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Guinée

Fin de règne et incertitude

par  RFI

Article publié le 23/12/2008 Dernière mise à jour le 24/12/2008 à 12:31 TU

Après la mort lundi soir du président Lansana Conté, des suites d’une longue maladie à l'âge de 74 ans, après 24 ans de règne sans partage et souvent dans la violence, la Guinée plonge dans l’incertitude. Une partie de l'armée a tenté un coup de force en annonçant sur les ondes de la radio nationale la dissolution des institutions. Un officier de l'armée, le capitaine Moussa Davis Camara, a annoncé dans la matinée la dissolution du gouvernement, la suspension de la Constitution et la création d'un Conseil national pour la démocratie. Un conseil chargé d'assurer l'intérim du pouvoir et de nommer dans les prochains jours un président et un gouvernement. La dissolution du gouvernement a été démentie par le Premier ministre. Le chef de l'armée, le général Diarra, ainsi que le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, ont condamné ce coup de force et affirmé que les putschistes sont minoritaires au sein de l'armée. Des négociations sont en cours dans les faubourgs de la capitale entre loyalistes et mutins.

Des soldats guinéens patrouillant dans les rues de Conakry, dans des véhicules blindés, le 23 décembre 2008.(Photo : AFP)

Des soldats guinéens patrouillant dans les rues de Conakry, dans des véhicules blindés, le 23 décembre 2008.
(Photo : AFP)


Les putschistes annoncent la création du CNDD

Les putschistes ont fait connaître dans la soirée la composition du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) chargé d'assurer l'intérim du pouvoir et de nommer dans les prochains jours un président et un gouvernement. Le CNDD comprend  32 membres dont 6 personnalités civiles mais ne semble pas encore avoir choisi son chef. On ne sait donc pas encore le nom de celui qui devrait être l'homme fort, si la tentative de coup d'Etat en cours à Conakry réussit. Il semblerait que la direction de ce Conseil fait l'objet de désaccords par les putschistes.

Les putschistes annoncent la création du CNDD, nouvel organe dirigeant

« Précision de taille : le nom de Dadis Camara figure en tête de liste du CNDD, le Comité national pour la démocratie et le développement. »

23/12/2008 par Moktar Bah


Selon des militaires loyalistes, une majorité de putschistes ont choisi comme chef le lieutenant-colonel Sekouba Konaté, commandant du bataillon des troupes aéroportées, la principale unité d'élite de l'armée, un choix refusé par d'autres putschistes, favorables à ce que ce que ce soit un militaire plus gradé qui prenne la direction du conseil.   

Le capitane Moussa Dadis Camara a lu le communiqué annonçant la composition des membres du CNDD, le même officier qui avait déclaré la suspension de la Constitution et la dissolution du gouvernement et des autres institutions républicaines en Guinée. Selon le communiqué du CNDD, parmi ses 32 membres, il y a un général et 9 colonels ou lieutenants-colonels.

Mardi soir le calme règnait à Conakry

La population semble avoir accueilli les événements de la journée dans une certaine indifférence.

La situation mardi soir à Conakry

Avec le correspondant de RFI, Moktar Bah

« Aucune manifestation, dans l'un ou l'autre camp, n'a été constatée. »

23/12/2008


Le capitaine Moussa Dadis Camara justifie le coup de force

A l'aube, un communiqué diffusé sur les ondes de la radio nationale annonçait la dissolution du gouvernement, la suspension de la Constitution et la création d'un Conseil de transition. Le communiqué était signé du capitaine Moussa Dadis Camara, porte-parole des putschistes qui a tout de suite justifié ce coup de force.

Capitaine Moussa Dadis Camara

Communiqué lu sur Radio Conakry

23/12/2008


Le chef d'état-major Diarra Camara lance un appel au « calme »

Face à cette remise en cause de l'ordre institutionnel, le chef d'état-major de l'armée Diarra Camara reste droit dans ses bottes : pas question pour lui de s'associer à cette poignée de putschistes de nouveau. Le général a de nouveau lancé mardi après-midi un appel au « calme » à ses « chers compagnons d'armes ».

Diarra Camara

Chef d'état-major guinéen

« Je n'empêche pas quelqu'un d'avoir des velléités et des prétentions mais mon souhait était, au moins, d'attendre que les obsèques de Lansana Conté lui soient réservées. »

23/12/2008 par Moktar Bah


Qui sont les putschistes ?

