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Madagascar

Semblant de calme et recueillement à Antananarivo

Article publié le 08/02/2009 Dernière mise à jour le 08/02/2009 à 20:29 TU

La situation semble plus calme dans la capitale malgache, mais pour combien de temps ? Le maire destitué d'Antananarivo ne veut pas abandonner la lutte : Andry Rajoelina est déterminé à renverser le président malgache, Marc Ravalomanana. Une détermination qui a coûté la vie, hier samedi, à environ 40 de ses partisans et blessé plusieurs centaines d'autres, selon des sources médicales. C'est la sécurité présidentielle qui a ouvert le feu sur la foule, alors qu'elle avançait vers le palais présidentiel, pour y installer le Premier ministre qu'Andry Rajoelina venait de nommer à la tête d'un contre-gouvernement.

Avec notre correspondant à Antananarivo, Grégoire Pourtier

Moins de 24 heures après la dernière manifestation qui s'est soldée par la mort de plusieurs dizaines de personnes, les Malgaches accourent à l'hôpital d'Antananarivo dans l'espoir d'y retrouver un proche encore en vie.(Photo : AFP)

Moins de 24 heures après la dernière manifestation qui s'est soldée par la mort de plusieurs dizaines de personnes, les Malgaches accourent à l'hôpital d'Antananarivo dans l'espoir d'y retrouver un proche encore en vie.
(Photo : AFP)

Après les sanglants évènements de ce samedi, la ville a retrouvé son calme. Il n’y a finalement qu’autour du quartier présidentiel qui est d'ailleurs bloqué, que l’on peut deviner qu’il s’est passé quelque chose. Sinon, les gens circulent normalement, ils sont allés à l’église ce matin, comme tous les dimanches, à l’église ou au temple.

Autre endroit où l’on peut ressentir la crise d’hier, le grand hôpital universitaire du centre-ville, HJRA. Le maire lui-même, l’ex-maire déchu Andry Rajoelina est venu visiter les victimes. Il y a là, des centaines de personnes blessées et beaucoup de gens sont venus pour les soutenir. L'ambiance est y très intense.

Andry Rajoelina, ex-maire d'Antananarivo

« La population veut un changement aujourd'hui. Quelle a été la réponse du gouvernement ? Quelle a été la réponse de M. Ravalomanana ? Il a répondu par des tirs et cela est condamnable. »

08/02/2009 par Nicolas Champeaux


Mais les gens ne semblent pas en vouloir à Andry Rajoelina ou au président Marc Ravalomanana. Ils sont simplement là pour regretter ce qui s’est passé. Et finalement, ils en veulent aux deux camps ; à celui de l'ex-maire pour avoir encouragé la foule à aller vers le palais présidentiel et l’avoir ainsi envoyée quasiment à l’abattoir. Ils en veulent aussi bien sûr au camp présidentiel pour avoir fait tirer sur les manifestants.

Anthony, propriétaire d'une buvette située derrière le palais présidentiel

« On ne sait plus ce qu'il se passe, qu'allons-nous devenir ? Qu'est-ce qu'on va faire et sur qui va-t-on pouvoir compter ? On a peur. »

08/02/2009 par Nicolas Champeaux


Un malaise aux racines très profondes
  

Cette escalade tragique a ses racines dans la crise latente entre Andry Rajoelina et le président Marc Ravalomanana, depuis qu’Andry Rajoelina a emporté la capitale Antananarivo, en décembre 2007. La capitale est en effet, un lieu stratégique de la politique malgache. Marc Ravalomanana avait été maire de la capitale, avant d’être élu président de la République.

Il y a donc tout de suite eu une méfiance réciproque entre les deux hommes et la tension est montée petit à petit durant toute l’année dernière, jusqu’à ce que la radio télévision Viva, qui appartient à Andry Rajoelina, diffuse un publi-reportage, mettant en scène l’ancien président en exil, Didier Ratsiraka. A ce moment-là, les autorités ont fermé immédiatement la télévision, pour atteinte à la sûreté de l’Etat.

Andry Rajoelina s’est aussitôt saisi de ce texte, pour réclamer plus de démocratie, plus de liberté d’expression. Il en a fait son cheval de bataille au début. Mais ensuite, les thèmes ont largement dépassé ce cadre de la liberté d’expression et de la démocratie.                    

Madagascar est toujours l’un des pays les plus pauvres du monde. Quand il avait pris le pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana avait suscité beaucoup d’espoir. Il représentait la nouveauté, il arrivait avec des idées et des ambitions pour son pays. Mais sept ans après, les gens ne ressentent pas encore les fruits de la croissance qui est annoncée.

Les Malgaches sous le choc

De notre envoyé spécial à Madagascar ( direct - 18h30 TU )

« Ils étaient nombreux aujourd'hui à supplier la communauté internationale, les représentants des Nations unies, de l'Union africaine, de remettre le pays sur le chemin de la concorde. »

08/02/2009 par Nicolas Champeaux

Journée de prières à Antananarivo

De notre envoyé spécial à Madagascar (direct - 14h30 TU)

« Protestants et catholiques ont prié, ce matin, pour les personnes qui ont été tuées devant le palais présidentiel hier, prié pour le pays, prié pour la paix et l'espoir. »

08/02/2009 par Nicolas Champeaux


Les inquiétudes du pape

Avec notre correspondant au Vatican, Antoine-Marie Izoard

C’est vers Madagascar que Benoît XVI a tourné son regard, lors de la prière dominicale de l’Angelus. Apparaissant à la fenêtre de ses appartements, le pape a ainsi confié aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre, qu’il était très inquiet devant la période particulièrement critique que le pays est en train de traverser.

Il a ainsi évoqué « les fortes tensions politiques qui ont provoqué des troubles parmi la population », faisant ainsi référence au conflit qui oppose le maire de la capitale malgache, récemment destitué et le président de la République. Alors que les évêques de Madagascar ont fait de ce 8 février, une journée de prières, en faveur de la réconciliation nationale et de la justice sociale, le pape a invité les fidèles à s’unir aux catholiques malgaches, pour confier à Dieu ceux qui sont morts dans les violences qui ont débuté il y a deux semaines.

Benoît XVI a ainsi invité à prier pour le retour à la concorde entre les âmes, au calme social et à la vie en commun pacifique. Sur place, les évêques malgaches, une fois encore, œuvrent en vue de permettre le retour au calme. Ils se sont ainsi engagés aux côtés de la communauté internationale pour faire se rencontrer les deux hommes forts du pays, dont le bras de fer aurait déjà entraîné la mort d’une centaine de personnes.

A écouter

Miali, travaille pour une ONG internationale

« Le prêtre est resté neutre par rapport aux événements ; il a juste appelé tous les chrétiens à prier pour le pays, pour que la paix revienne et que le calme soit rétabli. »

08/02/2009

Hadj Ratsimba, pasteur prostestant

« On a prié pour le pays, pour les victimes, pour tout. Nous sommes tous des chrétiens, et c’est ça qui importe à Madagascar. Je crois que d’être catholique ou protestant n’a pas beaucoup d’importance. »

08/02/2009

Anthony, propriétaire d'une buvette située derrière le palais présidentiel

« On ne sait plus ce qu'il se passe, qu'allons-nous devenir ? Qu'est-ce qu'on va faire et sur qui va-t-on pouvoir compter ? On a peur. »

08/02/2009