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Comment ça va avec la France ?

Tranches de vie : Kassy Assemian

Kassy Assemian. 

		(Photo : BCDLabel.com)
Kassy Assemian.
(Photo : BCDLabel.com)
Quatrième numéro du magazine, édition consacrée à l’ivoirien de la rue Montorgueil à Paris. Venu poursuivre ses études en France il y a près d’une trentaine d’années, Kassy Assemian, sociologue de formation, a ouvert en 2003 l’espace culturel Anib’we (salon, galerie, librairie, bar et maison d’édition) pour le plus grand bonheur des parisiens.

Tranches de vie : Kassy Assemian

«Anib'we signifie littéralement en langue Akan «les yeux ouverts» mais nous le prenons dans le sens de l'ouverture, vers d'autres civilisations, d'autres cultures.»

(Source : Anib'we)

Le concept du lieu fait écho à la fois à sa passion pour les livres et à son désir de défendre les cultures afro-caribéennes. Anib’we, qui signifie « ouverture » en langue akan, se situe en plein cœur de la capitale française. On y découvre les dernières nouveautés littéraires du monde noir. On peut y acheter un disque de musique maghrébine, y conférer avec un spécialiste des Antilles françaises, y siroter un jus de bissap ou encore y découvrir le génie d’un jeune plasticien, en écoutant de la musique en live. Un concept original, qui allie culture et convivialité, à la manière d’une caverne d’Ali Baba hantée par des fabricants d’imaginaire volant.

Pourquoi ce projet de librairie africaine à Paris ?

« Quand on regarde bien dans les grandes librairies, il y a peu de rayons consacrés à l’Afrique et au monde afro. Lorsqu’on cherche des documents qui se rapportent à l’Afrique ou au monde négro-africain, on s’aperçoit que l’offre est très réduite. Et donc mon intention était d’élargir un peu cette offre, de rassembler tout ce qui était éparse auparavant en un seul lieu, pour faciliter la recherche des clients, et aussi pour développer et défendre ensemble la diversité culturelle que représente ce monde afro. La clientèle n’est pas spécifique aux ressortissants ou aux afro-descendants. C’est une clientèle très ouverte. Au départ, la librairie s’adresse aux Africains et aux afro-descendants. Mais en réalité, elle s’adresse à tout le monde, parce qu’il y a beaucoup d’Européens ou de Français, qui s’intéressent à l’Afrique ou à sa diaspora. Ils trouvent aussi bien leur compte que les ressortissants d’Afrique ou des Afro-descendants  à Anib’we».

Diversité culturelle à la française et intégration

« On parle de la France comme le lieu de la diversité. La France, selon moi, est le lieu où les diversités ont le plus de mal à s’épanouir. Et le fait de crier partout "la diversité, la diversité" ne veut pas forcément dire qu’on y est très ouvert, à cette diversité. D’ailleurs, c’est très simple, en France, on demande à la diversité de s’intégrer. Et par hasard, les intellectuels, qu’ils soient Africains ou qu’ils soient blancs, crient contre le communautarisme. Or, moi je me situe vraiment à l’opposé. Je dis "Vive le communautarisme", parce que sans le communautarisme, il n’y a pas de vitalité culturelle, pas de minorités. Et donc on ne pourrait même pas parler de diversité. Je suis sociologue de formation et je trouve que le concept d’intégration est un contresens. Si l’intégration consiste à dissoudre la diversité dans le dominant, à ramener la périphérie au centre, on sera toujours dans la conception centralisatrice du pouvoir à la française. Personnellement, je ne suis pas favorable à cette idée de dire qu’il faut s’intégrer, parce que l’intégration comporte des arrières-pensées, qui ne sont pas favorables à la diversité culturelle ».

