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Biodiversité

Scientifiques et politiques au chevet de la Planète

La Grande-Barrière de corail, au nord-est de la côte australienne, le plus grand ensemble corallien au monde, menacé par le réchauffement climatique.(Photo: Unesco)
La Grande-Barrière de corail, au nord-est de la côte australienne, le plus grand ensemble corallien au monde, menacé par le réchauffement climatique.
(Photo: Unesco)
Du 24 au 28 janvier, la conférence internationale et scientifique qui s’est ouvert à l’Unesco (Paris), à l’invitation du président Jacques Chirac, répond à un double objectif: d’une part faire le point sur les connaissances et les besoin de recherche et d’expertise scientifique, analyser les enjeux pour l’humanité toute entière, évaluer les responsabilités publiques et privées et envisager des modes de gouvernance visant à la protection de la diversité biologique. En appelant la communauté internationale à s’engager davantage, Jacques Chirac entend mobiliser l’opinion internationale sur la dégradation accélérée des milieux naturels, et des espèces végétales et animales. L’engagement est louable, mais la France est mal en point pour donner des leçons, très vivement critiquée par ses partenaires européens pour sa lenteur à appliquer le plan européen Natura 2000, une situation dénoncée vigoureusement en France par le Parti socialiste: «On ne peut à la fois faire la leçon aux autres pays et laisser filer la nature en France».

La conférence s’est ouverte sur un appel du directeur général du Programme des Nations unies pour l’environnement, Klaus Toepfer, à ne pas réitérer les erreurs du tsunami en Asie: «les mangroves, les récifs coralliens peuvent jouer un rôle tampon contre les catastrophes naturelles». «Les premiers rapports indiquent que les zones qui avaient gardé des écosystèmes en bonne santé, comme les forêts de mangroves, ont mieux résisté que celles qui avaient des forêts dégradées», a renchéri Hamdallah Zedan, secrétaire exécutif de la Convention sur la biodiversité biologique.

Dans le droit-fil de son discours, en septembre 2002, au sommet de la Terre à Johannesburg, le président Jacques Chirac continue à tirer la sonnette d’alarme sur la disparition accélérée des espèces. Il a appelé la communauté internationale à créer un «groupe international sur l’évolution de la biodiversité» pour permettre aux scientifiques d’avoir une meilleure connaissance de ce phénomène et d’alerter les dirigeants politiques et l’opinion, à l’image de ce qui existe déjà pour le climat avec le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec): «Je souhaite que cette conférence marque une étape décisive dans cette direction», a déclaré Jacques Chirac car «sur tous les continents et dans tous les océans s’allument des signaux d’alerte (citant en exemple) la destruction des forêts primaires tropicales», «la mort lente des récifs coralliens» ou «l’effondrement des populations de grands mammifères sauvages».

La biodiversité, une notion récente et complexe

Forêt tropicale et rivière en Amazonie (Brésil).
(Photo: Luis Alberto/Unesco)
«Malgré la signature en 1992 à Rio de la convention internationale de la diversité biologique, ratifiée par plus de 170 pays, la biodiversité reste le parent pauvre de la protection de l’environnement», estime-t-on à l’Elysée. Mais qu’est-ce au juste que cette biodiversité ? Elle désigne en fait la variété des espèces et des milieux naturels dans lesquels elles évoluent. Ainsi, grâce à ses territoires d’Outre-mer, la France par exemple, détient «le troisième domaine maritime au monde», abrite 10% des récifs coralliens mondiaux, 20% des atolls et plus de 7 millions de km² de forêt amazonienne (Guyane); sur son seul territoire hexagonal, elle abrite aussi quatre des cinq grandes zones de biodiversité européenne: la région alpine, continentale, atlantique, et méditerranéenne.

Relativement récente, la notion de biodiversité apparaît complexe, et plus scientifique que politique. Scientifiquement, les connaissances restent encore très partielles: un million et demi d’espèces vivantes «seulement» ont été répertoriées à ce jour sur la terre pour un total estimé entre 10 et 30 millions». Depuis l’émergence de la vie sur la terre, on considère que 99% des espèces qui s’y sont succédé ont disparu, et que c’est un phénomène naturel lié à l’évolution des espèces. Là ou le bât blesse c’est qu’on assiste à une accélération dramatiquement rapide du phénomène à cause des activités humaines: en cinq siècles, 800 espèces se sont éteintes. Chez nous par exemple, le phoque moine a disparu de la méditerranée depuis 1975, le dernier bouquetin est mort dans les Pyrénées côté espagnol en 2002, 10% des effectifs d’oiseaux communs ont disparu de France depuis 1989. Or la gestion de cette biodiversité et le respect des réserves naturelles relève de politiques économiques, et les scientifiques estiment que l’extinction d’espèces en raison des activités humaines est entre cent et mille fois plus rapide que celle qui résulterait de l’évolution naturelle.

