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Irak

Les rêves et les angoisses des Irakiens en exil

Au fil des ans, Amman est devenue la capitale de l´Irak en exil. Les Irakiens viennent en Jordanie chercher un répit face à l´embargo, du travail, un visa ou faire des affaires. Aujourd´hui, tous ont le regard fixé sur leur patrie menacée de guerre.
De notre correspondant à Amman

«J´ai peur pour mon pays, le souvenir des bombardements de 1991 restent gravés dans mon esprit. Je ne veux pas revivre ce scénario tragique qui risque encore une fois de détruire mon pays». Batoul Al-Khoudeiri, 37ans, une romancière irakienne exilée en Jordanie depuis une dizaine d´années ne cache pas son inquiétude. Elle dit prier pour sa famille restée à Bagdad. «Même s´ils sont angoissés, les Irakiens ne veulent plus s´enfuir mais rester sur place,» dit-elle.

Pour Batoul Al-Khoudeiri, comme pour ses compatriotes de la diaspora, plus de 300 000 en Jordanie, le temps est suspendu au bon vouloir de George W. Bush de déclencher ou non les hostilités. Elle affirme qu´elle rentrera sitôt la guerre terminée pour redécouvrir son pays et participer à sa reconstruction, mais redoute de ne plus le reconnaître.

Dans le centre-ville d´Amman, sur la place Al-Hachimiyeh, les Irakiens se rassemblent dans les cafés populaires où il sirotent le thé comme à Bagdad, c´est-à-dire très fort et brûlant, et dévorent des kebabs à la mode irakienne. Depuis un an, Emad est professeur de body-building dans la capitale jordanienne. Il n´a qu´une obsession en tête décrocher un visa pour l´Europe.

Les Irakiens sous surveillance

«Au marché noir, explique-t-il, un visa pour Malte se négocie 2500 dollars, pour l´Italie il coûte 3500, mais le must c´est le Danemark ou la Suède, le précieux sésame s´achète à 5000 dollars.» Chaque mois, il économise pour s´acheter un avenir loin du Moyen-Orient.

Des passeports, des faux-papiers et des documents administratifs pour déposer des demandes de réfugiés politiques auprès du Haut commissariat des Nations-Unies aux réfugiés (UNHCR) ou des dossiers d´immigration dans les ambassades étrangères sont produits au marché noir. Les autorités jordaniennes ont longtemps fermé les yeux sur ces petits trafics, mais depuis que les Irakiens se sont mis à fabriquer des faux-papiers jordaniens, Amman a réagi et arrêté des faussaires.

Son voisin de table, Chabaan, un jeune de Bassorah, affirme qu´il repartira se battre en Irak pour défendre sa patrie, si les Etats-Unis déclarent la guerre. «Je suis régulièrement en contact avec ma famille, dit-il. Mes proches m´affirment qu´ils n´ont pas peur, ils sont tellement habitués aux bombardements

En Jordanie, les Irakiens se savent sous surveillance. Depuis l´été dernier, les autorités jordaniennes ont durci les conditions d´entrée dans le royaume. Des rafles sont organisées pour traquer les clandestins et les renvoyer en Irak. Pour autant, des familles de la bourgeoisie irakienne ont commencé à louer des appartements à Amman, pour pouvoir fuir Bagdad en cas le conflit. May, une jeune chrétienne, est arrivée à Amman avec ses parents il y a cinq mois. «Je ne veux plus revenir à Bagdad, je vois mon avenir en Europe ou aux Etats-Unis



par Christian  Chesnot

Article publié le 09/03/2003