Timor oriental
Le pays suspendu aux résultats du premier tour
De notre envoyée spéciale à Dili
(Photo : Reuters)
Si les résultats provisoires se confirment, le second tour de l'élection présidentielle verrait donc s'affronter les grands noms de la guerre d'indépendance. D'un côté, le candidat du Fretilin, ce parti qui rassemblait sous son ombrelle les Timorais lors de la lutte pour l'indépendance. De l'autre, le prix Nobel de la paix José Ramos Horta, qui a fait connaître le combat de son pays contre l'occupation indonésienne de par son action dans les cercles diplomatiques internationaux. Il est soutenu par l'actuel président Xanana Gusmao, l'ancien chef de la guérilla qui a combattu les Indonésiens pendant 25 ans.
La division des élites timoraises, mise en évidence lors des violences qui ont déchiré le pays l'année dernière, touche donc le cœur même du pouvoir : le Fretilin, qui détenait le poste clé de Premier ministre jusqu'alors, contrôle toujours 55 des 88 sièges au Parlement. Guerre des symboles et guerre des allégeances : il s'agira de savoir qui garde la clé du cœur des Timorais dont une partie est déçue par la gestion du pays depuis qu'il a gagné sa liberté. La population devra donc choisir entre l'organisation politique dont le sort est tellement imbriqué dans celui de la nation que le drapeau national a été dessiné quasiment à l'identique de l'emblème du parti ; ou le candidat adoubé par le charismatique Xanana, toujours très respecté par tous ceux qui ont combattu à ses côtés dans les montagnes.
Contestations
Mais rien n'est encore joué, car les résultats ont encore à être validés par la commission électorale au niveau national. Or cette validation s'annonce déjà complexe : cinq des huit candidats se plaignent que le scrutin s'est déroulé dans un «climat d'intimidation et de terreur», et demandent un nouveau décompte. L'un de ces plaignants, Fernando Lasama de Araujo, a recueilli un significatif 18% des suffrages selon le premier décompte, et était considéré comme un candidat qui avait de très sérieuses chances d'accéder au second tour.
Le constat de ces partis contraste avec la conclusion de la mission d'observation dépêchée par l'Union européenne qui a affirmé, elle, que les élections se sont en général bien déroulées, malgré des problèmes de logistique. C'est donc aux autorités électorales timoraises de trancher le débat, qui servira de test crucial pour la démocratie dans ce petit pays. C'était en effet la première élection nationale organisée par les autorités timoraises elles-mêmes puisque le vote précédent, il y a cinq ans, avait été surveillé par l'Onu. L’organisation internationale dirigeait le pays lors d'une période de transition entre le départ de l'occupant indonésien et l'indépendance. Les élites timoraises sont donc face à un défi de taille, car les événements de l'année dernière ont montré que la situation dans le pays reste très fragile et la paix loin d'être assurée.
par Solenn Honorine
Article publié le 11/04/2007 Dernière mise à jour le 11/04/2007 à 13:09 TU



