Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Madagascar

La Croix et la bannière politique

Le 16 décembre, les Malgaches se rendront aux urnes pour élire leur président de la République. En cette période de pré-campagne électorale, c'est la mobilisation des candidats, des partis politiques et...des Eglises chrétiennes.
De notre correspondant à Madagascar

«Je n'ai peur de personne, déclarait récemment le président Didier Ratsiraka, candidat à sa propre succession. Peur de personne, sauf de Dieu.» Evidemment, le Bon Dieu n'est pas un rival dans la course à la présidence, et pourtant, Il est dans la tête de tous les candidats. Il faut dire que l'électorat chrétien est particulièrement important sur la Grande Ile. Plus de la moitié des Malgaches fréquente les églises catholiques, protestantes ou anglicanes.

Les responsables de ces Eglises sont réunis depuis plusieurs années au sein d'un conseil £cuménique, appelé FFKM. Ce conseil s'est engagé politiquement de manière très claire dès les années 80, contre le régime socialiste du président Ratsiraka. Aujourd'hui, plus de socialisme, mais µl'Amiral' est toujours aux commandes de l'Etat. Et le FFKM revient sur la scène politico-médiatique.

Dans un communiqué publié courant août, le Conseil des Eglises chrétiennes appelle tous les fidèles à aller voter, remplir leur devoir de citoyenà Une mobilisation démocratique pour enrayer une abstention record constatée lors des derniers scrutins. Le FFKM demande également aux chrétiens de remplir un rôle d'observateurs pour la prochaine présidentielle. «Nous comptons envoyer des gens pour suivre de près les opérations électorales, explique le président de l'Eglise luthérienne, le pasteur Benjamin Rabenorolahy. On espère couvrir la totalité des bureaux de vote». Là aussi, mobilisation démocratique pour essayer d'empêcher toute pratique frauduleuse, ou au moins les prévenir. Enfin dans ce communiqué, le Conseil des Eglises interpelle le pouvoir en place, afin qu'il respecte le choix des électeurs, «sans pression, ni achat des consciences».

Le portrait-robot du candidat idéal

Avec ce communiqué, le FFKM frappe fort. Certains responsables au pouvoir dénoncent d'ailleurs cette immixtion du religieux dans le politique. Mais le Conseil £cuménique des Eglises chrétiennes va encore plus loin. Fin août, ce conseil dresse publiquement le profil d'un bon président de la République. Dix critères retenus, allant de la morale irréprochable à la bonne santé physique. Y a-t-il un candidat aujourd'hui qui corresponde à ce profil ? «Ca n'est pas à nous à le dire, répond immédiatement le président en exercice du FFKM, le cardinal Armand Razafindratandra. Le FFKM ne soutient personne. Il encourage juste ses ouailles à prendre leurs responsabilités».

Cela dit, en cette période de pré-campagne électorale, il est de bon ton, chez les candidats et dans les partis politiques d'afficher ses affinités religieuses. Chrétiennes de préférence. Certains n'ont pas vraiment à se forcer puisqu'ils sont membres déclarés de ces Eglises. C'est le cas du pasteur Daniel Rajakoba, de l'Eglise réformée, et surtout de Marc Ravalomanana, maire d'Antananarivo, également vice-président de cette même Eglise réformée.

L'ancien chef de l'Etat et non moins candidat Albert Zafy est, lui, de confession catholique. Sa présence aux messes du dimanche semble davantage remarquée. Tout comme a été médiatisée la récente visite du Premier ministre malgache au Vatican. Tantely Andrianarivo, de confession protestante, et par ailleurs cadre du parti AREMA, le parti présidentiel, a été reçu en audience par le Pape Jean-Paul II. «Cette visite était prévue de longue date, clame-t-il pour couper court aux diverses spéculations. Je n'ai pas demandé au FFKM : quand est-ce que vous allez sortir votre position, pour que j'ajuste mes déplacements ?. Vraiment, c'est une coïncidence.» En tout cas, il faut reconnaître que cela permet quand même de flatter, sinon de donner des gages de confiance aux milieux catholiques malgaches.

Dernier exemple en date, de cette opération-séduction : dimanche dernier, plusieurs dizaines de milliers de catholiques étaient rassemblés pour une grande messe dans le stade de football de la capitale. Plusieurs candidats se sont installés à la tribune officielle, sous les flashs des photographes et sous les yeux des fidèles. Tout est bon pour être l'élu, mais Dieu reconnaîtra les siens.



par Olivier  Péguy

Article publié le 01/10/2001