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Architecture

Des tours qui valent le détour

L'émergence hybride de Morphosis. 

		© Thom Mayne - Morphosis
L'émergence hybride de Morphosis.
© Thom Mayne - Morphosis
La Défense, le quartier d’affaires à l’Ouest de Paris, va s’orner, à l’horizon 2012, d’une tour de quelque 300 mètres de hauteur, dite «Tour Phare». Si, à l’issue d’un concours international, c’est le projet de l’architecte américain Thom Mayne qui a été retenu, l’ensemble des propositions faites par des architectes de renom, français et étrangers, dans le cadre de ce concours, mérite qu’on s’y arrête. La présentation qui en est faite à la Cité de l’architecture et du patrimoine permet aussi d’accompagner la réflexion actuellement menée, à travers le monde, sur la construction en hauteur.

« Ça a été très difficile de trancher entre dix très grands projets ». Ces propos de Christian Joubert, de la société Unibail, investisseur et promoteur de la Tour Phare, on ne peut que les vérifier en voyant les maquettes et planches explicatives présentées à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Les contraintes du lieu étaient comme autant de défis: s’inscrire entre les arêtes vives de la Grande Arche et les courbes du CNIT (le Centre des nouvelles industries et technologies, premier édifice construit sur le site de la Défense à la fin des années 50), s’inscrire aussi dans le cadre d’un plan de renouveau de la Défense et faire d’une tour dédiée essentiellement à des espaces professionnels, un lieu convivial. Il fallait aussi répondre aux exigences actuelles de développement durable et d’économie d’énergie.

Le Skysail de Nicolas Michelin © Nicolas Michelin-ANMA
Le Skysail de Nicolas Michelin
© Nicolas Michelin-ANMA

Si le projet proposé par l’américain Thom Mayne et son équipe de l’agence Morphosis a été retenu, c’est qu’il semble répondre à l’ensemble de ces critères ou, du moins, a su en convaincre les quinze membres du jury, politiques, promoteurs, ingénieurs, architectes ou artistes. Comme Thom Mayne le dit lui-même, il a voulu créer un «espace connecté» pour répondre aux contraintes du lieu. Sa tour est, en effet, la seule à établir une véritable connexion avec la gare souterraine, via le CNIT auquel elle a un accès direct. Sur le plan formel, également, il a voulu répondre à la complexité du lieu par une construction «d’une telle complexité qu’on ne puisse la réduire à une seule chose», une tour dont la perception variera en fonction des lieux d’où on la verra, des heures aussi, et qui pourra «se révéler, dit-il, avec le temps ou la distance, soit mirage, soit montagne, mais toujours reconnaissable par sa forme et ses matériaux». Cette idée de la variation d’un édifice en fonction des points de vue, qui l’habite depuis très jeune, lui serait venue en observant «Les bourgeois de Calais», de Rodin, et les variations de la sculpture selon les angles de vue. Mais les variations ne sont pas que des jeux de perspective, elles sont intégrées dans la structure même de la tour, irrégulière, dont l’ossature s’affine en montant. Enfin, les turbines éoliennes installées au sommet de la tour sont censées fournir de l’air frais pendant cinq mois de l’année tandis qu’une «double peau» de métal perforé sur les flancs sud, est et ouest, est destinée à filtrer les rayons du soleil.

L’idée d’une tour changeante n’est pas l’apanage du seul lauréat. On la retrouve aussi dans le projet de l’architecte français Nicolas Michelin. «Cette tour, disait-il en présentant son projet au jury, je la voudrais hybride, étrange, jamais la même selon les points de vue». Une manière de brouiller l’image habituelle des tours, avec «une géométrie complexe, alliant les courbes et les verticales», le tout se déployant un peu comme une voile de navire, d’où le nom «Skysail», donné au bâtiment. Là aussi, la façade est dotée d’une «double peau» en verre clair.

Seconde peau

Le concept global de Manuelle Gautrand © Manuelle Gautrand
Le concept global de Manuelle Gautrand
© Manuelle Gautrand

Sur les dix projets présentés, une bonne moitié présente cette «seconde peau» qui, apparemment, a la faveur des architectes. Celle qui habille la tour conçue par Manuelle Gautrand (la seule femme) est particulièrement originale. Cet «exosquelette», pour reprendre le terme de l’architecte, à l’allure de dentelle, puise sa référence dans le monde animal. C’est, en effet, une sorte d’éponge qui a inspiré cet entrelacs de mailles métalliques blanches et beiges, mates et brillantes, très ouvert au nord et très filtrant au sud. Selon Manuelle Gautrand, cette «seconde peau» qui passe à 1,20 mètre des façades ne prend jamais plus de 30% de la vue. On peut, toutefois, se demander si ces 30% ne sont pas trop, déjà, pour ceux qui seraient amenés à travailler dans la tour. Le récent exemple de la résille de métal qui habille la façade du ministère de la Culture sur la rue Saint-Honoré, à Paris, irait plutôt dans ce sens.


L'effet prisme de Dominique Perrault. © Dominique Perrault
L'effet prisme de Dominique Perrault.
© Dominique Perrault

Seconde peau très présente, aussi, dans la tour de Dominique Perrault. L’auteur, notamment, de la Bibliothèque François Mitterrand à Paris, a habillé sa tour monolithique d’une «robe» de verre qui semble flotter autour de l’ossature de béton et réagit aux variations de la lumière. Un habillage installé sur une structure métallique qui joue le rôle de «brise-soleil» et qui a l’avantage de permettre d’ouvrir les fenêtres à tous les étages.

