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Cameroun

Yaoundé ne veut pas de contre-sommet

A la veille du grand raout franco-africain de Yaoundé, les 18 et 19 janvier, les initiatives en faveur d'un contre-sommet se multiplient. Mais le gouvernement camerounais a choisi la manière forte, pour éviter les fausses notes, alors que plusieurs dizaines de chefs d'Etats et de ministres africains se retrouveront avec Jacques Chirac dans la capitale camerounaise.
En prévision du 21ème sommet France-Afrique, Yaoundé s'est offerte un lifting. Les nombreux nids de poules des artères du centre de ville ont été rebouchées, des ponts refaits, l'aéroport international et le Palais des congrès entièrement remis à neuf. Mieux, les feux tricolores, hors service depuis de longues années, fonctionnent à nouveau. Mais, le gouvernement camerounais pourrait avoir plus de difficultés à faire taire les voix discordantes.

Fidèles à une habitude instaurée depuis quelques années à l'occasion des grands rendez-vous internationaux, les anti-sommets cherchent à se faire entendre. Mais le gouvernement camerounais a décidé de faire place nette en interdisant toute manifestation à caractère politique et socio-professionnel, jusqu'au 25 janvier prochain. «Il n'y aura ni contre-sommet, ni d'autres manifestations du genre», a prévenu le ministre de l'Administration territoriale, Ferdinand Koungou Edima. Il a tenu parole. Samedi 13 janvier, une manifestation organisée par plusieurs partis politiques - dont le Social democratic front (SDF) de John Fru Ndi, l'Union démocratique camerounaise (UDC) d'Adamou Ndam Njoya et l'Union des populations du Cameroun (UPC) d'Augustin Frédéric Kodock û a été interrompue par les forces de l'ordre dans le centre ville. Présentes sur les lieux depuis le début de la matinée, ces dernières ont encerclé et retenu sur les lieux pendant plusieurs heures les chefs de partis et une centaine de leurs militants, qui n'ont été dispersés qu'en fin de soirée.

Le SDF, selon lequel cinq de ses partisans ont été maltraités, n'entend pas en rester là. «Nous envisageons notamment d'adresser à Jacques Chirac un mémorandum sur ce qui se passe au Cameroun, nous a déclaré le président du groupe parlementaire SDF, Joseph Mbah Ndam. Nous ne sommes pas contre ce sommet. Ce qui nous gène c'est qu'on nous interdise de meeting alors que nous avons besoin de nous expliquer sur la situation de notre pays». L'opposition réclame, depuis plusieurs années, la création d'une Commission nationale électorale indépendante (CENI) et critique l'instauration par le pouvoir d'un Observatoire national des élections (ONEL), créé fin décembre 2000, qu'elle juge trop lié au pouvoir.

«Pérennisation de l'emprise coloniale»

D'autres initiatives parallèles ont été lancées. Le Comité national d'action civique (CNAC), un collectif d'intellectuels qui voit dans la tenue de ce rendez-vous France-Afrique «la pérennisation de l'emprise coloniale», a prévu depuis de longs mois l'organisation d'un contre-sommet. Plusieurs personnalités camerounaises, dont l'écrivain Mongo Béti et l'opposant Abel Eyinga, auxquelles entendait se joindre le député tchadien Garléji Yorongar, veulent rallier à leur cause «les Africains et les Occidentaux préoccupés par la libération de l'Afrique». «Toutes les organisations qui avaient prévu des manifestations doivent les maintenir, estime Marie-Louise Eteki présidente du CNAC. Ce que nous trouvons anormal, c'est que pendant le sommet le peuple camerounais est bâillonné de façon illégale.»

La semaine dernière, Mboua Massock, qui dirige le Conseil supérieur de la rébellion morale, une autre organisation contestataire également opposée à la rencontre de Yaoundé, avait tenté de déboulonner une statue du général Leclerc le 9 janvier, à Douala, la capitale économique. Principal initiateur des «opérations villes mortes» qui visaient à obtenir la démocratisation du régime politique, au début des années 90, il avait été brièvement interpellé avec quelques-uns de ses partisans.

Taxée de marginale côté gouvernemental, la mobilisation des anti-sommets, soutenue à l'étranger par les Verts français, est encore loin du vaste mouvement international suscité contre le sommet de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), en décembre 1999. Mais les autorités camerounaises, soucieuses de présenter une bonne image aux nombreux chefs d'Etat et leaders internationaux invités, sont visiblement décidées à éviter les dérapages. Quitte à obtenir l'effet inverse.



par Christophe  Champin

Article publié le 15/01/2001