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Union africaine

NEPAD : à la recherche de la crédibilité internationale

L’Afrique veut donner un coup de fouet au NEPAD, le Nouveau partenariat pour son développement économique lancé il y a deux ans, afin d’accroître sa crédibilité internationale auprès de ses bailleurs de fonds. Elle cherche pour cela à mieux l’intégrer dans les instances de l’Union africaine (UA) qui a remplacé l’OUA l’année dernière, en particulier la Commission, principal organe exécutif de l’organisation.
De notre envoyée spéciale à Maputo

Les chefs d’État et de gouvernement africains réunis à Maputo au Mozambique pour leur sommet annuel devraient ainsi se prononcer sur la création d’une unité de liaison entre la Commission et le comité de mise en œuvre du NEPAD composé de vingt pays représentant toutes les régions du continent, cette intégration se déroulant sur une période de trois ans. «Il s’agit d’une passerelle qui permettra de mieux suivre les progrès du NEPAD et qui sera accompagnée d’une série d’études sur des projets concrets s’appuyant sur les organisations régionales africaines», expliquent plusieurs ministres des Affaires étrangères chargés de préparer le sommet.

Les dirigeants des vingt pays se sont réunis à huis clos mercredi pour mettre la touche finale à ce projet qui «doit donner un rythme de croisière au NEPAD», selon le chef de la diplomatie algérienne, qui met l’accent sur la nécessité d’une mobilisation à trois niveaux –national, interafricain et international – afin d’attirer les capitaux publics et privés.

Un mécanisme de contrôle «par les pairs»

L’Algérie fait partie –avec l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Sénégal– des cinq parrains du NEPAD, réunis dans un comté directeur, qui ont voulu une implication directe des chefs d’État dans un processus destiné à sortir l’Afrique de la pauvreté et permettre enfin son développement. Il s’agissait en fait pour eux de démontrer que le continent pouvait prendre ses responsabilités, en faisant lui-même le diagnostic de ses acquis et de ses faiblesses, sans dépendre constamment d’une assistance extérieure qui imposait ses choix et ses conditions.

Basé sur la bonne gouvernance politique et économique, avec comme préalable la paix et la sécurité nécessaires au développement, le NEPAD a reçu l’appui du G8 regroupant les principales puissances industrielles et la Russie et des instances financières internationales comme le FMI et la Banque mondiale. L’Union européenne, qui reste le principal bailleur de fonds de l’Afrique sub-saharienne avec les États-Unis et le Japon, a d’ailleurs manifesté sa solidarité avec les efforts africains en envoyant à Maputo, aux côtés de représentants des pays membres, le président de la Commission européenne Romano Prodi et le commissaire au Développement Poul Nielson.

Une des nouveautés du NEPAD est l’adoption d’un «mécanisme de contrôle par les pairs» qui permettra d’évaluer les efforts faits par chaque pays africain mais aussi le respect des engagements pris par les partenaires étrangers. Saluée comme un pas en avant, l’adhésion à ce mécanisme reste toutefois volontaire et seuls une quinzaine de pays jusqu’à présent l’ont adopté, le Ghana étant le premier à avoir demandé cette évaluation. «Nous ne faisons pas de mendicité mais nous demandons à nos partenaires d’accompagner nos efforts de développement», souligne un responsable, précisant «que le NEPAD est modulable» et n’a pas de «stratégie figée».

Les Africains demandent notamment l’ouverture des marchés des pays riches aux produits du continent, une aide au développement plus adapté aux besoins réels et un allègement de la dette. «Sur 1 000 dollars d’aide, 600 sont revenus aux pays donateurs, 250 se sont perdu et seuls 100 dollars sont parvenus aux projets», affirme un expert africain. Ils se sont engagés pour leur part à fixer des objectifs prioritaires dans des domaines comme les infrastructures, l’éducation et la santé et à faire participer la société civile au NEPAD. Ils ont aussi commencé à identifier des projets concrets inter-régionaux et transafricains comme des gazoducs entre l’Algérie et le Niger ou en Afrique de l’ouest, des routes à travers le continent, ou l’installation de systèmes de fibres optiques pour faciliter les télécommunications.

Les Africains redoutent cependant que les pays riches continuent à poser des conditions concernant leur aide qui continuera à être en partie bilatérale et dirigée vers tel ou tel partenaire. «La notion de sélection reste d’actualité puisque la plupart des bailleurs de fonds, en commençant par les États-Unis, ont d’ores et déjà précisé que l’augmentation de leurs soutiens financiers annoncée en 2002 au sommet sur le financement du développement de Monterrey au Mexique ira aux "bons élèves" de leur choix», déplore un expert africain.

Ecouter également :
L'ouverture du somet de Maputo: dans Afrique midi, Laurent Sadoux et les envoyés spéciaux de RFI relatent l'ouverture du sommet de l'Union africaine (10/07/2003, 6'20")



par Marie  Joannidis

Article publié le 10/07/2003