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Nucléaire iranien

Les «Grands» établissent la règle du jeu

L'enrichissement d'uranium s'effectue dans une centrifugeuse qui projette, avec la vitesse, l’uranium 238, plus lourd, à la périphérie.(Photo : supinfo-projects.com)
L'enrichissement d'uranium s'effectue dans une centrifugeuse qui projette, avec la vitesse, l’uranium 238, plus lourd, à la périphérie.
(Photo : supinfo-projects.com)
Après plusieurs heures de réunion, les 5 membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l’Allemagne, ont finalisé une proposition qui sera présentée aux Iraniens dans les jours à venir. Le but est de convaincre Téhéran de renoncer à certaines activités nucléaires sensibles, avec des contreparties. Peu de temps après la négociation de cette proposition, le directeur du renseignement américain se montrait une nouvelle fois menaçant à l’égard de l’Iran.

L’Iran pourrait disposer de l’arme nucléaire en 2010. C’est ce qu’a affirmé John Negroponte, le directeur du renseignement américain. Le responsable a cherché à se montrer inquiétant quelques heures à peine après la fin de la réunion de Vienne à laquelle son pays participait. Pour la première fois depuis des décennies, les Etats-Unis étaient à la table d’une négociation concernant l’Iran et son programme nucléaire. « Ils semblent déterminés à mettre au point des armes nucléaires », a déclaré John Negroponte sur la BBC. « Nous n’avons pas de connaissance précise, mais nous estimons qu’ils pourraient être en position de disposer de l’arme nucléaire entre le début et le milieu de la prochaine décennie, ce qui est très inquiétant dans une région du monde où la situation est très volatile », a-t-il encore expliqué.

« Il faut admettre qu’il s’agit du principal Etat parrain du terrorisme dans le monde. Leur attitude a été un problème non seulement au Liban, en Israël et dans les territoires palestiniens, mais aussi en Irak », a encore déclaré John Negroponte. Balayant par avance les critiques sur l’efficacité du système de renseignement américain, le responsable a précisé que, depuis le 11-Septembre, les services secrets américains ont amélioré la « qualité de leurs analyses ».

Peu de temps avant ces déclarations menaçantes, Condoleezza Rice avait participé à cette réunion à six dont le but était de finaliser une proposition donnant-donnant à l’Iran. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne cherchent à persuader les autorités iraniennes de suspendre certaines activités sensibles comme l’enrichissement d’uranium. La Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Chine, l’Allemagne et donc, pour la première fois, les Etats-Unis, se sont mis d’accord sur une offre dont les détails restent secrets. Le marché, cependant, est connu : si l’Iran accepte les demandes de la communauté internationale, les « Grands » ne demanderont pas le recours du Conseil de sécurité.

Des mesures acceptées par la Chine et la Russie

L’ensemble de mesures adopté au bout de huit heures de discussions par les ministres des Affaires étrangères des six pays négociateurs devrait être présenté dans les jours qui viennent à l’Iran. Des diplomates ayant assisté à la réunion ont donné quelques précisions. Un réacteur à eau pressurisée pourrait être fourni à l’Iran de même que du combustible nucléaire, ce qui lui éviterait d’avoir sa propre installation et d’enrichir de l’uranium.

Si Téhéran n’accepte pas ces propositions, l’accord prévoit des mesures de rétorsion à l’encontre d’organisations liées au régime islamique ou visant directement de hauts responsables iraniens. Elles pourraient subir une interdiction de visas ou le gel d’avoirs à l’étranger que les Américains ont déjà instauré depuis 1980. Un cran de sanctions supplémentaire consisterait à exercer des pressions commerciales. Un embargo sur les armes serait également à l’ordre du jour.

Un responsable américain a indiqué que la Russie et la Chine ont accepté ces propositions sans les modifier. Pourtant, vendredi après-midi, comme en écho aux déclarations menaçantes du chef des services de renseignements américains, le ministre russe des Affaires étrangères, Serguéï Lavrov, a dit publiquement que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, plus l’Allemagne, ont exclu, au cours de leurs discussions à Vienne, « le recours à la force militaire » contre l’Iran « quelles que soient les circonstances ».

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, n’a pas assisté en personne à la négociation. Mais vendredi, il a fait savoir à son homologue iranien, Manouchehr Mottaki, que « la Chine soutenait totalement toute initiative susceptible de régler par la négociation le problème nucléaire iranien ».

Seul un dignitaire religieux a réagi

L’Iran n’a pas l’intention d’abandonner son programme nucléaire. « Nous sommes prêts à payer le prix fort pour défendre nos idéaux », a déclaré lors de la prière du vendredi à Téhéran le religieux conservateur Ahmad Khatami. Il s’exprimait au lendemain de l’accord trouvé à Vienne. Cependant, ni le président Ahmadinejad, ni le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Larijani, n’ont réagi à cet accord intervenu dans la capitale autrichienne entre Chinois, Russes, Européens et Américains pour faire à l’Iran des « propositions de grande portée ». Avant même la tenue de cette réunion, le pouvoir iranien avait exclu d’arrêter les opérations techniques consistant à enrichir de l’uranium pour obtenir du combustible nucléaire.

La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a quitté Vienne en indiquant ne pas exclure de participer elle-même aux futures négociations avec les Iraniens, toujours à la condition qu’ils suspendent leurs activités d’enrichissement.

Le 11 avril dernier, l’Iran avait annoncé que ses techniciens avaient réussi à enrichir de l’uranium à 3,5%, ce qui permet d’obtenir une réaction nucléaire. Deux jours plus tard, les relevés effectués par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à l’usine d’enrichissement de Natanz, avaient confirmé la réalisation de cette opération.              



par Colette  Thomas

Article publié le 02/06/2006Dernière mise à jour le 02/06/2006 à 16:36 TU