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Ouragan Katrina

L’Amérique traumatisée

Le Golfe du Mexique offre un spectacle apocalyptique.(Photo: AFP)
Le Golfe du Mexique offre un spectacle apocalyptique.
(Photo: AFP)
Submergée par l’ampleur du désastre, la Maison Blanche accepte toutes les offres d’assistance venues de l’étranger. Et, pour faire face au choc pétrolier lié la destruction des plates-formes pétrolières, Washington a même accepté l’aide de l’Agence internationale de l'énergie (AIE).

Plus habitués à verser des dons qu'à en recevoir, les Etats-Unis se sont montrés, dans un premier temps, réticents face aux offres d'assistance, avant de faire savoir qu'ils accepteraient toutes les offres. Devant l'ampleur de la catastrophe qui a dévasté quelque 235 000 kilomètres carrés soit l'équivalent de la moitié de la France, la Maison Blanche ne parvient pas à gérer le sinistre que ce soit en terme de logistique humaine ou matérielle. Le Sénat américain, de retour de vacances, a approuvé jeudi soir 1er septembre un plan pour financer les mesures d'aide aux victimes de l'ouragan Katrina sur les côtes du golfe du Mexique. Le monde entier -y compris les Américains- est consterné par l’étendue du chaos et l’incapacité de la première puissance mondiale à mieux gérer la situation.

Les Etats-Unis ont «sollicité l'Agence internationale de l’énergie au titre des mécanismes de solidarité qui lient les pays signataires du traité». L’Europe possède 168 millions de barils de réserve pour les situations d’urgence. «L'Agence internationale de l'énergie va faire appel à ses stocks stratégiques de pétrole des Etats membres à hauteur de 60 millions de barils sur un mois pour faire face aux conséquences de l'ouragan Katrina aux Etats-Unis», a annoncé vendredi le ministère français de l'Industrie.Il a poursuivi : «Le cyclone Katrina a causé une baisse importante de la production de pétrole brut et entraîné une réduction substantielle des capacités de raffinage américaines dans la région du Golfe du Mexique (…) cette utilisation des stocks stratégiques est conforme à la règle de l'AIE qui prévoit d'intervenir en cas de risque avéré de pénurie physique».

Des milliers de morts, des milliers de sans abris, des milliers d’enfants esseulés et à la dérive : le Golfe du Mexique offre un spectacle apocalyptique. Par quel chantier commencer face aux dévastations meurtrières susceptibles d’engendrer des épidémies, face au gangstérisme qui gangrène la région, face aussi aux privations totales qui font que les rescapés disent «vivre comme des animaux» tout en se demandant où est leur chef d’Etat ?

Financièrement, pour pallier l’urgence, le Sénat américain a débloqué une première enveloppe. Quelque dix milliards de dollars (8 milliards d'euros) iront directement à l'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence (FEMA), et le reste au Pentagone qui a envoyé des navires et des troupes pour participer aux secours, selon des officiels du Congrès. Appelant à la solidarité nationale, Bush a annoncé que son père, l'ex-président George Bush, et un autre ancien président, Bill Clinton, allaient organiser une campagne de collecte de fonds pour les victimes de Katrina, comme ils l'avaient fait pour le tsunami.

Les Etats-Unis se résignent à accepter l'aide internationale

Le fait est assez exceptionnel pour être remarqué car la première puissance économique et militaire mondiale n’appelle jamais à l'aide internationale pour une catastrophe sur son sol. Cette fois, elle déroge. Des dons privés ont déjà permis de récolter 90 millions de dollars. Dans une interview à la chaîne ABC jeudi matin, le président avait d'abord poliment refusé l'aide internationale, déclarant : «Nous apprécions l'aide mais nous allons nous en sortir par nous-mêmes (…). Nous ne leur avons pas demandé». A la mi-journée, la Maison Blanche avait rectifié le tir et annoncé que les Etats-Unis accepteraient finalement l'aide d'où qu'elle vienne. La secrétaire d'Etat Condoleeza Rice a déclaré qu’«aucune offre capable de soulager les souffrances des personnes dans les zones sinistrées ne sera refusée». «L’Amérique doit être touchée par le fait que le monde tende la main aux Etats-Unis en période de besoin», a souligné Sean McCormack, le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères.

