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Terrorisme

Los Angeles en état d’alerte

Air France a annulé 6 vols à destination de Los Angeles, mercredi et jeudi, à la suite d’une requête américaine fondée sur des renseignements «crédibles et fiables», selon lesquels une attaque terroriste aérienne contre la métropole était en cours de préparation. Faute d’éléments, la section antiterroriste du parquet de Paris a décidé de ne pas ouvrir d’enquête préliminaire.
«Il y a de grandes chances que nous ayons esquivé une balle aujourd’hui», déclarait jeudi matin au Los Angeles Times un agent américain spécialisé dans la lutte antiterroriste. La décision n’a pas été prise à la légère : l’aéroport concerné est considéré comme une cible à la fois symbolique et stratégique pour le terrorisme international, et pour l’organisation d’Oussama Ben Laden en particulier. C’est le deuxième plus important des Etats-Unis, avec un trafic quotidien de 150 000 passagers et un taux de fréquentation maximum à l’occasion des fêtes de fin d’année. Il a déjà été la cible d’un attentat, voici quatre ans, et fait donc l’objet d’une surveillance renforcée.

L’annulation de vols, même pour «menace terroriste», reste exceptionnelle. Les enquêteurs s’étaient donc forgés l’intime conviction que la destination se révélait à très hauts risques. Et que les informations dont ils disposaient valaient notamment le renforcement des mesures de sécurité sur l’ensemble du territoire national, comme on l’a vu dimanche avec l’annonce du passage à un niveau de vigilance supérieur.

Selon les autorités américaines, une demi-douzaines de présumés terroristes proches d’Al Qaïda ou des Taliban aurait pu se mêler aux quelque 200 passagers et membres d’équipage du vol Air France 68, à destination de Los Angeles, sur la côte ouest des Etats-Unis. Parmi eux, s’était même glissé, toujours de sources américaines, un pilote entraîné, titulaire d’une licence professionnelle.

Sur la foi des enquêteurs, la presse américaine indique que des conversations émanant de suspects et annonçant l’imminence d’une attaque avaient été interceptées sur Internet. Parmi les indices décisifs, le vol 68 aurait été spécifiquement désigné lors de ces échanges. De plus, en consultant la liste des passagers du vol fournie par les autorités françaises, les Américains ont découvert des noms correspondant à des personnes liées aux Taliban et à Al Qaïda.

«Aucun élément ne justifie l’ouverture d’une enquête judiciaire»

Transmis à Paris, ces renseignements «indépendants, vérifiés, recoupés» ont abouti à l’annulation du vol, mais également des autres vols à destination de Los Angeles en raison d’informations initiales prévoyant une attaque effectuée par plusieurs avions. Dans le contexte des mauvaises relations qu’entretiennent actuellement Paris et Washington, ces informations ne pouvaient qu’être prises très au sérieux par les responsables français, dont le pays est de longue date une cible pour le terrorisme international, et où les intérêts américains ont déjà été menacés. En conséquence, Paris maintient un haut niveau d’alerte face à la menace et n’oublie pas c’est de l’aéroport Charles de Gaulle que ses policiers ont laissé embarquer le terroriste Richard Reid à bord d’un vol American Airlines, les chaussures pleines d’explosif, à destination de Miami, le 22 décembre 2001. Il échoua, mais de peu.

Pourtant, il semble que cette affaire pourrait bien en rester là et ne pas dépasser le stade de l’alerte. Les services spécialisés français se sont immédiatement mis au travail et les premiers résultats commencent à tomber : «le procureur de la République de Paris (…) a décidé de ne pas ouvrir d’enquête, faute d’éléments justifiant l’ouverture d’une enquête judiciaire». Selon le parquet de Paris, une seule indication de nom de passager suspect a été fournie. Le suspect, effectivement titulaire d’une licence de pilote, ne figurait d’ailleurs sur aucune liste de passagers et l’enquête a montré que ce Tunisien, inconnu des services antiterroristes, est toujours dans son pays. La Direction de la surveillance du territoire a été requise et toutes ses vérifications se sont révélées négatives.

L’annulation des vols français a constitué la partie la plus spectaculaire des mesures prises sous l’impulsion des autorités américaines. Outre le relèvement aux Etats-Unis du niveau de vigilance national, passé de «jaune» (élevé) à «orange» (très élevé), un vol en provenance de Mexico a aussi été suspendu. Des restrictions ont également été décidées sur le trafic autour de Chicago, pour la troisième fois depuis le 11 septembre 2001. Et un incident isolé a également causé des retards sur certains vols au départ de New York-La Guardia où une brève évacuation du terminal de Delta Airlines a été décidée après le déclenchement d’un détecteur de métaux au passage d’une voyageuse, dont la trace a été perdue.



par Georges  Abou

Article publié le 25/12/2003