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Etats-Unis

La peine de mort coûte trop cher

par Sylvain Biville

Article publié le 18/03/2009 Dernière mise à jour le 19/03/2009 à 03:01 TU

Chambre d'exécution d'une prison californienne.(Photo : AFP)

Chambre d'exécution d'une prison californienne.
(Photo : AFP)

Le gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique (sud-ouest) Bill Richardson a promulgué, mercredi, une loi abolissant la peine de mort dans son Etat. Une dizaine d'autres Etats américains envisagent cette possibilité. L'argument qui justifie ce mouvement est économique, en période de crise : il est paradoxalement plus onéreux de condamner à mort un criminel que de le garder en prison jusqu’à la fin de ses jours.

Les opposants à la peine de mort semblent gagner du terrain aux Etats-Unis. Non pas que les Américains se soient rangés de l’avis que ce châtiment est cruel et inhumain. Il ne faut pas croire non plus que l’idée selon laquelle la peine capitale joue un rôle dissuasif pour les criminels soit devenue majoritaire, loin s’en faut. Ce qui explique les récents progrès du mouvement abolitionniste est un argument pour le moins surprenant : c’est une histoire de gros sous. La peine de mort coûte cher, très cher, trop cher même. Et en période de crise, elle aurait même tendance à devenir un luxe, que certains Etats américains ne peuvent plus s’offrir. Des initiatives sont en cours dans une dizaine d’Etats américains pour abolir la peine capitale. Et la principale motivation est donc économique…

C’est au Nouveau-Mexique que les débats sont les plus avancées. Vendredi dernier, le Parlement local a voté l’abolition, ou plus précisément la transformation de la peine capitale en peine de prison à vie. Mercredi, le gouverneur démocrate Bill Richardson, qui a longtemps été un partisan de la peine capitale, a finalement promulgué une loi abolissant la peine de mort dans son Etat. Depuis le vote de vendredi, le bureau du gouverneur était assailli de partisans des deux camps qui ont tenté de faire pencher la balance dans leur sens. En trois jours, le numéro spécial mis en place a reçu plus de 9 500 appels. Bill Richardson a fait savoir qu’il y en avait eu 7 169 en faveur de l’abolition et 2 244 contre.

2 millions de dollars d’économies

64% des habitants du Nouveau-Mexique sont favorables à l’abolition de la peine de mort dans leur Etat, selon un sondage réalisé pour le compte de la coalition locale pour l’abrogation. Les militants de l’abolition ont un argument de choc : abolir la peine de mort permettrait d’économiser beaucoup d’argent public. « Le bureau des avocats commis d’office du Nouveau-Mexique a estimé qu’à lui seul il pourrait économiser jusqu’à 2 millions de dollars par an, explique Viki Elkey, directrice de la Coalition pour l’abrogation de la peine de mort au Nouveau-Mexique, basée à Santa Fé. On préférerait que cet argent gaspillé pour la peine de mort aille aux familles des victimes d’un horrible meurtre ».

Cela peut sembler paradoxal, mais il est plus onéreux de condamner un criminel à la peine capitale que de le garder en prison jusqu’à la fin de ses jours. « Ça coûte entre trois et cinq fois plus cher », précise Sandrine Ageorges, une Française qui milite au sein de la Coalition pour l’abolition de la peine de mort au Texas. Quand la menace d’une condamnation à mort pèse sur un procès, l’enquête est plus longue, l’Etat est tenu de rémunérer un avocat commis d’office et les procédures d’appel sont beaucoup plus compliquées. Il se passe très rarement moins de dix ans entre une condamnation et une éventuelle exécution. Autant d’éléments qui expliquent le coût disproportionné du système.

Un argument de choc en période de crise

Les militants pour l’abolition admettent quelques états d’âme à avoir recours à l’argument financier pour faire avancer leur cause. Mais ils expliquent agir par pragmatisme, compte tenu de l’efficacité de cette motivation en période de récession, où les Etats ont du mal à boucler les fins de mois. « Certaines personnes s’offusquent de cet argument financier parce que, selon eux, on ne devrait pas parler d’argent quand il s’agit de justice, raconte Viki Elkey. Mais tous les jours, la justice a un coût ! Il y a en fait beaucoup d’élus dans ce pays qui ne veulent pas nécessairement abolir la peine de mort, mais qui se sentent responsables vis-à-vis de leurs électeurs : ils prennent donc en compte la question du coût, en plus de celle de la culpabilité et du point de vue des familles de victimes ».

3 200 condamnés dans les couloirs de la mort

Le camp abolitionniste espère que l’exemple du Nouveau-Mexique va faire école aux Etats-Unis. Mais on est encore très loin d’une disparition de la peine de mort, qui ne pourrait intervenir au niveau fédéral que par une décision de la Cour suprême, inenvisageable dans l’immédiat compte tenu de la composition de la plus haute juridiction du pays. Aux Etats-Unis, s’afficher pour l’abolition de la peine de mort est un acte de suicide politique. Barack Obama s’est d’ailleurs toujours montré d’une extrême prudence sur le sujet.

Il y a encore eu 37 exécutions l’année dernière dans le pays. Plus de 3 200 détenus sont actuellement dans les couloirs de la mort, dans les 35 Etats (sur 50) où la peine capitale est toujours en vigueur. Les Etats-Unis sont le dernier pays occidental à continuer à pratiquer la peine de mort.

Focus international : la peine de mort aux Etats-Unis

« La principale motivation de l'abolution n'est pas philosophique mais économique. »

18/03/2009 par Sylvain Biville