouët»

Les héritiers de l'houphouëtisme, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. 

		(Photo : AFP/RFI)
Les héritiers de l'houphouëtisme, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié.
(Photo : AFP/RFI)
Les héritiers du défunt président Félix Houphouët Boigny enterrent la hache de guerre pour sceller une nouvelle union. Henri Konan Bédié a reçu à son domicile parisien le 23 septembre, pour un dîner familial, Alassane Dramane Ouattara.

L’ancien président de la République de Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié  et son épouse ont  reçu  à dîner l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara et son épouse, le 23 septembre. La rencontre très médiatisée avait un objectif, celui de montrer que les héritiers du premier président de Côte d’Ivoire peuvent se retrouver pour reconquérir le pouvoir. Les deux leaders ont l’habitude de se voir et de s’appeler depuis le déclenchement, le 19 septembre 2002 de la rébellion en Côte d’Ivoire. A Paris, à Abidjan, à Accra, les deux hommes se côtoient, mais dans des cadres formels. Leur rencontre en soi n’est donc pas un événement, sauf qu’ils ont voulu donner à cette entrevue un cachet particulier. Les retrouvailles autour d’un même idéal politique que commande la mémoire du «Vieux» dont ils se réclament. «C’est à partir d’Accra (juillet 2004) que nous avons décidé de nous rencontrer à Paris. Aujourd’hui c’est chose faite, après d’ailleurs que nous nous soyons vus à l’UNESCO», précise le président Henri Konan Bédié.

En effet, le 21 septembre dernier dans les locaux de l’UNESCO à Paris, les deux lauréats du prix Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix de l’UNESCO, dignitaires religieux d’origine bosniaque, le cardinal Roger Etchegaray et l’imam principal de Zagreb, Mustafa Ceric, ont été à leur insu les artisans d’une autre paix, celle entre Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Le protecteur du prix, Henri Konan Bédié a profité de la tribune de l’UNESCO pour parler de la paix et de la tolérance en faisant une allusion directe aux difficultés que traverse la Côte d’Ivoire. Et, il va plus loin en prenant l’assemblée à témoin pour un véritable engagement «pour une union fraternelle» entre lui et l’ancien Premier ministre. Les applaudissements de la salle ont été reçus comme un encouragement, les lieu et moment comme un symbole et qui ont poussé les deux leaders politiques à rapidement convenir d’une date de rencontre.

La nouvelle alliance, façon UMP

Mais, ces symboles n’ont pas été les seuls éléments déterminants dans la rencontre du 23 septembre. Le principe était acquis depuis bien longtemps lorsque les différentes instances des partis de l’opposition, regroupés au sein du G7, ont compris que faire cavalier seul était suicidaire. Le RDR créé en septembre 1994  et qui était une dissidence du PDCI-RDA, avait une seule grande mission, faire élire le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara comme président de la République, alors que le successeur constitutionnel, le président de l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié qui était président du PDCI-RDA convoitait naturellement ce poste. En décembre 1993 il succédait au président défunt pour terminer son mandat. Mais avant même d’organiser de nouvelles élections et de présenter sa candidature, Henri Konan Bédié avait pris soin d’éloigner Alassane Dramane Ouattara du pouvoir en faisant adopter un nouveau code électoral en novembre 1994 qui restreignait le droit d’élection aux seuls citoyens nés de parents ivoiriens. Le concept de «l’ivoirité» est né qui a même conduit, les instances de la République à nier à Alassane Dramane Ouattara sa citoyenneté ivoirienne.

C’est donc la succession du « Vieux » qui a divisé son clan. Mais après que tout le monde ait perdu le pouvoir, en faveur d’un autre héritier, le général Robert Guéi, par un coup d’Etat en décembre 1999, la gestion du pays semble échapper aux «enfants». C’est le leader de l’opposition, Laurent Gbagbo qui s’empare du pouvoir en octobre 2000 après un scrutin contesté. Alors que de nouvelles échéances électorales s’annoncent (2005), les héritiers jettent un œil dans le rétroviseur et voient leur clan disloqué et le pays coupé en deux depuis le 19 septembre 2002.

La nouvelle alliance n’est pas une sinécure, puisque les deux leaders semblent, a priori, parier sur l’adhésion des autres petits partis «houphouétistes». Ils ont prévu rencontrer tous les autres frères à Yamoussoukro, village natal de Félix Houphouët Boigny, devenu capital politique de la Côte d’Ivoire et où repose le défunt président. Faire des rencontres de Yamoussoukro un sommet de l’opposition contre Laurent Gbagbo semble être plus plausible que de bâtir un front uni «houphouétiste», c’est pourquoi certaines voix s’élèvent déjà pour proposer la constitution d’un parti à l’instar de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) qui a conduit à la réélection de Jacques Chirac comme président de la République française.



par Didier  Samson

Article publié le 24/09/2004 Dernière mise à jour le 24/09/2004 à 13:46 TU