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Italie

Berlusconi s’empêtre dans le retrait d’Irak

Silvio Berlusconi contraint de renoncer au retrait des troupes italiennes d'Irak. 
(Photo : AFP)
Silvio Berlusconi contraint de renoncer au retrait des troupes italiennes d'Irak.
(Photo : AFP)
En annonçant, dans une émission télévisée de la Rai, le retrait des soldats italiens d’Irak à partir de septembre 2005, le Premier ministre Silvio Berlusconi a fait sensation. Cette décision interprétée dans le contexte de la campagne électorale pour les régionales du mois d’avril, avait tout d’un coup politique destiné à aller dans le sens d’une opinion largement hostile à l’intervention italienne aux côtés de la coalition en Irak. Mais Silvio Berlusconi avait compté sans la réaction de ses alliés américain et britannique, qui n’ont pas goûté toute la saveur de l’intervention du Premier ministre italien et l’ont contraint à opérer un rétropédalage qui risque de lui faire perdre beaucoup de crédibilité.

Un coup oui, un coup peut-être, un coup on verra : en moins de 48 heures, Silvio Berlusconi a donné toutes les interprétations possibles de son annonce concernant le retrait des soldats italiens d’Irak. Au départ, lorsqu’il est intervenu mardi 15 mars, sur la Rai, la chaîne de télévision publique italienne, ses propos n’avaient rien d’ambigus. Il a déclaré : «Dès septembre, nous commencerons à réduire progressivement le nombre de nos soldats en Irak». Cette annonce était surprenante mais semblait guidée par le désir du chef du gouvernement de faire une concession à l’opinion à quelques semaines des élections régionales (3 et 4 avril).

Depuis la libération de la journaliste Giuliana Sgrena, au cours de laquelle l’agent des services secrets Nicola Calipari avait perdu la vie victime de tirs américains, l’opposition des Italiens à l’intervention en Irak aux côtés des Etats-Unis avait été renforcée. La décision de Silvio Berlusconi pouvait donc apparaître comme une tentative de montrer qu’il prenait en compte les aspirations de la population. Même s’il avait, jusqu’à présent, maintenu coûte que coûte son soutien à l’intervention militaire en Irak, en faveur de la prolongation de laquelle il a même obtenu le vote de la Chambre des députés juste avant son apparition sur le petit écran. Une manière de ménager l’effet de surprise jusqu’à la dernière minute.

«Silvio Berlusconi m’a assuré qu’il n’y avait aucun changement de sa politique»

Et de ce point de vue, Berlusconi a obtenu le résultat escompté. Sa déclaration a eu un véritable impact sur les Italiens, mais aussi sur ses alliés dont les réactions immédiates laissent penser qu’ils ne s’y attendaient pas. Tony Blair, le Premier ministre britannique, a été d’autant plus surpris que les propos de Silvio Berlusconi sousentendaient qu’il y avait eu concertation entre eux pour évoquer la perspective d’un retrait des troupes d’Irak : «J’en ai parlé avec Tony Blair et c’est l’opinion publique de nos pays qui attend cette décision». Le chef du gouvernement britannique, qui, lui aussi, se heurte à une forte opposition à l’intervention en Irak et se trouve en période préélectorale, a d’ailleurs été obligé de faire une clarification devant la Chambre des communes. Il a expliqué : «Ni le gouvernement italien, ni nous n’avons donné de date limite pour notre retrait». Et d’expliquer que tout cela était un malentendu, qu’il ne s’agissait, pour tout le monde, que d’évoquer le retrait le plus rapide possible des soldats mais en tenant compte des contraintes de terrain et de la capacité des Irakiens à assurer eux-mêmes leur sécurité.

Après cette première vague de mise au point dans les rangs de la coalition, Silvio Berlusconi a dû encaisser la deuxième déferlante en provenance de Washington. Le président américain a lui aussi tenu à donner son explication de texte des propos du chef du gouvernement italien. Il a estimé que «tout retrait serait effectué en consultation avec les alliés et en fonction de la capacité des Irakiens à se défendre eux-mêmes». Il a aussi ajouté : «Silvio Berlusconi m’a assuré qu’il n’y avait aucun changement de sa politique». Ce revirement a été immédiatement confirmé par le principal intéressé qui a préféré s’aligner, quitte à se désavouer. Berlusconi a ainsi atténué la portée de son annonce en déclarant que le retrait des troupes italiennes d’Irak était «un souhait», ajoutant : «Si ce n’est pas possible, ce n’est pas possible». Il a aussi tenté de faire comme si ses propos avaient été mal interprétés en expliquant : «On prend des phrases et on extrapole, provoquant des crises internationales qui n’existent pas».

En agissant ainsi, le chef du gouvernement italien a vraisemblablement évité une brouille avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Il s’est, par contre, bel et bien fourré dans un guêpier politique en Italie. Sa tentative de coup médiatique pourrait bien se retourner contre lui. Car son annonce, devenue demi-annonce, puis plus annonce du tout a provoqué la colère de l’opposition et de la presse. L’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, a, par exemple, affirmé : «On ne peut, ni ne doit, jouer avec la dignité de notre pays». Il a aussi critiqué l’attitude de Berlusconi qui a annoncé le retrait des troupes italiennes d’Irak et a fait «marche arrière 24 heures plus tard parce qu’il a été rappelé à l’ordre». La tribune publiée, le 17 mars, par le chef du gouvernement dans le quotidien italien Il Foglio, dans laquelle il tente de minimiser son retour en arrière en expliquant que l’Italie «peut commencer à discuter… de la possibilité d’un retrait graduel de sa mission… à compter du mois de septembre», aura du mal à convaincre de sa bonne foi. Silvio Berlusconi a vraisemblablement raté une belle occasion de se taire.

par Valérie  Gas

Article publié le 17/03/2005 Dernière mise à jour le 17/03/2005 à 17:38 TU