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Chili

Pinochet : l’Histoire le jugera

La dépouille, en grand uniforme, d'Augusto Pinochet 

		(Photo : AFP)
La dépouille, en grand uniforme, d'Augusto Pinochet
(Photo : AFP)
Les funérailles de l’ancien dictateur chilien, général Augusto Pinochet, décédé dimanche à l’age de 91, ont lieu ce mardi à Santiago. Il recevra des honneurs militaires, mais n’aura pas droit à des obsèques nationales. Un grand nombre de réactions se sont manifestées dans le monde entier regrettant que Pinochet n’ait pas été jugé pour les crimes commis au nom de son régime. Près de 3 000 chiliens sont morts ou disparus à la suite du coup d’Etat de 1973 et près de 30 000 autres personnes ont été torturées par les militaires chiliens.

Des milliers de personnes ont fêté dans la rue l’annonce du décès de Pinochet. Des incidents se sont produits avec les forces de l’ordre, provoquant des dizaines de blessés, lorsque les manifestants ont voulu s’approcher du palais présidentiel de la Moneda. Quelques 300 partisans de l’ancien dictateur se sont rassemblés devant l’école militaire de la capitale chilienne, où auront lieu mardi les cérémonies funèbres, en présence de la famille du défunt.

C’est dans cette académie militaire que fut formée la junte dirigée par le général Pinochet, junte qui a renversé le président socialiste Salvador Allende, lors du sanglant coup d’Etat du 11 septembre 1973. L’actuelle présidente socialiste Michelle Bachelet a refusé les funérailles nationales à l’ex-dictateur. Il faut noter la présidente a été arrêtée en 1973 et que son père, un général resté fidèle à Allende, est mort en prison suite aux tortures dont il a été victime, comme des milliers d’autres Chiliens, notamment des socialistes et des communistes, ainsi que des partisans de groupes d’extrême gauche et des syndicalistes.

Cette décision de limiter la cérémonie à des honneurs militaires a été saluée par Isabel Allende, fille de l’ancien président qui s’est donné la mort lors du bombardement du palais de la Moneda, où il s’était retranché lors du coup d’Etat militaire. Isabel Allende à souligné que «le général a trahi son serment, a trahi le président Allende et a toujours affiché son incapacité à se repentir». Pinochet avait été nommé commandant en chef des forces armées par Salvador Allende, trois semaines avant de déclencher son coup d’Etat.

Le rôle des Etats-Unis

Du temps de l’administration Nixon, le gouvernement américain avait une obsession qui était celle d’éviter que l’Amérique latine ne se transforme en une sorte de «sandwich» entre deux régimes marxistes, tels que ceux du Chili et de Cuba. Les Etats-Unis sortaient affaiblis de la guerre du Vietnam et ne voulaient pas que l’influence soviétique puisse se renforcer dans leur «pré-carré» en pleine Guerre froide. Pour les latino-américains de gauche, la victoire d’Allende était devenue une sorte de modèle de construction démocratique du socialisme. Mais aussi une période de grande agitation politique et sociale avec des occupations d’usines et de fermes par les ouvriers et les paysans chiliens. Les multinationales américaines craignaient surtout la nationalisation des mines de cuivre.

C’est ainsi que la CIA a commencé à aider, surtout financièrement, les partis chiliens qui s’opposaient au président Allende, un fait qui a été confirmé par une commission du Sénat à Washington. Puis, le secrétaire d’Etat Henry Kissinger, malgré l’hostilité du Congrès, se déclarait en faveur du dictateur chilien, lui adressant même des messages d’encouragement : «Nous souhaitons bonne chance à votre gouvernement. Vous êtes une victime de tous ces groupes de gauche autour du monde et votre plus grand péché c’est que vous avez renversé un gouvernement qui allait devenir communiste».

En 2001, une fois la démocratie revenue, le juge chilien Juan Guzman demandait, en vain, à interroger Kissinger au sujet de l’assassinat du journaliste américain Charles Horman, qui fut arrêté six jours après le coup d’Etat, après avoir dénoncé les actions de la CIA au Chili. Comme beaucoup de Chiliens, Horman fut interné au stade de Santiago, transformé en camp de concentration et centre de tortures, d’où il disparut. Son cadavre a été retrouvé dans une fosse commune en 1974.

