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Congo démocratique

Les ombres de l’accord de paix Ouganda-RDC

Les dirigeants de l’Ouganda et de la République démocratique du Congo ont signé vendredi soir en Angola un accord par lequel Kampala s’engage à retirer toutes ses troupes de l’ex-Zaïre en échange de garanties de sécurité, dans l’espoir de mettre fin à quatre ans de guerre en RDC

De notre correspondant en Ouganda

Il ne s’agit pas d’un «accord de paix», mais d’un «accord» tout court entre les gouvernements de la République Démocratique du Congo (RDC) et de l’Ouganda.
La signature de cet «accord» a été accueillie avec soulagement par les populations des deux pays, qui dans leur grande majorité n’ont jamais cru aux raisons données par Kampala pour occuper à deux reprises l’ex-ZaÏre depuis 1996. L’Ouganda tout comme le Rwanda voisin -son allié d’alors- s’estimait menacé par des groupes rebelles basés en RDC.
Il s’est vite révélé cependant que les groupes rebelles en question étaient trop restreints et impopulaires pour représenter une menace pour les régimes militaires en place dans ces deux pays. Selon des observateurs, les vrais raisons de l’invasion de la RDC par l’Ouganda, le Rwanda et accessoirement le Burundi semblent donc avoir été essentiellement le désir d’établir, après la chute de Mobutu, un régime à leur botte dans l’ex-Zaïre. Un pays où se trouve –est-il utile de le rappeler?– la plupart des richesses stratégiques du continent africain.
Depuis 1998, l’ex Zaïre est divisé en trois. Le Nord est occupé par l’Ouganda, l’Est par le Rwanda, tandis que le jeune régime de Kinshasa, héritier d’une première invasion du Rwanda en 1996 a eu la vie sauve grâce à l’intervention de l’Angola, du Zimbabwe et de la Namibie.

Des divergences au sein du pouvoir à Kampala

A l’issue de quatre ans d’occupation et sous la pression internationale, l’Ouganda s’engage donc à retirer totalement ses troupes de la République démocratique du Congo, y compris de la ville de Bunia, dans l’est du pays, où stationnent toujours environ 2 000 militaires ougandais. Ce retrait doit se faire aussitôt que la police et l’administration du gouvernement congolais seront en place dans la province de l’Ituri. Et la Mission d’observation des Nations unies en RDC (MONUC) doit soutenir ce changement d’administration. Kinshasa et Kampala s’engagent d’autre part, à ne plus soutenir de groupes armés ou d’autres organisations subversives.
«Il s’agit d’éviter un vide de pouvoir à Bunia qui pourrait entraîner le chaos dans la région de l’Ituri où des groupes ethniques et des factions rebelles se combattent fréquemment», explique Ntumba Luaba-Lumu à l’agence de presse américaine AP. Le ministre des Droits de l’homme congolais sait de quoi il parle: il a été récemment pris en otage quatre jours par des milices de l’ethnie Héma à Bunia. Une ethnie qui bénéficie du soutien de l’Ouganda.
Dans son préambule, l’accord entre l’Ouganda et la RDC rappelle les principes qui ont été bafoués ces dernières années en Afrique centrale, à savoir en particulier le respect de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et la résolution pacifique des conflits. Ces principes sont pourtant destinés à sauver l’Afrique, où les Etats sont jeunes, du chaos. Mais le régime de Museveni a fréquemment opposé à ces principes basés sur la prudence, l’idéologie d’un panafricanisme tinté d’impérialisme, en témoigne son aide passée au Front patriotique Rwanda, une rébellion Tutsi aujourd’hui au pouvoir au Rwanda, ainsi qu’au défunt Laurent Désiré Kabila quand il a pris le pouvoir en 1997 à Kinshasa et à la SPLA de John Garang au Sud Soudan. Autant de groupes rebelles plus soutenus par les puissances étrangères que par leurs peuples mais qui se sont révélées -à l’exception jusqu’à présent de la SPLA- extrêmement efficaces comme «machines» à prendre le pouvoir et à le conserver.
Kampala aurait-il changé de politique étrangère ? L’Ouganda envoie déjà des signaux contradictoires. D’un côté, l’Ouganda a effectivement retiré toutes ses troupes de Béni, dans le Nord Kivu ces dernières semaines. De l’autre, il entretient à Bunia une ambiance quasi insurrectionnelle. L’Ouganda laisse en outre deux de ses mouvements armés maquillés sous l’appellation de «rébellions» - le Mouvement de Libération du Congo et le Rassemblement congolais pour la Démocratie-National - prendre des localités stratégiques plus au Nord, dans la région d’Isiro. Une attitude ambiguë qui témoigne des réticences au sein du régime ougandais de voir l’ex-Zaïre retrouver sa pleine souveraineté. Et cela alors que le Rwanda voisin, dont le régime est lui aussi soutenu par les Etats-Unis, occupe toujours de vastes territoires dans l’est de la RDC.
Pas dupe, le conseil de sécurité des Nations unies a récemment exprimé son «extrême inquiétude» à propos de la situation dans l’est de la RDC et notamment dans la région de l’Ituri, toujours occupée par l’Ouganda.



par Gabriel  Kahn

Article publié le 09/09/2002