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Afrique du Sud / Zimbabwe

Au moins 22 morts dans les attaques xénophobes

par  RFI

Article publié le 19/05/2008 Dernière mise à jour le 20/05/2008 à 11:22 TU

L’Afrique du Sud a vécu un week-end tragique, avec une véritable chasse à l'homme contre les étrangers, orchestrée dans les townships de Johannesburg. Des centaines de jeunes Sud-Africains s'en sont pris à des étrangers et essentiellement à des Zimbabwéens. Des milliers d’immigrés, en particulier des Zimbabwéens, ont fui leurs maisons dans la panique, après ces attaques xénophobes qui ont gagné les quartiers pauvres de Johannesburg, depuis le 11 mai. Des bandes de Sud-Africains, munis de machettes et d’armes à feu, ont tué et blessé des dizaines d’étrangers des pays voisins comme le Zimbabwe et le Mozambique. Selon le porte-parole de la police, Govindsamy Mariemuthoo, « 22 personnes ont été tuées depuis le début des violences la semaine dernière, et 217 ont été arrêtées ».

Les Sud-Africains s’en prennent violemment aux Zimbabwéens des townships de Johannesburg, le 19 mai 2008. (Photo : Reuters)

Les Sud-Africains s’en prennent violemment aux Zimbabwéens des townships de Johannesburg, le 19 mai 2008.
(Photo : Reuters)

Beaucoup de Sud-Africains accusent les étrangers de leur voler leur travail et d’être responsables de la criminalité, l’une des plus élevées du monde. Les médias locaux affirment que des centaines de personnes se sont réfugiées dans des centres sociaux, des églises et même dans des postes de police. La majorité de ces étrangers sont des Zimbabwéens qui fuient la crise économique dans leur pays. Leur nombre est estimé à 3 millions. Beaucoup de ces Zimbabwéens aimeraient pouvoir rentrer dans leur pays.

Le lynchage des Zimbabwéens en Afrique du Sud

« J’ai parlé aux réfugiés ici, tous demandent à rentrer au Zimbabwe, ils n’ont même plus d’argent pour acheter à manger, ils ne peuvent plus travailler, ils n’osent plus sortir ».

écouter 1 min 28 sec

19/05/2008 par Valérie Hirsch

Le président sud-africain Thabo Mbeki et Jacob Zuma, leader du Congrès national Africain (ANC, au pouvoir), ont vivement condamné ces attaques xénophobes. Le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) a accusé implicitement, lundi, le gouvernement de ne pas avoir pris la question de la xénophobie au sérieux.

Eric Goemare, responsable de MSF en Afrique du Sud

«On peut parler certainement de plusieurs centaines de blessés, et plusieurs dizaines de morts. Et il n’y a toujours pas, aujourd’hui, de mesures de protection efficaces».

écouter 1 min 7 sec

18/05/2008 par Sébastien Nemeth

Beaucoup de Zimbabwéens ont fui leur pays, à cause des violents incidents qui se sont produits depuis le premier tour de l’élection présidentielle le 29 mars. La tension persiste et le leader de l’opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangirai, a accusé, depuis Nairobi au Kenya, les services de renseignement militaires de Harare de préparer un complot visant à l'assassiner, une fois rentré au pays, pour disputer le second tour contre le président sortant Robert Mugabe, le 27 juin prochain.

Nombreux sont donc les Zimbabwéens qui fuient leur pays vers l’Afrique du Sud, mais aussi vers le Botswana. Notre correspondant a pu se rendre dans un camp de réfugiés zimbabwéens, à Dukwi, à 130 kilomètres de la frontière avec le Zimbabwe :

Les Zimbabwéens se réfugient aussi au Botswana

« Les soldats viennent pour t’enrôler si tu refuses, ils t’emmènent avec eux et s’ils découvrent que tu es avec le MDC, alors ils te tuent ».

écouter 01 min 37 sec

19/05/2008 par Nicolas Champeaux

              

Une société déchirée entre apartheid et arc en ciel

« Mettez fin à cette violence, je vous en prie ! » Ce cri de détresse est celui du prix Nobel de la paix, l’archevêque Desmond Tutu. Corps brûlés, plaques de tôle incendiées, flaques de sang : il ne s’agit pas d’images d’archives d’émeutes sous l’apartheid, régime ségrégationniste combattu par Tutu, mais des ravages de la xénophobie dans les bidonvilles aujourd’hui.

La nation arc en ciel de Nelson Mandela est mal en point. Les auditeurs de radios appellent les un après les autres, ils sont nombreux à avouer qu’ils ne sont pas fier d’être Sud-Africains en ce mois de mai. Le pays a honte, il s’interroge aussi sur les causes de cette irruption de violence xénophobe, leurs auteurs sont-ils des criminels ? S’agit-il d’une lutte pour défendre des territoires urbains ? Ou bien de pauvres qui expriment leur rancœur ?

Chaque nuit apporte son nouveau lot de morts. Les autorités déconcertées n’ont rien vu venir ou ont volontairement regardé ailleurs. Le gouvernement de Thabo Mbeki avait dit dans un premier temps qu’il ne fallait pas écarter la piste de criminels opportunistes et isolés, comme s’il refusait d’admettre qu’en 2008, ils étaient encore nombreux, les Sud-Africains, à vivre entassés aux côtés de migrants économiques dans la pauvreté.

A écouter

Freddy Mbaya Mokopé

Homme d'affaires congolais

«Dès qu’il y a un problème ou une anomalie dans ce pays, on considère que c’est l'étranger qui est responsable».

19/05/2008 par Cyril Bensimon