Pinochet fut aussi salué par l’administration américaine pour avoir relancé l’économie de son pays, en suivant les principes ultra-libéraux de l’Ecole de Chicago, dirigée par le prix Nobel Milton Friedman. Mais par la suite, les liens entre le gouvernement américain et le dictateur chilien se sont quelque peu dégradés en raison de l’assassinat à Washington, en 1976, de l’ancien ministre chilien des Affaires étrangères, Orlando Letelier, et de sa collaboratrice américaine Ronni Moffitt. Cet attentat à la bombe avait été organisé par le directeur de la police secrète chilienne, le général Contreras.

Après l’élection du démocrate Jimmy Carter, les Etats-Unis se sont éloignés encore davantage du régime chilien, tandis que Pinochet renforçait ses liens avec les autres dictatures latino-américaines (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) grâce à l’Opération Condor, destinée à réprimer, sur tout le continent (et même ailleurs), les sympathisants gauchistes. Washington a voulu prendre ses distances, du moins officiellement, avec cette «guerre sale» conduite par les services secrets des dictateurs sud-américains.   

L’ancien secrétaire d’Etat américain Colin Powell l’a confirmé, en 2003 : les Etats-Unis sont bien intervenus dans le coup d’Etat au Chili, en 1973. «Ce n’est pas une partie de l’histoire de notre pays, dont nous pouvons être fiers» a-t-il déclaré. Lundi, au lendemain de la mort du dictateur, la Maison Blanche a réagi en saluant les victimes du régime du général chilien, soulignant que «la dictature d’Augusto Pinochet au Chili a constitué l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire de ce pays».

Tandis que les relations entre Washington et Santiago se détérioraient, Augusto Pinochet se rapprochait de la Grande-Bretagne. C’est ainsi qu’il avait décidé de soutenir les opérations de l’armée britannique lors de la guerre des Malouines contre l’Argentine, en 1982, malgré les liens du régime militaire chilien avec la junte militaire de Buenos Aires. L’ancienne alliée de Pinochet, l’ex-Premier ministre britannique Margareth Thatcher, se souvient de ce ralliement. Elle s’est déclarée, lundi, «profondément attristée» par la disparition de Pinochet. La prise de position de la «Dame de Fer» britannique est une des rares réactions publiques de tristesse, suite au décès de l’ancien dictateur. 

Disparu sans être condamné

Le général Pinochet a été accusé de dizaines de crimes et de violations des droits de l’homme, mais il n’a jamais été jugé. Ses avocats ont toujours réussi à le sortir d’affaire en faisant valoir que sa santé était défaillante. Le juge d’instruction espagnol Baltasar Garzon, qui a réussi à provoquer l’arrestation de Pinochet à Londres, en 1998, a estimé lundi que les actions judiciaires entamées contre l’ex-dictateur «doivent se poursuivre». Pinochet avait été arrêté à la demande de Garzon qui l’accusait de crimes de génocide, terrorisme et tortures, suite aux plaintes des familles d’Espagnols disparus au Chili pendant la dictature.

A ce moment-la, pour des raisons de santé, le gouvernement britannique refusait d’extrader vers l’Espagne le vieux général. Et il a pu regagner son pays après plus de 500 jours de détention en résidence surveillée. En mai 2000, la cour d’appel de Santiago levait l’immunité parlementaire de Pinochet, poste qu’il s’était octroyé en tant que sénateur à vie, grâce à une réforme de la Constitution. Pinochet a ensuite été inculpé pour les crimes commis par la «Caravane de la mort», une unité militaire qui avait exécuté 75 opposants à la dictature, en 1975.

Avec le décès de l’ex-dictateur, près de 300 dossiers de violations de droits de homme vont être classés. Les organisations humanitaires, ainsi que les juristes se sont plaints, sans succès, de la lenteur de la justice. Les tribunaux chiliens, qui n’ont pas réussi à faire comparaître le vieux général, conservent néanmoins la possibilité de juger sa famille et ses proches, dans des affaires de comptes secrets et de fraude fiscale. Ces poursuites ont été lancées alors que Pincohet était toujours vivant, après la découverte de dizaines de comptes à la banque Riggs, à Washington, pour un montant de 27 millions de dollars. Pinochet a été vraiment le dictateur le plus tristement célèbre et peut être aussi le plus riche d’Amérique latine.    

 



par Antonio  Garcia

Article publié le 11/12/2006 Dernière mise à jour le 11/12/2006 à 19:43 TU

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Par Claire Martin

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