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Commerce mondial

L’Europe cherche une position commune

par Myriam Berber

Article publié le 17/07/2008 Dernière mise à jour le 17/07/2008 à 16:15 TU

Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce, lors de la conférence de presse à Bruxelles du 17 juillet.(Photo : AFP)

Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce, lors de la conférence de presse à Bruxelles du 17 juillet.
(Photo : AFP)

Les ministres européens chargés du Commerce se réunissent, vendredi 18 juillet 2008, à Bruxelles. Objectif : définir la position de l’UE avant la reprise des négociations du cycle de Doha sur l'abaissement des barrières douanières au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève. Le cycle de Doha est gelé depuis juillet 2006 faute de consensus entre Nord et Sud sur les subventions et les droits de douane agricoles. Une réunion sur fond de tensions entre le président français Nicolas Sarkozy et le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson.

Les ministres européens du commerce doivent parvenir à s’entendre ce vendredi 18 juillet à Bruxelles sur la feuille de route qu’ils donneront à leur représentant aux négociations sur la libéralisation du commerce, Peter Mandelson. Une tâche plus que difficile, car l’harmonie ne règne pas entre les Vingt-Sept. Depuis le début du mois de juillet, le ton monte entre Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union, et le commissaire chargé de défendre les positions européennes aux réunions de l’OMC qui débutent lundi à Genève.

Le chef d’Etat français accuse en effet Peter Mandelson de vouloir boucler un accord à l'OMC à tout prix, même s'il est défavorable aux pays de l’Union. Selon Nicolas Sarkozy, cet accord sacrifierait la production agricole « sur l’autel du libéralisme mondial » et entraînerait « une diminution de 20% de la production européenne ainsi que la perte de 100 000 emplois ». Dans ses critiques, le président français affirme également qu'en échange de concessions sur le volet agricole, le négociateur européen n'a rien obtenu en ce qui concerne les produits industriels et les services. L’Europe attend notamment que les grands pays émergents comme le Brésil, l’Inde ou la Chine ouvrent davantage leurs marchés.

La France critique Peter Mandelson

Les chiffres avancés par Nicolas Sarkozy ont été contestés par Peter Mandelson et par la commissaire à l’Agriculture. Mariann Fischer-Boel s’est déclarée, elle aussi, « très étonnée par ces chiffres », les jugeant « pas très fiables ». La Commission de Bruxelles, qui a apporté cette semaine son soutien sans condition à Peter Mandelson, conteste également ces évaluations. Selon elle, « la baisse de production sera de 1,1% ». La Commission estime que l’Europe a tout à gagner d’un compromis aujourd’hui, car elle a déjà fait les efforts demandés sur la baisse des soutiens à l’agriculture, avec la réforme de la Politique agricole commune de 2003.

Le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark poussent également à un accord. Les dernières propositions sur la table de l’OMC se traduiraient par une réduction des subventions agricoles européennes de l’ordre de 75% à 85% et par une baisse moyenne de 54% des droits de douane perçues par les pays développés sur leurs importations agricoles. Dans une série de passes d’armes, Peter Mandelson a accusé Nicolas Sarkozy d'affaiblir la position européenne dans le cadre de négociations cruciales à l'OMC.

Même si une position commune est trouvée ce vendredi à Bruxelles, la présidence française de l’Union semble ne pas vouloir laisser le commissaire européen sans surveillance. Ainsi, les ministres de l’Agriculture, Michel Barnier, et du Commerce, Anne- Marie Idrac, seront pendant toute la durée des négociations à Genève. Une présence que Peter Mandelson, entre humour et cynisme, a jugé utile « pour apporter le pique-nique », durant les longues négociations. Plus sérieusement, il a assuré que Michel Barnier était « le bienvenu », soulignant que la « transparence » était « indispensable ».

Le sauvetage de Doha

Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a convoqué les ministres d'une trentaine de pays le 21 juillet prochain à Genève pour une rencontre dite « de la dernière chance ». Objectif : boucler à la fin 2008 l’ensemble du cycle de Doha sur l'abaissement des barrières douanières au sein de l'OMC. Les négociations du cycle de Doha, lancées en 2001 dans la capitale du Qatar pour mettre la libéralisation des échanges au service du développement, auraient dû être conclues fin 2004, mais les discussions ont achoppé sur un conflit Nord-Sud à propos des subventions et droits de douane agricoles. Le principal point de dissension est celui du protectionnisme agricole des pays du Nord, Etats-Unis et Union Européenne. Dans le même temps, la crise alimentaire mondiale a relancé les critiques sur le rôle de l’OMC. 

Selon le patron de l’organisation, Pascal Lamy, l’impact de la baisse des droits de douane sur les échanges de marchandises agricoles et industrielles « tournerait au minimum autour de 50 milliards de dollars par an sur la base des flux commerciaux actuels ». Si l’on projette la croissance du commerce mondial des années récentes, le gain annuel « grimperait à 100 milliards dans 10 ans ». Les deux-tiers de ces gains bénéficieraient aux pays développés et un tiers aux pays émergents. Des chiffres qui, selon Pascal Lamy, ne tiennent pas compte de l’impact des autres chapitres des négociations en cours, comme la baisse des subventions agricoles et les services.