Le choix de rester en France après la fin des études

« Moi, j’ai fait de la sociologie urbaine. Et à la fin de mes études, les bureaux d’étude en Côte d’Ivoire étaient encore contrôlés, et ils sont encore contrôlés aujourd’hui, par des Français. Ce sont des expatriés qui dirigeaient ces bureaux d’études. Et lorsqu’on retournait en Côte d’Ivoire, mon pays d’origine, mon pays toujours, parce que je n’ai pas la nationalité française, je suis toujours ivoirien, je tiens à le préciser… Bien qu’ayant eu toutes les facilités pour la prendre jusqu’à présent, je n’ai pas opté pour cette nationalité et je ne le souhaite pas… Et donc lorsqu’on retourne chez moi pour essayer de travailler sur place, on rencontre toutes les difficultés. Ces difficultés ne sont pas uniquement liées aux nationaux. C’est dû aussi au fait que ces secteurs, dans le domaine dans lequel je me suis formé, sont entre les mains de sociétés françaises. Donc quand on s’est absenté du pays pendant dix ans et qu’on ne dispose pas de toutes les relations nécessaires pour mener le combat, on a plus de chances de travailler ici que de retourner affronter la galére sur place à Abidjan. Donc je suis resté ici volontairement pour travailler, parce que je me suis dit : "j’ai eu les mêmes diplômes ici que les amis français. Si eux, ils vont occuper les postes chez moi, pourquoi ne pas occuper, moi aussi, un poste chez eux ?" »

Un espace culturel africain au coeur de Paris. 

		(Photo : BCDLabel.com)
Un espace culturel africain au coeur de Paris.
(Photo : BCDLabel.com)

La France pour toujours ou bien retour programmé ?

« Le fait de travailler ici et de vivre dans un environnement très avancé au niveau technologique m’a certainement facilité la tâche. Ceci dit, il faut voir qu’en Afrique, il existe des maisons d’édition. Les gens se battent avec les moyens dont ils disposent.. Ces maisons d’édition font du bon travail. D’ailleurs, moi-même, le projet, ce n’est pas de laisser ma maison d’édition éternellement ici. C’est aussi de créer une synergie entre une branche française et une branche africaine, pour essayer de développer dans les deux sens. Mais à Abidjan, le terrain est déjà miné. Hachette, la maison d’édition française, a la mainmise complète, sur l’édition et sur la librairie. Les deux grandes sociétés d’édition de la place, CEDA et NEI, sont contrôlées à plus de 70% par Hachette. Hachette fait la pluie et le beau temps là-bas. Pour les manuels scolaires, parce qu’en Afrique, l’édition marche grâce aux manuels scolaires, il y a des contrats de coopération, je ne sais pas comment ça se fait, qui donnent tout l’avantage aux éditeurs français. D’ailleurs, la plus grande librairie de Côte d’Ivoire s’appelle « La Librairie de France ». Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Même s’il y a des Ivoiriens qui sont rentrés là-dedans aujourd’hui, on peut constater que « La Librairie de France » a la mainmise totale sur tout ce qui se fait en matière de librairie localement. Donc si je retourne aujourd’hui en Côte d’Ivoire, je vais même être encore plus écrasé qu’ici, parce qu’ici la diversité de la concurrence me laisse encore un petit espace où je peux m’exprimer. Mais quand le moment viendra, quand l’opportunité se présentera, pour aller me battre chez moi, croyez-moi, je serais présent, et là, je jouerai peut-être à armes égales avec tout le monde, si le jeu est clairement établi ».



par Soeuf  Elbadawi

Article publié le 22/07/2006Dernière mise à jour le 22/07/2006 à TU

Pour en savoir plus :

« Une librairie afro-antillaise au cœur de Paris » sur Grioo : http://www2.grioo.com/info4617.html

« La librairie de toutes les Afriques » sur Afrik.com : http://www.afrik.com/article6312.html

« Ils nous font avancer » sur BCD Label : http://www.bcdlabel.com/ilsnousfontavancer.php?c_id=1

Pour contacter par mail la librairie, située au 52, rue Greneta, 75002 Paris, vous pouvez écrire à k2inter@voila.fr