Le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Jaap de Hoop Scheffer, a déclaré lors d'une conférence de presse vendredi à Sofia : «Lorsque notre partenaire à l'Otan et ami important -les Etats-Unis d'Amérique- demande de l'aide, l'Otan est prête à répondre à ces appels». «Une alerte mondiale a été lancée aux équipes nationales de coordination et d'évaluation en cas de catastrophe naturelle», a déclaré à la presse à Genève la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, Elisabeth Byrs. De nombreuses autres organisations internationales ont également apporté leur assistance comme la Croix rouge qui a déjà recueilli, à elle seule, quelque 71,6 millions de dollars depuis que l'ouragan a frappé lundi (contre 30 millions de dollars de dons privés recueillis par les organismes humanitaires en décembre dernier pour l'aide aux victimes du tsunami).

Aux côtés des organisations internationales et des associations humanitaires, différents pays comme la France, Israël, la Russie, et même le Venezuela, souvent critiqué par l'administration Bush, ont offert leur assistance. A la liste s’ajoutent le Japon, le Canada, le Honduras, l'Allemagne, le l'Organisation des Etats américains (OEA), la Jamaïque, l'Otan, l'Australie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suisse, la Grèce, la Hongrie, la Colombie, la République dominicaine, le Salvador, le Mexique, la Chine, la Corée du Sud, et les Emirats Arabes Unis, et samedi matin, Cuba. Mais le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, a déclaré que certaines offres ne pourraient se concrétiser du fait que les Etats-Unis, pays riche, seraient gênés d'accepter des dons en argent provenant de pays pauvres.

Un Etat déjà abandonné avant le sinistre

Les digues ont cédé dans cette ville parfaitement inondable où un tiers des habitants  vivaient sous le niveau de la mer. «Depuis que l’eau et le vent ont balayé la côte, il semble que les races et les classes sociales soient le marqueur silencieux qui est parti et qui s’est retrouvé coincé», souligne le New York Times. Deux tiers des habitants de la Nouvelle Orléans qui vivent en marge du «paradis touristique», sont sans voiture ni argent. Ils n’ont pas pu quitter la ville lorsque l’ordre d’évacuation avait été donné en Louisiane, avant l’arrivée de l’ouragan. Ce sont donc les plus pauvres qui sont restés. Alors, la polémique enfle de tous côtés, portant à la fois sur les défaillances d’entretien des digues dues aux restrictions de la dépense publique -notamment fédérale-, et ce en dépit des sonnettes d’alarme. «Plus de 50% de la population américaine vit dans les zones côtières susceptibles de subir des ouragans, mais personne ne veut se donner les moyens de la protéger  de manière adéquate. La faute en incombe à l’Etat fédéral comme aux autorités locales», a souligné David Prevatt, universitaire à Clemson en Caroline-du-sud. «Les responsables des secours étaient bien informés du risque combiné d’un cyclone et d’une inondation, et pourtant le gouvernement n’a pas été à la hauteur de la situation.», insiste un journaliste du New York Times

Viennent maintenant s’ajouter des défaillances dans l’organisation des secours. Elles n’ont pas pu intervenir à temps aussi massivement qu’elles auraient pu le faire si elles avaient été au complet : 3 000 membres de la garde nationale de Louisiane et 3 800 de la garde nationale du Mississipi étant actuellement en Irak, ces 2 états se sont trouvé privés de 40% de leurs effectifs. Dans les prochaines 24 heures, la situation devrait s’améliorer avec l'arrivée de 7 000 soldats  supplémentaires pour grossir les rangs des deux mille membres de la Garde nationale qui sont sur place depuis jeudi. Autre erreur stratégique fatale, des véhicules amphibies et autres matériels d’intervention rapide avaient été envoyés en Irak sans que soit écouté en haut-lieu la mise en garde du lieutenant colonel Pete Schneider. Dans un entretien accordé au journal Libération, il avait fait savoir que, dès le 1er août dernier, il avait alerté les autorités : «Nous avons besoin de cet équipement aux Etats-Unis pour faire face à d’éventuels problèmes chez nous».


par Dominique  Raizon

Article publié le 02/09/2005 Dernière mise à jour le 02/09/2005 à 18:18 TU

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Anne Toulouse

Correspondante à Washington

«La Nouvelle-Orléans est un cauchemar. Plusieurs dizaines de milliers de gens sont sans eau potable, sans électricité, sans vivres et la ville s'enfonce dans la violence.»

Jacques Soppelsa

Géopolitologue, président de l'Académie internationale de géopolitique

«L'architecture physique du continent américain est telle que, aucun obstacle physique ne vient s'opposer aux influences du Nord et aux influences du Sud.»

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