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Pétrole

Le baril franchit le cap des 100 dollars

Les principales raffineries américaines situées dans le Golfe du Mexique ont enregistré de forts troubles d’approvisionnement après la saison des cyclones. 

		(Photo : AFP)
Les principales raffineries américaines situées dans le Golfe du Mexique ont enregistré de forts troubles d’approvisionnement après la saison des cyclones.
(Photo : AFP)
Le pétrole a atteint ce mercredi à New York le seuil symbolique des 100 dollars le baril. Plusieurs raisons sont à l’origine de cette flambée de l’or noir : une demande mondiale vigoureuse en regard de stock mondiaux plutôt bas et un environnement géopolitique instable dans la plupart des régions de production. La faiblesse continue du dollar américain a aussi contribué à orienter les investisseurs vers le pétrole.

Forte demande asiatique

Alors que les précédentes montées de l’or noir s’appuyaient sur des perturbations de l’offre comme en 1979, la demande est le principal moteur de la hausse actuelle. En premier lieu, cette accélération est due à une forte demande asiatique, tirée par la Chine et l’Inde. Si l’on en croit le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié le 7 novembre 2007, la Chine deviendra le premier consommateur mondial d’énergie devant les Etats-Unis peu après 2010. Le pays commence d’ailleurs à ressentir les effets du pétrole cher. Le gouvernement chinois qui subventionne le carburant, a dû ainsi se résoudre à l’augmenter, début novembre, de 8%.

Déclin des réserves américaines

Cette flambée est aussi due à des craintes d’une nouvelle baisse des réserves pétrolières américaines. Le niveau des stocks américains est inférieur à ce qu’il était l’an dernier à la même époque alors que la demande augmente avec l’hiver, période de forte consommation dans l’hémisphère Nord. Pour les Etats-Unis, qui consomment un quart du pétrole mondial, la cherté du pétrole est un poids de plus en plus pesant sur une économie déjà fragilisée par la crise des crédits « subprime ». L’état des stocks américains est en baisse de plusieurs centaines de milliers de barril par rapport à début 2007. Les troubles d’approvisionnement après la saison des cyclones dans le golfe du Mexique où sont situées les principales raffineries américaines ont notamment provoqué ces baisses des stocks de brut.

Insuffisance de l’offre des pays exportateurs

Même si les producteurs du Golfe, les seuls qui disposent d’une capacité de production supplémentaire ont fortement augmenté leurs livraisons avant l'hiver, celles-ci restent inférieures à celles de l’an passé. L’ AIE qui défend les intérêts énergétiques des pays consommateurs accuse l’Organisation des pays exportateurs du pétrole (Opep) d’attiser les tensions du marché en ne produisant pas assez de brut pour faire face à la demande hivernale. Même message au ministère américain de l’Energie (DoE) qui a lancé un appel à l’Opep en faveur d’une hausse de la production pour permettre aux stocks commerciaux de se reconstituer. Du côté de l’Opep, on estime que les stocks de brut des pays industrialisés sont supérieurs à leur moyenne des cinq dernières années. Le cartel renvoie la responsabilité de l’envolée de l’or noir aux spéculateurs, aux problèmes géopolitiques du Proche-Orient et aux fluctuations du dollar.

Faiblesse du dollar

Pour bon nombre d’analystes, la baisse du dollar américain a encouragé les investisseurs dans les matières premières dont les transactions sont libellées en dollar. Plus le billet vert s’étiole, moins le pétrole coûte cher aux investisseurs munis d’autres devises car le prix du baril est libellé en dollars.

Tensions géopolitiques

Les tensions géopolitiques pèsent aussi sur le marché et pourraient encore réduire l’offre. A la frontière turko-irakienne, l’incertitude créée par de possibles sabotages d’installations pétrolières par le Parti des travailleurs du Kurdistan en Irak a ainsi eu un effet sur les prix. De même, les pays consommateurs redoutent des perturbations des approvisionnements pétroliers iraniens car l'Iran, quatrième exportateur mondial, est pris dans un bras de fer avec les pays occidentaux au sujet de son programme nucléaire. Enfin, l’offre du pétrole du Nigeria, huitième exportateur pétrolier mondial, s’est réduite depuis février 2006 en raison d’attaques et actes de sabotages contre les sociétés pétrolières des rebelles séparatistes du Mouvement d’émancipation du delta du Niger (Mend).

par Myriam Berber

L'historique des 100 dollars

Le pétrole a franchi le seuil des 100 dollars le baril. Un niveau record que plusieurs experts annonçaient depuis plusieurs années déjà. A la veille de l'intervention américaine en Irak, en janvier 2003, l'ancien ministre saoudien du Pétrole, Cheikh Yamani prophétise un baril à 100 dollars. C'est la première fois que la barre symbolique est envisagée par un expert reconnu des milieux pétroliers. Un Cassandre qui n'impressionne pas vraiment le marché, le baril vaut alors 30 dollars. L'armée américaine s'engage au Moyen-Orient sans faire broncher les marchés pétroliers. Le moteur de la hausse, notamment la demande grandissante des pays émergents, Chine en tête, tourne déjà, mais personne ne l'entend. En revanche le deuxième avertissement fait frémir les marchés. New York grimpe en mars 2005, quand un analyste de Goldman Sachs pronostique un baril au-delà des 100 dollars dans les deux ans qui viennent. Cette fois ce n'est plus le risque géopolitique qui motive cette perspective mais la prise en compte de l'évolution de la demande. Mais le pétrole est encore à un prix qui semble aujourd’hui abordable, moins de 60 dollars le baril, à partir du printemps 2006, le sentiment haussier gagne une majorité d’experts, l’un d’eux déclare que le chiffre magique sera franchi en 2007. Il a fallu attendre les tous premiers jours de 2008.

par Dominique Baillard



par Myriam  Berber

Article publié le 02/01/2008 Dernière mise à jour le 03/01/2008 à 13:03 TU

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Jean-Pierre Favennec

Economiste à l'Institut français du pétrole

«Nous sommes à un record absolu, jamais le pétrole n'avait atteint les 100 dollars le baril. On peut parler d'une forme de choc pétrolier, nous sommes plus sur un choc de demande.»

[03/01/2008]

Eric Chaney, chef économiste Europe de la banque Morgan Stanley

«Certains analystes pensent que l'Arabie Saoudite, le seul producteur à pouvoir augmenter sa production, a des difficultés à le faire.»

[02/01/2008]

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