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Politique française

Villepin-Sarkozy : le duo des ambitieux

La composition du gouvernement donnera une meilleure indication des rapports de forces entre Villepinistes et Sarkozystes dans la nouvelle équipe de ministres.(Photo: AFP)
La composition du gouvernement donnera une meilleure indication des rapports de forces entre Villepinistes et Sarkozystes dans la nouvelle équipe de ministres.
(Photo: AFP)
La décision de Jacques Chirac de nommer Dominique de Villepin Premier ministre et Nicolas Sarkozy ministre d’Etat, avec vraisemblablement le portefeuille de l’Intérieur, est censée assurer le rassemblement de la majorité et éviter que les querelles intestines n’empêchent le gouvernement d’engager une action efficace contre le chômage, priorité des priorités définies par le président de la République. Ce choix de la cohabitation gouvernementale entre les deux meilleurs ennemis de la droite parlementaire est un pari audacieux. Il ne fait pas l’unanimité et fait aussi courir au chef de l’Etat le risque d’une fin de mandat explosive.

On attendait l’un ou l’autre, on a eu les deux. Jacques Chirac a choisi l’option Villepin plus Sarkozy. Le premier devient chef du gouvernement, le deuxième ministre d’Etat. S’agit-il d’une audace stratégique ou d’un compromis inévitable ? Peut-être un peu des deux. Une chose est sûre, c’est qu’il y a une part de concession dans la nomination de Nicolas Sarkozy comme numéro deux du gouvernement. Certes, Jacques Chirac a choisi le Premier ministre le plus proche de son cœur, son plus cher fidèle après Alain Juppé, exclu de la course politique pour cause d’affaires : Dominique de Villepin. Il a de cette manière opposé une fin de non recevoir à l’ambition du président de l’UMP de prendre la tête du gouvernement. Mais il n’a pas pour autant réussi à éliminer totalement Sarkozy de la donne gouvernementale alors que ce dernier est, selon les sondages, le plus populaire des représentants de la majorité et qu’il bénéficie aussi du soutien d’un grand nombre de parlementaires de droite.

Jacques Chirac a même été obligé de mettre les formes pour inviter Nicolas Sarkozy à rejoindre la nouvelle équipe ministérielle. Il a annoncé lors de l’allocution télévisée, prononcée pour donner le cadre de la mission confiée à Dominique de Villepin, qu’il avait aussi demandé au chef de l’UMP d’accepter le rang de ministre d’Etat. Cet effort, qui aura certainement coûté au président de la République, prend des airs de rétropédalage médiatique organisé pour répondre à un précédent message télévisé de Jacques Chirac, il y a près d’un an. Lors de cette intervention le président avait sommé celui qui était alors ministre de l’Economie de quitter Bercy s’il voulait prendre la direction de l’UMP. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy ne semble plus obligé de choisir. Il devrait retrouver un ministère qu’il affectionne : celui de l’Intérieur. Et en prime, il devrait envoyer aux oubliettes la règle de l’exclusivité accordée au poste gouvernemental, édictée par Jacques Chirac pour limiter les ambitions de son jeune rival, en conservant aussi la présidence du principal parti de la majorité.

Mettre de côté les rivalités de personnes

La composition du gouvernement, qui devrait être connue d’ici la fin de la semaine, donnera une meilleure indication des rapports de forces entre Villepinistes et Sarkozystes dans la nouvelle équipe de ministres. Mais quoi qu’il en soit, la cohabitation de deux personnalités aussi fortes et différentes que celle du nouveau Premier ministre et de son ministre d’Etat représente en soi un défi. Pour former un tandem, il faut pédaler dans le même sens. Et jusqu’à présent, l’énarque aristocrate emphatique et l’avocat populaire énergique, le loyal vassal de Chirac et l’ex-dauphin potentiel émancipé, n’ont jamais fait la preuve de leur capacité à unir leurs efforts. Dans ce contexte, le salut viendra peut-être pour le nouveau gouvernement de la pression exercée par les attentes des Français et de la nécessité de tout faire pour redresser la barre afin d’éviter une nouvelle débâcle électorale en 2007, quel que soit le candidat de la droite. De ce point de vue, il n’est de l’intérêt ni de l’un ni de l’autre de donner à des citoyens déjà bien remontés contre des élites politiques jugées incapables de répondre à leurs attentes, le spectacle d’une rivalité de personnes et d’ambitions.

D’autant que le message envoyé par Jacques Chirac avec cette double nomination pourrait être interprété de manière négative. Le duo gouvernemental Villepin-Sarkozy, où le fidèle et le rival se stimulent et se neutralisent, a plus de chances d’être envisagé comme une nouvelle forme de mise en scène politique que comme une recette miracle pour rassembler et agir. Le choix de Dominique de Villepin a d’ores et déjà été critiqué comme celui d’un homme incapable d’incarner la rupture réclamée par les Français et son association avec Nicolas Sarkozy comme une mascarade politique. «Solution bâtarde» pour le président du Front national, Jean-Marie Le Pen. «Ambiance d’opéra-bouffe», pour celui de l’UDF, François Bayrou. Ou encore «dangereuse dérive», pour le socialiste Daniel Vaillant.

Même si Nicolas Sarkozy a obtenu la place rêvée pour ménager son avenir présidentiel, juste au-dessous du fusible, il lui faudra au moins dans un premier temps jouer le jeu de la solidarité gouvernementale s’il ne veut pas perdre sa crédibilité. Mais en tant que garant de la volonté d’action et de changement, qu’il a réclamée haut et fort dès l’annonce du résultat du référendum sur la Constitution européenne, il lui faudra aussi veiller à ne pas se brûler les ailes en étant associé à une politique trop marquée par la loyauté et la continuité, comme celle que l’on peut attendre de Dominique de Villepin. Quant à ce dernier, il devra faire l’effort de la conciliation avec Nicolas Sarkozy, s’il veut avoir une chance de remplir son obligation de résultat dans la lutte contre le chômage.


par Valérie  Gas

Article publié le 01/06/2005 Dernière mise à jour le 01/06/2005 à 16:51 TU