Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Afrique du Sud

Le vice-président démis de ses fonctions

Le juge a estimé que la relation entre Zuma et Shaik, son conseiller financier condamné à 15 ans de prison, était «<I>généralement corrompue</I>».(Photo: AFP)
Le juge a estimé que la relation entre Zuma et Shaik, son conseiller financier condamné à 15 ans de prison, était «généralement corrompue».
(Photo: AFP)
Jacob Zuma a été démis de ses fonctions de vice-président par Thabo Mbeki ce mardi. Une décision qui fait suite à une affaire de corruption. Le sort du vice-président sud-africain divise l’ANC, le parti au pouvoir depuis des mois, et risque de laisser des traces, mais le président sud-africain qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, a voulu lancer un signal fort.

De notre correspondante à Johannesburg

« Dans l’intérêt de Jacob Zuma, de notre jeune système démocratique et de notre pays, le vice-président devrait être relevé de ses fonctions », Thabo Mbeki a choisi cette formule pour «congédier» celui que beaucoup voyaient comme un possible successeur à la présidence sud-africaine en 2009, après des appels répétés à la démission de la part de l’ANC, le parti au pouvoir, qui avait même envoyé Nelson Mandela pour négocier, en derniers recours.

Le décision fait suite à la récente condamnation de Schabir Skaik, conseiller financier de Jacob Zuma à 15 ans de prison pour corruption et fraude ce mois-ci par la Haute Cour de Durban. Shaik est accusé d’avoir versé plus de 189 000 dollars à Jacob Zuma pour profiter de son influence politique dans diverses affaires. Shaik est aussi accusé d’avoir sollicité un pot-de-vin de la part de Zuma pour la compagnie Thomson CSF, en échange de sa protection dans le cadre d’une enquête sur les ventes d’armes. Si Zuma n’a pour l’instant pas été condamné directement, le juge a estimé que la relation entre Shaik et Zuma était «généralement corrompue». Shabir Shaik a fait appel, mais il n’est pas exclu que les enquêteurs se tournent maintenant directement vers Jacob Zuma.

Le vice-président, l’une des figures les plus populaires de l’ANC, avait reçu ses derniers mois le soutien de bon nombre de membres de l’ANC, mais aussi de la puissante centrale syndicale Cosatu. Emprisonné pendant dix ans à Robben Island, puis exilé pour continuer la lutte souterraine de l’ANC contre le régime d’apartheid, Jacob Zuma jouera aussi un rôle important au sein du parti clandestin et deviendra proche de Mbeki. Ce dernier le nomme vice-président pour le récompenser de sa participation à la lutte mais surtout de son soutien lors de la course à la succession de Nelson Mandela. Zuma sert également de médiateur entre le gouvernement et les syndicats dans le même temps.

« Un vrai leadership »

Les relations se tendent un peu entre les deux hommes en 2002, lorsque les dérapages verbaux de Mbeki sur le sida entraînent des spéculations sur la question de la succession du président. Le nom de Zuma commence alors à circuler. «La différence entre les deux hommes n’est pas tant idéologique, c’est surtout une question de style. Thabo Mbeki est perçu comme trop rigide, il ne consulte pas assez la base, Zuma en revanche est vu comme quelqu’un de beaucoup plus accessible», explique Allister Sparks, journaliste et auteur de nombreux livres sur la politique sud-africaine.

Plus largement beaucoup de commentateurs estiment que la décision de Thabo Mbeki est courageuse et montre «un vrai leadership», selon William Gumede auteur d’un livre assez critique sur le président sud-africain (Thabo Mbeki and the battle for the soul of the ANC, Éditions Struik), «la plupart des membres du parti étaient contre lui, sa décision doit être comprise dans un sens large de signal dans la lutte contre la corruption sur le continent», estime William Gumede. La question du réarmement de l’Afrique du Sud à la fin des années 90, après la chute de l’apartheid, est au cœur de plusieurs affaires de corruption dans le pays. «La plus grande victime des affaires autour des ventes d’arme est notre innocence, l’idée naïve que les femmes et les hommes qui ont construit une société libre et démocratique sont immunisées contre cette maladie endémique», pouvait-on lire ce week-end dans l’éditorial du journal dominical Sunday Times.

A la veille du G8, et au milieu de discussions sur annulation de la dette et la lutte contre la corruption, la décision de Thabo Mbeki est à prendre à l’échelle du continent. Pour l’Afrique du Sud elle-même les signaux lancés aux investisseurs sont d’autant plus importants avec l’organisation de la coupe du monde de football de 2010 et le lancement de plusieurs gros chantiers dans le pays.

Quant à l’avenir politique de Jacob Zuma, 63 ans, beaucoup le voient terne, même s’il n’est pas du genre à baisser les bras. Son influence au sein de l’ANC sera sûrement amoindrie par cette décision, et même si sa popularité est très forte dans sa région d’origine le Kwazulu Natal, cela risque de ne pas suffire. Pour sa succession, on parle déjà de Nkosazana Dlamini-Zuma, ministre des Affaires étrangères, également son ex-épouse, du ministre de la Défense Mosiuoa Lekota, ainsi que de la ministre de l’Énergie Phumzile Mlambo-Nguka.

par Stéphanie  Savariaud

Article publié le 14/06/2005 Dernière mise à jour le 14/06/2005 à 18:36 TU