Moussa Dadis Camara n’est qu’un porte-parole. Mais des tractations ont eu lieu toute la journée au camp Alfa Yaya Diallo entre militaires pour désigner un leader.

Les putschistes de Conakry

« La bataille se jouera autour de trois officiers : le capitaine Moussa Dadis Camara, le lieutenant-colonel Sekouba Konaté et le chef d'état-major de l'armée de terre, Mamadouba Toto Camara. »

23/12/2008 par Ghislaine Dupont


La Constitution.est
suspendue, ont dit les militaires. La Constitution guinéenne prévoit qu’en cas de décès du chef de l'Etat, l'intérim est assuré par la président de l'Assemblée nationale, qui dispose de 60 jours pour organiser des élections. A la mi-journée, Sarah Tisseyre a pu joindre le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, qui voulait croire encore à une « armée loyaliste ».

Aboubacar Somparé

Président de l'Assemblée nationale

23/12/2008 par Sarah Tisseyre

« Un passage obligé » ?

La situation confuse ce soir :d’un côté des hommes qui s’en remettent aux institutions ; de l’autre des militaires qui veulent assurer la transition. Quelle est la solution ? Pour l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, limogé en 2008 par le président Conté : « La solution est d’abord la présentation de la paix, de l’entente entre les Guinéens, la solution doit être l’organisation transparentes dans le temps imparti. Peut-être que ce qui est en train de se passer aujourd’hui est le passage obligé, car il faut reconnaître que l’Etat était évanescent ».  

Lansana Kouyaté

Ancien Premier ministre de la Guinée

« La solution, c'est d'abors la préservation de la paix et de l'entente entre les Guinéens. »

23/12/2008 par Cyril Bensimon


Le règne de Lansana Conté

Le président Lansana Conté, décédé la nuit dernière, est arrivé au pouvoir par les armes en 1984 et, aujourd'hui encore, l'armée veut jouer un rôle. Le règne de Lansana Conté, n'a pas amené le pays sur la voie de la démocratie. 

La personnalité du président Conté

« Conté qui a édicté des règles politiques ouvertes fera tout pour qu'elles n'entrainent pas sa chute. »

23/12/2008 par Olivier Rogez

Réactions internationales

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé à une « transition du pouvoir pacifique et démocratique, en accord avec la Constitution » et « exhorté les forces armées et toutes les parties prenantes au respect du processus démocratique ».

L'Union africaine se déclare « préoccupée ».

Ramtane Lamamra

Commissaire à la paix et à la sécurité de l'Union africaine

« Le président Jean Ping va d'un moment à l'autre appeler à la tenue urgente d'une réunion du Conseil de paix et de sécurité. »

23/12/2008 par Virginie Gomez


« L'Union européenne appelle tous les responsables politiques ainsi que toutes les institutions civiles et militaires à respecter, dans l'intérêt du pays et du peuple guinéen, les dispositions constitutionnelles afin d'assurer une transition pacifique en vue de l'organisation rapide d'élections libres et transparentes », a déclaré Eric Chevallier, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la France qui assure la présidence de l'UE.

Eric Chevallier

Porte-parole du Quai d'Orsay

« Nous souhaitons que la situation relativement calme puisse perdurer, qu'il y ait un cadre constitutionnel et une perspective d'élections rapides, transparentes et libres. »

23/12/2008 par Juliette Rengeval


La Commission européenne a condamné mardi le « coup de force » militaire mené en Guinée après le décès du président Lansana Conté et a appelé à un « accord pour un maintien de l'ordre constitutionnel ».

Louis Michel

Commissaire européen en charge du développement

« Je demande aux militaires un retour à l'ordre démocratique et que l'on organise dans des délais acceptables des élections démocratiques. »

23/12/2008 par Carine Frenk


Pour Alpha Oumar Konaré, l'ancien président de la commission de l'Union africaine, une prise de pouvoir par l’armée est « inconcevable ».

Alpha Oumar Konaré

Ancien président du Mali et de la Commission de l'Union africaine

« Les forces armées doivent garantir le processus constitutionnel en ayant bien en vue qu'on est dans une crise. »

23/12/2008 par Christophe Boisbouvier

Pour le président burkinabè, Blaise Compaore, la classe politique et la société civile permettront d'assurer un retour à la démocratie.

Blaise Compaoré

Président du Burkina Faso

«Nous espérons que l'évolution actuelle va permettre, très rapidement, le rétablissement de la démocratie et de l'Etat de droit.»

24/12/2008 par Alpha Barry