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Pays-Bas

Ayaan Hirsi Ali, l’icône déboulonnée

En raison de ses mensonges, la députée Ayaan Hirsi Ali a perdu toute crédibilité, selon 71% des Néerlandais.(Photo : AFP)
En raison de ses mensonges, la députée Ayaan Hirsi Ali a perdu toute crédibilité, selon 71% des Néerlandais.
(Photo : AFP)
Ayaan Hirsi Ali, Néerlandaise d’origine somalienne, pourfendeuse de l’islam, a admis le 11 mai dans un documentaire avoir menti à son arrivée dans le pays pour mieux obtenir l’asile politique. Elle a changé son nom, sa date de naissance et son lieu de résidence. Ses aveux, prononcés par une femme politique en vue, suscitent un tollé.

De notre correspondante aux Pays-Bas

Depuis la diffusion jeudi soir de « Sainte Ayaan », un documentaire produit par NPS, la télévision nationale, la polémique ne cesse d’enfler. Parti au Kenya, en Somalie et au Canada sur les traces d’Ayaan Hirsi Ali, ce film a établi des faits longtemps occultés par l’intéressée. Sous son vrai nom, Ayaan Megan, elle a vécu de l’âge de 10 à 22 ans en tant que réfugiée au Kenya, avec sa famille. Et n’a donc pas connu les horreurs de la guerre civile en Somalie, contrairement à ce qu’elle a fait croire. Au lieu du mariage arrangé par sa famille, qu’elle dit avoir fui en se rendant aux Pays-Bas, ses parents proches et son ex-mari, un Somalien installé au Canada, s’accordent tous pour dire qu’elle était consentante le jour de la cérémonie. En chemin pour le Canada, elle s’est arrêtée en Allemagne, où une première demande d’asile lui a été refusée. Elle s’est ensuite rendue par le train aux Pays-Bas, où elle a menti sur son identité pour que l’administration ne sache pas qu’elle avait déjà le statut de réfugiée au Kenya, un pays en paix.

Directeur des Services de l’immigration (IND) à cette époque, Hilbrand Nawijn, aujourd’hui député indépendant, s’est déclaré « choqué » par ces révélations. Issu d’une droite populiste focalisée sur la question de l’immigration, Hilbrand Nawijn a aussitôt demandé à Rita Verdonk, la ministre de l’Intégration, de procéder à une enquête – et, le cas échéant, à une expulsion. Membre du même parti qu’Ayaan Hirsi Ali, Rita Verdonk a assuré le 12 mai que sa camarade n’avait « rien à craindre » pour des faits qui remontent 14 ans en arrière. Naturalisée en 1997, au bout cinq ans de résidence dans le pays, comme tous les étrangers, Ayaan Hirsi Ali a d’abord été élue députée sous la bannière du Parti travailliste (PVDA) en 1998. En 2003, cette pourfendeuse de l’islam et du multiculturalisme a rejoint les rangs des conservateurs. Avant d’être réélue députée en 2003, elle avait en partie révélé ses mensonges à sa nouvelle famille politique.

Deux poids, deux mesures

Aussi les conservateurs ont-ils d’abord minimisé l’affaire. Seulement, dès le 12 mai, l’Association des avocats spécialisés dans le droit d’asile (VAJN) s’en est emparée. Et de rappeler les termes de la loi néerlandaise, qui stipule depuis 2003 que les étrangers naturalisés sur la base de fausses déclarations peuvent se voir retirer leur nationalité dans les 12 années qui suivent la naturalisation. Dans l’hypothèse où Ayaan Hirsi Ali ne serait pas inquiétée, la VAJN a annoncé son intention de brandir l’argument du « deux poids, deux mesures » dans le cadre d’autres affaires. Le sang de Rita Verdonk n’a fait qu’un tour. En pleine ascension politique, la ministre de l’Intégration, appréciée par une partie de l’opinion pour sa fermeté, brigue la présidence du VVD et le poste de Premier ministre après les prochaines élections de 2007. Le 13 mai, elle a fait volte-face et annoncé une enquête sur la naturalisation d’Ayaan Hirsi Ali.

Pied-de-nez à une classe politique qui ne l’a jamais vraiment acceptée ? En admettant elle-même avoir menti, Ayaan Hirsi Ali paraît prête à en tirer toutes les conséquences. Et pour cause : elle devrait annoncer aujourd’hui son départ des Pays-Bas, le 1er septembre, pour les Etats-Unis. A Washington, elle devrait travailler pour l'American Enterprise Institute (AEI), un think tank conservateur qui conseille le président américain George Bush. Partie en croisade contre l’islam depuis les attentats du 11 septembre, Ayaan Hirsi Ali a toujours fait meilleure impression à l’étranger qu’aux Pays-Bas. C’est un magazine britannique, The Time, qui lui a décerné en janvier le titre d’« Européenne de l’année ». Un député norvégien, lui, a proposé sa candidature cette année pour le Prix Nobel de la paix. Aux Pays-Bas, elle passe pour une opportuniste dont les critiques sans nuances de l’islam ne contribuent guère à la cohésion nationale.

Proche de Theo van Gogh, le cinéaste assassiné le 2 novembre 2004 par un jeune islamiste néerlando-marocain, elle avait travaillé avec lui sur le film Soumission, qui dénonçait le sort des femmes musulmanes. Menacée de mort par les islamistes, sous constante protection policière, la députée a décidé de poursuivre l’oeuvre de son ami, avec un film sur « l’intolérance » des musulmans à l’égard des homosexuels. Dans un sondage de RTL Nieuws publié le 24 février, 84 % des Néerlandais soutenaient Aayan Hirsi Ali dans cette entreprise. Aujourd’hui, ils sont 71% à penser qu’elle a perdu toute crédibilité.


par Sabine  Cessou

Article publié le 16/05/2006 Dernière mise à jour le 16/05/2006 à 08:49 TU