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Congo-Brazzaville

Le dernier carré signe la paix avec Sassou Nguesso

Le gouvernement congolais vient de publier un communiqué qui rend effectif un accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités entre l’armée régulière congolaise et la rébellion des Ninjas implantée dans la région du Pool, dans le sud du pays.
Une cérémonie officielle, en présence du ministre d’Etat congolais chargé de la Coordination de l’action gouvernementale, Isidore Mvouba, et du représentant à Brazzaville du chef des rebelles Ninjas, Daniel Mahoulouba, le 17 mars à Brazzaville, a permis la signature des accords de paix dans la région du Pool. Le pasteur Frédéric Bitsangou alias Ntumi n’était pas à la signature de l’accord, mais a pris l’engagement de faire respecter tous les points de l’accord. Selon le gouvernement congolais l’accord de cessation des hostilités qui vient d’être signé, est en fait la confirmation des textes présentés et adoptés par toutes les parties impliquées dans le conflit congolais en 1999 sous l’égide du président Omar Bongo du Gabon.

Le pasteur Ntumi, au nom des siens s’est engagé à une cessation immédiate des hostilités et à la collecte de toutes les armes auprès des miliciens. Mais dans cet élan des bonnes intentions, il n’est pas préciser que les armes soient remises aux autorités de l’Etat. En revanche, le chef rebelle Ninja, a assuré ses interlocuteurs qu’aucune entrave ne sera faite à la «réhabilitation de l’autorité de l’Etat, à la libre circulation des biens et des personnes dans le Pool». Au terme de cet accord, il est prévu un redéploiement des forces de gendarmerie et de police nationales dans la région du Pool. Pour sa part, l’Etat congolais s’est engagé a offrir aux miliciens Ninjas les bénéfices de la loi d’amnistie de décembre 1999, sur les faits de guerres civiles de 1993-1994, 1997, 1998-1999. Ses dispositions seront étendues aux actions menées depuis le mois de mars 2002.

Les Ninjas entrent dans les rangs

En effet, depuis cette période, les miliciens Ninjas de l’ancien Premier ministre Bernard Kolélas, repris en main par le pasteur Ntumi, ont engagé un harcèlement continu des forces gouvernementales dans la région du Pool. Retranchés dans la forêt, ils seraient entre 3 000 et 4 000 personnes en armes contre le pouvoir de Brazzaville. Le 2 avril 2002, l’attaque du train Brazzaville-Pointe-Noire, qui a fait deux morts et une douzaine de blessés, leur a été attribuée. Plusieurs témoins auraient reconnu les assaillants à leur coiffure «rasta». Le président Sassou Nguesso avait alors ordonné une grande contre-offensive de l’armée et sollicité également la collaboration d’un opposant, originaire de la région et ancien président de l’assemblée nationale, André Milongo.

Les actions gouvernementales sont restées sans résultat probant, obligeant le pouvoir à radicaliser aussi ses positions. En novembre 2002, le président Sassou Nguesso avait lancé un ultimatum aux miliciens Ninjas pour qu’ils déposent les armes avant le 18 décembre 2002 afin de bénéficier des lois qui amnistient les faits de guerre des années précédentes. Ils ont conclu à un marché de dupe et ont refusé la main tendue du gouvernement. Les ressortissants de la région du Pool ont alors mis sur pied un Comité de paix qui a fait des propositions de renégociation d’un nouveau plan d’amnistie. Ce Comité réclamait un retour rapide à la paix pour stopper l’émigration forcée des centaines de milliers de personnes qui fuient la région.

Aujourd’hui tout le monde se satisfait de l’accord de paix parce qu’il a été conclu sur des engagements de part et d’autre et qui «expriment réellement la volonté du pouvoir de pacifier la région» apprécient certains observateurs de la vie politique congolaise. Le gouvernement s’est engagé à assurer «la réinsertion professionnelle, sociale, et économique des ex-combattants par le recrutement dans la force publique et à la ré-affectation dans les corps d’origine des militaires déserteurs» qui avaient rejoint la rébellion, précise le communiqué annonçant l’accord de paix. Un autre argument de poids a forcé le gouvernement congolais à trouver une issue au conflit dans le Pool. En effet, l’Union européenne a menacé de suspendre le financement, 20 milliards de F CFA, de la construction de la Route Nationale 1, reliant Brazzaville à Kinkala, la capitale du Pool, si les travaux ne démarraient pas avant le 31 mars.



par Didier  Samson

Article publié le 18/03/2003