Timor oriental
Présidentielle sous surveillance internationale

(Photo : AFP)
L’un est séducteur cosmopolite, l’autre ex-combattant introverti. Tous deux se sont battus pour l’indépendance de leur pays dont ils ont, tous deux, marqué l’histoire. Et pourtant, tout semble les séparer, ou presque: José Ramos-Horta et Francisco Guterres se trouvent face à face au deuxième tour de l’élection présidentielle du Timor oriental. Ce mercredi, quelque 520 000 Est-Timorais sont appelés aux urnes pour départager le Premier ministre sortant et le président du Parlement.
José Ramos-Horta, «Voix du Timor», haute en couleur
Le diplomate José Ramos-Horta a passé 24 ans en exil. C’est à New York, de 1975 à 1999, qu’il devient le porte-parole infatigable du Timor oriental. Il ne cesse de dénoncer le «génocide» commis par l’Indonésie dans son pays natal. C’est, entre autres, grâce à lui que la communauté internationale intervient finalement en 1999, après le référendum sur l’indépendance, mettant un terme au régime indonésien, qui a fait 183 000 victimes dans la population timoraise. Son engagement a valu à José Ramos-Horta le prix Nobel de la Paix – récompense en 1996, qu’il a d’ailleurs partagée avec l’évêque de Dili, Monseigneur Carlos Filipe Ximenes Belo.
Aujourd’hui, José Ramos-Horta a 57 ans. Il parle couramment tetum (la langue local du Timor) et anglais, mais aussi français et portugais. Le candidat préféré des médias jouit toujours de sa réputation, d’avoir été la «Voix du Timor». Et qu’un prix Nobel de la Paix puisse être utile ne lui pose aucun problème moral ou éthique. Bien au contraire : sans complexe, José Ramos-Horta, mentionne cette consécration sur ses affiches électorales – bien visible, en gros caractères.
Francisco Guterres, ex-maquisard «très timide»
Son adversaire n’a, en revanche, rien de ce gentleman séducteur et polyglotte : Francisco Guterres est surtout connu sous le nom de Lu-Olo, son nom de guerre. Tandis que son rival Ramos-Horta fréquentait les clubs de jazz new-yorkais, Lu-Olo a passé presqu’un quart de siècle dans le maquis. Une telle vie laisse forcement des traces. Sur des photos de l’époque, Guterres a l’apparence d’un révolutionnaire cubain, un fusil d’assaut en main.
«Il est très timide», explique Harold Moucho, le conseiller de ce candidat. «C’est une personne très simple, orientée vers sa famille, avec un grand sens de la morale», ce qui lui a probablement permis de gravir tous les échelons dans la lutte armée. Il a commencé sa bataille contre le régime indonésien comme simple combattant ; il l’a terminée en tant que commandant.
Premier tour très controversé
(Carte : RFI)
Les sondages n’existent pas encore dans ce pays tout jeune qu’est le Timor oriental. Mais dans ce face à face inédit à la tête de l’Etat, c’est bien José Ramos-Horta qui est donné favori par les analystes.
Ce qui pourrait jouer contre son adversaire, le président du Parlement, Francisco Guterres, est le fait d’appartenir et d’être soutenu par le parti Fretilin, pourtant symbole de la lutte indépendantiste timoraise à la réputation excellente au sein de la population. Au moins jusqu’à ces élections présidentielles. Car c’est bien au premier tour, en avril dernier, que la situation se gâte.
Le soir du premier scrutin, le 9 avril, des voix se lèvent pour dénoncer le recours au chantage, exercé justement par le Fretilin. Ses membres auraient fait du porte-à-porte auprès de villageois souvent analphabètes et ignorant de leurs droits. La formation politique est également accusée d’avoir altéré les résultats du vote en utilisant l’appareil d’Etat en sa faveur.
Une thèse confirmée par plusieurs observateurs internationaux, comme Sophia Cason: «Une atmosphère d’intimidation régnait au premier tour dans certains bureaux de vote», explique cette analyste de l’International Crisis Group, qui ajoute que nombreux Timorais auraient reçu un sac de riz en échange d’une promesse de vote.
Face à ses accusations de fraude qui visent sa famille politique, le candidat du Fretilin, Francisco Guterres, était visiblement mal à l’aise ces derniers jours. Aux questions, posées par des journalistes à ce propos, il a refusé de prendre position, mais a laissé répondre ses conseillers à sa place.
Pour le deuxième tour de cette élection présidentielle, la première depuis l’indépendance du Timor oriental en 2002, environ un millier de militaires de la force internationale UNMIT ainsi que quelques 4 000 policiers locaux et appartenant aux Nation unies tenteront, ce mercredi, d’assurer un scrutin sans fraude ni intimidations.
Pour l’instant, c’est le calme qui règne dans ce pays qui souffre de violences chroniques et d’une pauvreté aiguë. Avec 42 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, le Timor oriental est le pays le plus pauvre d’Asie.
Malgré ces difficultés, Steven Wagenseil, chargé des Nations unies pour les opérations électorales au Timor oriental, est optimiste pour le scrutin de ce mercredi :
«C’est un pays très jeune. Il n’a que cinq ans. Et le peuple fait ses premiers pas comme Etat indépendant. Et comme un jeune enfant, qui commence à marcher, il faut peut-être le tenir par la main pour qu’il ne tombe pas. La communauté internationale fait exactement ce qu’elle devrait faire : d’apprendre aux Timorais de marcher par leur propre force. (…) Si les élections se passent bien, ce serait la preuve d’une certaine maturité qui mérite un appui continu du monde international».
Steven Wagenseil
Responsable électoral de l'ONU
«C'est un pays très jeune ; le peuple commence seulement ses premiers pas comme Etat indépendant.»
par Stefanie Schüler
Article publié le 08/05/2007 Dernière mise à jour le 08/05/2007 à 16:53 TU



