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L'épidémie en chiffres<br> <br>

Les données chiffrées traduisent l'ampleur des ravages du sida. Un rapport de l'ONU dresse un bilan de l'évolution de la pandémie dans le monde depuis l'apparition du virus à la fin des années 70. Plus de neuf malades sur dix vivent dans les pays pauvres, principalement en Afrique.
Depuis le début de l'épidémie, il y a une vingtaine d'années, 18,8 millions de personnes sont mortes du sida. Pour la seule année 1999, on dénombre 2,8 millions de décès dus au VIH et 5,4 millions de nouveaux cas d'infection, portant à 34,3 millions le nombre de personnes porteuses du virus dans le monde.

Dans les pays développés, on peut craindre une nouvelle augmentation du nombre de malades. Les résultats encourageants obtenus par les thérapies antirétrovirales poussent les Occidentaux à adopter de nouveau des comportements à risque.

L'Asie, jusque-là relativement épargnée, compte environ 6,5 millions de porteurs du VIH mais le comportement inquiétant de la population hétérosexuelle pourrait être un facteur d'augmentation sensible, en dépit des campagnes de prévention et d'information menées dans certains pays.

En Amérique du Sud (Brésil Argentine), on note un accès assez large aux thérapies dont ne bénéficient pas l'Amérique latine et la zone Caraïbe.

Au Moyen-Orient et dans le Maghreb, l'augmentation des cas est largement due à celle de la toxicomanie. Le rapport de l'ONU prévoit une augmentation des décès continue pour les années à venir.

L'Afrique subsaharienne recense 70% des malades répertoriés pour 10% de la population mondiale et a déjà enregistré 13,7 millions de décès liés au sida. Pour la région, on estime à 23,3 millions le nombre d'adultes et d'enfants vivant avec le VIH ou le sida, dont 3,8 millions de nouveaux cas en 1999, soit un taux de prévalence de 8 % chez les adultes.

Une constatation s'impose: le monde en développement est plus touché que les pays riches. Selon le rapport de l'ONU, 95% des personnes atteintes par le VIH vivent dans les pays les plus pauvres. Cette situation dramatique a de lourdes conséquences pour la population africaine notamment. Outre la destruction des familles et l'augmentation constante du nombre d'orphelins et d'enfants malades (90% des enfants nés en 1999 porteurs du VIH ou l'ayant contracté au cours de l'allaitement maternel sont Africains), l'épidémie provoque une diminution de l'espérance de vie (estimée à 45 ans aux environs de 2010 contre 59 ans à la fin des années 90) et une révision à la baisse des perspectives de développement. Il faut encore noter que les femmes africaines sont plus touchées que les hommes puisqu'elles représentent 55% de la population des séropositifs. Selon le rapport de l'ONU, la population féminine serait plus vulnérable en raison des risques de contamination plus élevés de l'homme vers la femme au cours du rapport sexuel. Par ailleurs, les jeunes filles entament leur vie sexuelle très tôt, souvent avec des hommes plus âgés ayant déjà contracté le virus. Enfin, si les femmes porteuses du VIH sont plus nombreuses, c'est aussi parce les sujets contaminés plus jeunes vivent plus longtemps.

Le sida devient un problème pour l'économie et le développement

Si l'on considère l'ensemble de la population, l'ampleur de l'épidémie est due à trois raisons principales. D'abord, la contamination est essentiellement d'origine hétérosexuelle, ce qui expose la majeure partie de la population. Ensuite, jusqu'à une période récente, les pouvoirs publics des pays concernés ont négligé d'entreprendre des campagnes de prévention efficaces, faute de moyens ou de volonté politique. L'évolution des mentalités face à la maladie devrait permettre de corriger cette erreur. Enfin, les politiques de santé publiques ont montré leurs limites. Faute de budgets suffisants (nombre de pays africains consacrent plus d'argent à la défense qu'à la santé), les malades n'ont pas accès au thérapies antirétrovirales.

Le taux élevé de mortalité et le nombre sans cesse croissant de porteurs du VIH chez les adultes en âge de travailler constituent par ailleurs une menace pour les entreprises. Le manque de main d'£uvre qualifiée et l'augmentation des frais liés à la maladie et à la mort (assurances, obsèques) compromettent le développement d'économies déjà fragiles. Au Kenya, une plantation de canne à sucre dont le quart des employés étaient infectés par le VIH a vu ses coûts financiers directs liés à la maladie multipliés par cinq entre 1989 et 1997. Ces dépenses supplémentaires étant assorties d'une hausse de l'absentéisme, d'une baisse de productivité et d'une augmentation notable des heures supplémentaires, les propriétaires ont été forcés de céder leur entreprise. En Afrique du Sud, les compagnies d'assurances santé augmentent leurs primes et diminuent leurs prestations pour faire face à l'augmentation des coûts. Drame humain et grave problème de santé publique, le sida est aussi une catastrophe économique.

Les disparités entre l'Afrique et le reste du monde ne disparaîtront pas au cours du siècle prochain. Pour éviter qu'elles ne se creusent, le rapport de l'ONU préconise "des actions nationales et internationales de grande ampleur", visant à "briser le silence étouffant" et à "faire voler en éclat les mythes et les idées fausses". Un certain nombre de gouvernement africains ont déjà entrepris des actions énergiques visant à ralentir la transmission du virus et à aider les malades, reste à soutenir ces initiatives.

Article publié le 23/08/2000