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Congo démocratique

Kabila limoge le gouvernement

Quelques heures à peine avant de s'envoler à destination de l'Allemagne, pour une visite officielle de deux jours, le jeune président congolais Joseph Kabila a créé la surprise, à Kinshasa, en renvoyant le gouvernement hérité de son père et qu'il n'avait osé remanier jusque là. Une décision inattendue et qui traduit sa volonté de tirer un trait sur le passé. Dès son arrivée à Berlin il a déclaré qu'il comptait organiser des élections, dès que possible, en soulignant qu'il n'y avait pas eu d'élections dans son pays "depuis 40 ans". "Il est grand temps que la région bénéficie de la paix et non de ces guerres stupides", a-t-il ajouté.
C'est «au regard de la torpeur et de la désarticulation observée dans l'activité publique depuis un certains temps», que Joseph Kabila a décidé de renvoyer le gouvernement légué par son défunt père. De plus, il a constitué des «missions d'audit dans les entreprises publiques et dans les provinces pour faire l'état des lieux de la gestion publique depuis janvier 2001». Ces deux mesures visent directement l'ensemble de l'administration publique congolaise, à Kinshasa comme dans la partie du pays sous contrôle gouvernemental, et notamment les gouverneurs des provinces. Des provinces que le jeune président n'a toujours pas osé visiter, depuis son accession au pouvoir, le 20 janvier dernier. C'est d'ailleurs ce que certains Congolais commencent à lui reprocher, en soulignant que ses déplacements à l'étranger sont de plus en plus fréquents, surtout en Occident.

Joseph Kabila bénéficie en effet d'un soutien aussi inattendu que déterminé de l'ensemble des pays directement concernés par le Congo démocratique : on assiste même à une sorte de « ruée sur Kinshasa » de la part de deux pays aussi imppliqués que la France et la Belgique (ancienne puissance coloniale). Alors que l'Union européenne s'est elle aussi beaucoup investie dans la recherche d'une solution pacifique à la longue guerre congolaise. Après avoir su profiter du vide politique créé par l'assassinat de son père, Joseph Kabila a progressivement mis en place son propre pouvoir - et ses hommes -, en s'appuyant notamment sur son allié le plus sûr : le Zimbabwe de Robert Mugabe, désormais omniprésent à Kinshasa, y compris dans l'entourage immédiat du nouveau président. Sécurité oblige.

La « jeune garde » mobutiste attend son heure

Début mars, juste avant de prendre l'avion pour une tournée en Europe, Joseph Kabila avait déjà donné un coup de balai à la tête des services de sécurité et des forces armées, mais aussi dans son cabinet, sorte de gouvernement-bis du temps de Kabila père. A cette occasion, il était parvenu à éloigner de nombreux cadres originaires du Katanga, directement ou indirectement responsables de l'assassinat de son père, et il avait placé ses hommes, souvent des anciens « mobutistes ».

Cette fois-ci, avec le limogeage d'un gouvernement dominé par des « faucons » proches de son père - tels que les ministres Kakudji, Mpoyo, Ndombasi ou Kongolo - Joseph Kabila a décidé de s'attaquer au coeur de la « question congolaise », à savoir l'avenir du fameux dialogue intercongolais. Alors qu'il n'est toujours pas doté d'un véritable parti politique et ne peut que se méfier d'une armée composée de soldats d'origine katangaise dont les chefs viennent d'être écartés.

De retour d'Allemagne, il devra d'abord nommer un nouveau gouvernement pour lequel les candidats ne manquent pas, à Kinshasa, à Paris ou à Bruxelles. On s'attend à ce que de nombreux visages nouveaux fassent leur entrée, notamment parmi la « jeune garde » des mobutistes. Ce qui risque de faire grincer les dents des « compagnons de route » de Kabila père, ainsi que de leurs amis angolais, plus que jamais éloignés du centre du pouvoir à Kinshasa. Mais c'est le choix du futur premier ministre qui semble le plus difficile, car il pourrait déclencher d'autres conflits entre les différentes factions qui se partagent le pouvoir réel à Kinshasa depuis 1998.



par Elio  Comarin

Article publié le 05/04/2001