Science et gouvernance, les deux mamelles de l’humanité

Précisément parce que cette richesse est inégalement protégée, scientifiques, dirigeants (d’entreprise, d’associations, d’ONG), et responsables politiques de cent pays ont été conviés à réfléchir sous une même bannière pendant une semaine. Il s’agit à la fois de confronter l’état de nos connaissances aux politiques dévastatrices de l’aménagement du territoire car en France, par exemple, en dix ans, la surface urbanisée s’est accrue de plus de 30%, et la disparition des bocages et des mares a entraîné l’extinction d’espèces. Exposés, tables rondes et débats devront donc mettre l’accent sur les besoins de la recherche scientifique pour mieux analyser les situations, et conduire, internationalement et de manière coordonnée, à envisager de nouveaux moyens et de nouveaux crédits pour faire avancer la réflexion;  de nouvelles stratégies politiques et économiques devraient aussi se dessiner au cours de cette conférence, permettant de mieux respecter les richesses naturelles de la planète dont l’avenir de l’humanité toute entière dépend.

L’état des lieux sur les périls actuels doit s’attaquer à plusieurs chantiers: des pollutions aux bouleversements climatiques qui portent atteinte au monde végétal, en passant par les conflits territoriaux entre hommes et bêtes qui affectent ces dernières car à titre d’exemple, le sort de la loutre d’Europe dépend de la qualité et de la pureté de l’eau. «Cette nature est notre réserve de demain et il importe donc d’en prendre soin», soulignent les scientifiques, car selon les experts la forêt et la mer recèlent des trésors, et constituent des réserves qui apporteront entre autre à l’homme de demain nourriture et médicaments; autrement, «la destruction de ce patrimoine, légué  par des millénaires d’évolution est une terrible perte et une grave menace  pour l’avenir», a souligné le chef d’Etat français, déclarant solennellement: «l’humanité prend lentement, trop lentement, conscience que la puissance qu’elle acquise, loin de l’affranchir définitivement de la nature, lui confère désormais une responsabilité sans précédent. Une responsabilité qui engage notre destin à tous».

La France, mauvaise élève, s’engage à mieux faire

Ourse des Pyrénées. La dernière femelle de souche du massif a été abattue en novembre 2004.
(Photo: AFP)
A bon entendeur, salut ! Car si sur le papier la France a ratifié quinze conventions, protocoles ou accords internationaux pour protéger la nature, sur le terrain il a fallu attendre douze ans pour que la France adopte une stratégie nationale pour la biodiversité en février 2004, comme le requiert la Convention de 1992. Sur le plan européen, Paris accumule les retards dans la mise en œuvre des réglementations sur l’environnement, et a été vertement réprimandée par Bruxelles il y a dix jours, l’infraction la plus grave concernant «le réseau Natura 2000 d’espaces naturels remarquables»: «la France déjà condamnée en 2001, n’a pas proposé un nombre suffisants de sites pour une douzaine d’espèces, et d’habitats pour la faune, comprenant notamment des forêts et des tourbières». «Des espèces communes comme celle de l’hirondelle ou de la perdrix grise voient fondre leurs effectifs», déplore Hubert Reeves, président de la Ligue pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs (Roc). Dans la série des mauvaises conduites, la France est également le troisième utilisateur mondial de pesticides pour son agriculture. Or, en tant que «quatrième puissance économique mondiale, (…) la France a une responsabilité de premier plan», souligne Sébastien Moncorps.

Le président Jacques Chirac s’est personnellement engagé à désormais veiller au grain : «Chaque pays doit prendre des mesures concrètes. Au premier rang, ceux qui abritent une biodiversité exceptionnelle. Comme la France qui s’y engage résolument». Outre ce programme Natura 2000 qu’il s’est engagé à compléter d’ici la fin 2006, il  a assuré que la France créerait un parc national en Guyane et à la Réunion, et des parcs naturels marins comme «par exemple en mer d’Iroise» (en Bretagne); il a cité la conservation de l’ours dans les Pyrénées après la mort de l’ourse Cannelle tuée par un chasseur le 3 novembre dernier, et il s’est engagé sur la création de réserves naturelles dans les terres australes et antarctiques françaises, ainsi que sur la protection de la barrière de corail en Nouvelle-Calédonie: «grâce à cet ensemble de mesures, la France entend tenir l’engagement européen d’enrayer l’érosion de sa biodiversité d’ici 2010», a-t-il conclu.


par Dominique  Raizon

Article publié le 24/01/2005 Dernière mise à jour le 25/01/2005 à 10:13 TU

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François d'Aubert

Ministre délégué français à la Recherche et au Développement durable

«Sur la biodiversité on sait pas exactement combien il y a d’espèces dans la planète… le but c’est en même temps d’avoir un inventaire concret sur ce sujet.»

Bernard Roussel

Professeur au Museum d'histoire naturelle à Paris

«Cette conférence a pour objectif de partager des informations et elle attend des annonces de programmes, d'initiatives.»

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