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Médias

Crise financière à l’AFP

L’agence traverse une très grave crise financière. Ce n’est pas nouveau, mais en raison du contexte économique global, les personnels redoutent un désengagement de l’Etat qui lui serait funeste. Ils viennent de se mettre en grève 24 heures pour protester contre un projet de renflouement qui prévoyait d’hypothéquer le prestigieux siège de l’entreprise, au cœur de la capitale. Ils estiment que la situation est très grave et que l’entreprise est menacée de disparition.
La troisième agence d’information du monde, derrière la Britannique Reuters et l’Américaine Associated Press, va mal, financièrement. Elle est endettée à hauteur de 66 millions d’euros et son redressement vire au casse-tête. En effet, l’AFP n’est pas une entreprise de presse ordinaire, bien qu’elle en ait toute l’apparence. Avec son capital humain de 2 000 salariés, dont 1 200 journalistes, elle est présente dans 165 pays et produit entre 4 et 600 000 mots par jour (en sept langues), 700 photos et une cinquantaine de documents infographiques. Elle fournit des journaux, des radios et des télévisions dans le monde entier, mais également l’essentiel des administrations françaises qui, des préfectures aux ministères, en passant par les ambassades, constituent l’essentiel (40%) de ses clients (abonnements). Pas un fait divers, dans le plus reculé des départements français, pas un attentat, à l’autre bout de la planète, n’échappe à la veille incessante de ses journalistes dont la réputation de professionnalisme est internationalement établie. L’AFP est incontestablement une exceptionnelle machine à produire de l’information. Mais elle n’est pas que cela : c’est également la première agence de presse francophone et dispose à ce titre d’un capital symbolique inestimable qui rendrait sa disparition aussi problématique que son maintien sous assistance financière permanente.

Là où le bât blesse, c’est que l’équilibre financier auquel elle est en principe statutairement soumise est introuvable. Les caisses sont à ce point vides que, chaque mois, l’entreprise doit recourir à des avances bancaires pour honorer la paye du personnel. Pour remédier à cette situation de quasi-faillite, le président de l’agence, Bertrand Eveno, pensait avoir trouvé la bonne solution en hypothéquant les locaux de l’entreprise, selon une formule de crédit-bail, auprès d’un consortium d’assureurs. L’opération consiste à vendre le prestigieux siège de l’AFP, face à la Bourse de Paris, en plein centre de la capitale, et de le racheter immédiatement moyennant le paiement des traites pour une durée de 12 ou 18 ans, jusqu’au remboursement des créances et le recouvrement de la pleine propriété de l’immeuble.

Boucler les fins de mois

L’opération devait rapporter 40 millions d’euros et sortir l’entreprise de son impasse financière en épongeant une partie de sa dette. Mais ce montage financier a été fort mal accueilli par le personnel de l’agence qui, pour manifester son opposition au projet, vient de bloquer la distribution de ses services hexagonaux lors d’une grève de 24 heures. Les syndicats redoutent le désengagement de l’Etat qu’ils entrevoient dans cette formule consistant à vendre le capital immobilier de l’agence, alors que celui-ci, à la fois premier client et disposant d’un poids considérable au sein du conseil d’administration (3 membres sur 15), influence sans cesse à la baisse le prix des abonnements. Ils estiment que toutes les solutions n’ont pas été explorées et notamment celle consistant à établir une taxe (de 0,4%) sur la publicité engrangée par les médias en raison du fait que l’information est devenue une véritable machine à recruter des annonceurs. Selon eux, la solution proposée par la direction vise qu’à «boucler les fins de mois dans l’urgence et la précipitation, à quelques semaines de la remise en jeu (du) mandat» de Bertrand Eveno.

Surpris par la détermination de ses rédacteurs, le président de l’AFP a différé la décision d’appliquer son plan lors du conseil d’administration de mercredi et a décidé de reporter tout projet à la prochaine réunion, qui se tiendra le 8 octobre, soit deux jours avant l’échéance de son mandat de PDG. D’ici là, la direction sortante s’est engagée à soumettre au personnel des propositions alternatives pour ramener l’agence à l’équilibre financier. D’ores et déjà, dans le contexte de réduction drastique des budgets nationaux, l’Etat a clairement annoncé sa volonté de ne pas faire d’effort supplémentaire.



par Georges  Abou

Article publié le 18/09/2003