 

Au pied de la lettre (et au sommet de la tour)

L'objet expérimental de Jean Nouvel © Jean Nouvel-AJN
L'objet expérimental de Jean Nouvel
© Jean Nouvel-AJN

Quant à Jean Nouvel (auteur du Musée du quai Branly à Paris), il donne une version littérale du concept proposé de «Tour Phare». La sienne, très monolithique, est surmontée d’un gigantesque élément mobile d’environ 70 mètres de haut. Une structure qui pivote sur un axe et dont deux cotés font office d’écrans géants avec, au milieu, un espace jardin. Cette «oriflamme à l’échelle territoriale et urbaine» est un projet expérimental réalisé avec l’écrivain et plasticien Alain Fleischer, qui se réfère à l'antiquité et, en particulier, au phare d’Alexandrie : «Le phare qui dominera cette sorte d’île qu’est le quartier de la Défense (…) sera bien plus qu’un signal : une lumière chargée d’images. Dans sa lente rotation marquant les heures, son gigantesque double écran sera visible de loin, de jour comme de nuit. (…) c’est la ville regardée par ses images». Sur l’un des écrans, des informations sur les activités parisiennes et franciliennes, sur l’autre des événements ou des personnalités, de l’art aussi, pour une ère baptisée «infostrielle».


La fine lame de Herzog et de Meuron. © Herzog de Meuron
La fine lame de Herzog et de Meuron.
© Herzog de Meuron

De la confrontation «douce» avec le ciel que propose Nicolas Michelin avec son «skysail»,  on passe à celle, plus acérée, de la tour proposée par Herzog & de Meuron. Les deux architectes suisses, lauréats du prix Pritzker en 2001, présentent une tour qui, avec ses 135 mètres de face et ses 35 mètres de profil, ne répond pas vraiment à la typologie classique des tours et ressemble davantage à un «coupe-ciel» qu’à un gratte-ciel.

 

Les quatre satellites de Rem Koolhaas/ OMA © Koolhaas-OMA
Les quatre satellites de Rem Koolhaas/ OMA
© Koolhaas-OMA

Rem Koolhas, d’une certaine manière, ébrèche lui aussi le concept de tour, avec un édifice carré qui fait émerger, dans son dernier tiers et sur chacune de ses faces, quatre extensions, quatre parallélépipèdes, comme des énormes boites suspendues en porte-à-faux à quelque 200 mètres du sol. Dans ces espaces, l’architecte néerlandais prévoit des salles de marchés, des restaurants ou encore des gymnases.

 

 Le projet de «tour évolutive» présenté par Jacques Ferrier s’inscrit dans l’architecture durable, susceptible de «se transformer pour durer», le bâtiment pouvant changer ses façades en gardant sa structure. Là aussi, souci écologique d’une ventilation naturelle avec sept éoliennes au sommet de la tour.

L'Anti-monolithe de Norman Foster © Norman Foster, Foster + Partners
L'Anti-monolithe de Norman Foster
© Norman Foster, Foster + Partners

La ventilation, Norman Foster connaît : sa tour Swiss Re, icône de la City londonienne, est aussi une référence à ce sujet. Le célèbre architecte britannique – il a remporté quelque 300 récompenses et prix d’excellence à travers le monde - qui a aussi signé des tours à Hong Kong, Barcelone, Francfort, a présenté pour la Défense un projet qu’on pourrait qualifier d’anti-tour, avec une fragmentation par blocs de l’édifice. Norman Foster s'est vu confier, en France, la réalisation du Zénith de la ville de Saint-Etienne, une salle de spectacles musicaux de quelque 8000 places, prévue pour 2008.

Massimiliano Fuksas a joué, lui, sur le dédoublement, avec ses tours jumelles, ou plutôt «siamoises», deux entités indissociables formant une sorte de sculpture architecturale, dont le sommet est dédié aux espaces de convivialité que sont les restaurants et salles de réunion. A noter que l’architecte italien réalise actuellement, lui aussi, deux salles Zénith, à Strasbourg et Amiens.

Une icône pour un quartier en voie de rénovation

C’est dans le cadre d’un vaste projet de rénovation, voire de requalification, du quartier de la Défense, que la tour Phare va être édifiée à l’horizon 2012. Un projet «qui prévoit, notamment, de nouvelles constructions pour un total de 450 000 mètres carrés», précise Bernard Bled, le directeur général de l’EPAD (Etablissement public pour l’aménagement de la région de la Défense). Une façon de répondre à la concurrence toujours plus vive des grandes capitales européennes, la tour Phare devenant en quelque sorte emblématique de ce renouveau . «Ce que nous espérons, ajoute pour sa part Christian Joubert, d’Unibail, c’est que ce projet, par son ampleur et son originalité, devienne une sorte de deuxième icône de Paris, sans prétendre à une célébrité aussi forte que la tour Eiffel. Mais que le public vienne, surtout le public parisien».

En attendant, il est permis de partager les rêves des architectes - et des promoteurs - en visitant l’exposition de la Cité de l'architecture et du patrimoine.



par Danielle  Birck

Article publié le 20/01/2007 Dernière mise à jour le 20/01/2007 à 21:27 TU