Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Somalie

La guerre des clans secoue le gouvernement

Mohammed Gedi s'accroche à son fauteuil de Premier ministre. 

		(Photo : AFP)
Mohammed Gedi s'accroche à son fauteuil de Premier ministre.
(Photo : AFP)
Nommés députés en août dernier, les chefs de clans et autres anciens seigneurs de la guerre continuent de se disputer le pouvoir, resté virtuel à Mogadiscio depuis que le 10 octobre dernier ils ont élu Abdullahi Yusuf président de la Somalie par intérim. Samedi, dans la banlieue de Nairobi, où une enceinte parlementaire a été aménagée à leur intention pour cause d’insécurité en Somalie, la majorité des députés a voté une motion de censure contre le Premier ministre Mohammed Gedi, nommé le 3 novembre. Formé le 1er décembre, son cabinet devait conduire les Somaliens aux urnes d’ici cinq ans. Comme les précédentes initiatives internationales, le gouvernement Gedi achoppe sur la répartition des fauteuils entre les clans qui se déchirent depuis la chute du général Siad Barre en 1991. Le Premier ministre Gedi va revoir sa copie, avec le soutien du président Abdullahi Yusuf.

«Nous ne reconnaissons pas le vote, c'est absolument illégal. Le gouvernement de Gedi continuera et se présentera très prochainement devant le Parlement pour avoir un vote de confiance», s’indigne le porte-parole de Mohammed Gedi, après le vote de défiance de 184 des 275 députés marqué par l’absence de 82 d’entre eux, l’abstention de quatre autres et l’opposition de seulement quatre députés présents. En déposant leur motion, 95 députés avaient reproché au Premier ministre d’avoir ignoré l’étape de l’investiture parlementaire prévue par la nouvelle loi fondamentale, la Charte nationale de transition. «La Charte a été violée, et nous sommes les défenseurs de la loi», a triomphé le député Zakaria Mohamoud Abdullahi devant ses pairs chefs de clans ou de guerre. Le président Yusuf va renommer Mohammed Gedi, qui sollicitera cette fois l'investiture du Parlement, réplique en substance la présidence. Mais la véritable pomme de discorde reste le partage du pouvoir entre les quatre clans principaux et les factions minoritaires.

«Les personnes que j'ai choisies sont celles qui peuvent comprendre l'ampleur des destructions en Somalie. Elles pourront ainsi prendre toutes les mesures nécessaires pour reconstruire le pays d'une manière efficace», déclarait le 1er décembre Mohammed Gedi en annonçant la composition de son gouvernement, un mois après son entrée en fonction. «Cela m'a pris longtemps pour sélectionner les meilleures personnes aux meilleures places», précisait-il. Au même moment, les chefs de guerre Hussein Mohammed Aidid, nommé à l'Intérieur, et Mohammed Qanyare Afrah, à la Sécurité intérieure, boudaient la prestation de serment. Après avoir été candidats aux fauteuils de président et de Premier ministre, ils briguaient tous deux celui de vice-Premier ministre. Finalement Aidid a eu gain de cause, le 6 décembre. Afrah a finalement préféré tenir que courir.

Yusuf veut garder Gedi

«Ce sont tous des travailleurs. Je veux féliciter Mohamed Gedi pour sa sage sélection et je soutiens complètement le gouvernement», déclarait alors Abdullahi Yusuf, bientôt confronté à une nouvelle fronde. Le 8 décembre, Mohamed Abdullahi Kamil, ministre d'Etat auprès du Premier ministre, Abdallah Ali Ahmed et Abdalla Boos Ahmed, respectivement vice-ministre de l'Information et vice-ministre de l'Education supérieure démissionnaient. Kamil dénonçait «un gouvernement de près de 80 ministres et vice-ministres trop cher pour l'un des pays les plus pauvres au monde». Le cabinet Gedi «est aussi trop grand», ajoutait-il, précisant qu’il lui faisait grief de ne pas «prendre en compte les réalités de la Somalie», c’est-à-dire, en clair, de servir tous les clans et factions.

Pour sa part, le Premier ministre Gedi, un vétérinaire de 52 ans, n’est ni un ancien seigneur de la guerre, ni un politique chevronné. Son fauteuil, il le doit au dosage clanique érigé en règle du jeu de la transition somalienne. C’est pour toutes ces raisons que le pugnace président Yusuf est allé recruter Gedi dans les services de recherche vétérinaire de l’Union africaine (UA). En effet, conformément aux accords de partage du pouvoir, le président Yusuf étant Darod, le Premier ministre se devait d’être Hawiye, l’un des clans principaux à Mogadiscio. Le président du Parlement étant Digil Mirifle, son premier vice-président est Dir. L’Alliance des minorités a obtenu la deuxième vice-présidence du Parlement censé représenter les multiples factions.

Pour sa part, «le président Yusuf a accepté le message politique envoyé par le Parlement et il a pris la responsabilité de tout mettre en ordre», assure son entourage. Dans le détail des portefeuilles, le deuxième cabinet Gedi devrait comporter des «ajustements mineurs» pour complaire aux parlementaires récalcitrants. La transition, si elle suit son cours, s’annonce mouvementée. Le chaos somali ne laissait pas espérer mieux, l’essentiel étant de donner aux seigneurs de la guerre quelque intérêt à la transition initiée par l’Autorité régionale intergouvernementale de développement (Igad : Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Soudan,) appuyée par le Forum des partenaires qui associe à cette entreprise de longue haleine la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Norvège, la France, le Japon et l’Union européenne.

Pour lutter contre la malnutrition qui tue autant en Somalie qu’au Darfour soudanais, les agences humanitaires de l’Onu réclament 164 millions de dollars pour 2005. «La Somalie est maintenant dans ses moments de vérité, l'année 2005 sera le tournant  pour le meilleur comme pour le pire», plaide l’Onu. De son côté, sitôt le premier gouvernement Gedi formé, la Commission européenne avait annoncé une aide de 1,5 million d'euros «pour un projet qui soutient le rétablissement de la paix et de la réconciliation à travers un dialogue complet impliquant les communautés locales, la société civile et les dirigeants politiques somaliens». Reste à désarmer les ambitions des chefs de clans qui persistent à marchander durement la paix.



par Monique  Mas

Article publié le 13/12/2004 Dernière mise à jour le 13/12/2004 à 16:08 TU

Audio

Mohamed Habdi

Anthropologue

«Les Somaliens sont prêts pour la paix.»

[14/10/2004]

Articles