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Constitution européenne

Retour de Jospin pour soutenir le «oui»

Lionel Jospin, lors de son intervention sur France 2, le 28 avril 2005.(Photo : France 2)
Lionel Jospin, lors de son intervention sur France 2, le 28 avril 2005.
(Photo : France 2)
Pour la première fois depuis son échec à la présidentielle de 2002, Lionel Jospin a participé à une émission de télévision. Ce n’est pas le retour sur le devant de la scène politique, seulement une apparition médiatique pour donner un coup de main aux partisans du «oui» à la Constitution européenne.

L’interview n’a duré que vingt minutes – c’est le format de l’intervention politique télévisée à laquelle il a participé – mais cette intervention a permis au grand perdant - dès le premier tour - de l’élection présidentielle de 2002, de faire passer son message en faveur de la Constitution européenne. «Le vote sur le traité constitutionnel est un enjeu majeur pour la France et pour l’Europe», a déclaré Lionel Jospin. Mais si le «oui» peut encore gagner, ce sera «difficile».

Sur la question de la grogne sociale qui fait monter le «non», l’ancien ministre socialiste a expliqué qu’il comprenait la colère des Français mais que «voter contre le traité, c’est sanctionner la France, l’Europe, mais pas le pouvoir en place. Si nous avons un problème en France, réglons-le en France», a encore ajouté Lionel Jospin. «Ne prenons pas l’Europe en otage de nos difficultés intérieures».

«Pas de cohérence pour un «non» pro-européen»

L’ancien Premier ministre socialiste de Jacques Chirac s’est par ailleurs employé à démonter la logique de certains «non», qui, à gauche notamment, se disent pro-européens. «Il y a certainement une logique du non anti-européen mais il n’y a pas de cohérence pour un non pro-européen. Quand on veut l’Europe, on dit oui à l’Europe». Enfin en ce qui concerne un «oui» de droite et un «oui» de gauche, Lionel Jospin a déclaré que ces deux attitudes sont «compatibles». Et pour répondre à ceux qui, dans son camp, appellent à voter «non» pour cause de constitution trop libérale, Lionel Jospin explique : «Ce terme de carcan libéral n’a aucun sens. L’Europe n’est pas libérale parce qu’elle offre un cadre».

«Ce traité est un progrès mais c’est un cadre neutre. Ce sont les politiques de l’Union qui sont décisives». Lionel Jospin s’est fait l’avocat du «oui» au référendum du 29 mai prochain. Malgré son retrait de la vie politique il y a trois ans, il a donné son accord pour participer à un grand meeting politique à Nantes, dans l’ouest de la France, au côté de François Hollande, le premier secrétaire du PS.

«Je souhaite que la gauche se rassemble pour changer l’Europe et non la bloquer», explique Lionel Jospin. Les socialistes qui sont entrés en dissidence, et qui appellent à voter «non» malgré le «oui» des militants du parti, ces socialistes dissidents n’ont pas changé d’avis après la prestation télévisée de Lionel Jospin. La critique est sévère du côté d’Henri Emmanuelli : «Le «oui» de Lionel Jospin est aussi socialiste que son projet en 2002». Vendredi, au lendemain de l’intervention télévisée de l’ancien Premier ministre socialiste, Henri Emmanuelli,  animateur du courant «Nouveau monde», s’en prenait moins durement à son collègue que la veille : «Non Lionel, le «oui» n’est pas obligatoire. Les électeurs de gauche sont libres de dire « non » à l’Europe des actionnaires ». Pour le député Arnaud Montebourg, l’un des créateurs du courant Nouveau Parti socialiste (NPS), «le retour de Jospin c’est un passeport pour le désespoir».

Etant donné les divisions sur l’adhésion ou non à la future Constitution européenne, le Parti socialiste devrait avancer son congrès ordinaire. Il devait avoir lieu en 2006, il se tiendra avant la fin de l’année. Tous les leaders du PS attendent de voir comment le pouvoir sera redistribué à l’intérieur de leur parti selon les résultats du référendum. Après le 29 mai, il y aura des vainqueurs et des vaincus qui se positionneront pour préparer l’élection présidentielle de 2007.

Un avenir complètement ouvert pour la gauche

Le pari est grand pour les leaders du premier parti de gauche français. Les sondages montrent en effet qu’en six mois, les sympathisants du PS ont complètement changé d’avis sur la constitution. En novembre dernier, lorsque les militants socialistes eux-mêmes votaient au sein du parti sur la constitution, les instituts de sondage estimaient, qu’à l’époque, les sympathisants socialistes étaient à plus de 60% favorables au nouveau traité. Six mois plus tard, la tendance s’est inversée. Ceux qui ont l’habitude de voter socialiste sont maintenant majoritairement contre l’adoption par la France du nouveau traité, même si un électeur socialiste sur deux est encore indécis. De plus, dire «non» semble aujourd’hui un moyen d’obtenir un meilleur traité pour 30% des électeurs socialistes interrogés.

La semaine prochaine, le président Chirac va fêter ses dix ans de pouvoir à la tête de l’Etat français. Le 7 mai 1995, Jacques Chirac était élu avec 52,64% de suffrages contre 47,36%  à Lionel Jospin. A la date anniversaire, il restera tout juste trois semaines avant le référendum. Il représente probablement le dernier grand pari de politique nationale pour ce leader de droite.

Au lendemain de l’intervention de Lionel Jospin à la télévision, Jean-Claude Juncker, président en exercice du Conseil européen, a estimé qu’en cas de victoire du «non» en France, il n’y avait pas de «plan B» pour résoudre le problème qui se poserait alors à la France et à l’Union. «Si la France dit «non», et même si c’est la France, on ne pourra retirer leur droit de parole aux autres Etats», a argumenté le Premier ministre luxembourgeois dont le pays préside actuellement l’Union. «L’idée que nous nous mettrions immédiatement à renégocier est d’une naïveté criante», a-t-il encore indiqué. 


par Colette  Thomas

Article publié le 29/04/2005 Dernière mise à jour le 29/04/2005 à 17:11 TU