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Irak

Intensification des combats à Falloujah

L'armée américaine a lancé une vaste offensive à Falloujah où quatre civils américains avaient été lynchés le 31 mars dernier. Un manifestant brandissait ce jour-là un papier sur lequel était écrit: «Falloujah, le cimetière des Américains». 

		photo AFP
L'armée américaine a lancé une vaste offensive à Falloujah où quatre civils américains avaient été lynchés le 31 mars dernier. Un manifestant brandissait ce jour-là un papier sur lequel était écrit: «Falloujah, le cimetière des Américains».
photo AFP
Confrontée depuis dimanche à une révolte des partisans du chef radical chiite Moqtada al-Sadr dans plusieurs villes du sud de l’Irak, l’armée américaine a parallèlement lancé lundi une vaste offensive dans le nord du pays contre la rébellion sunnite. Les affrontements se sont intensifiés mercredi dans la ville de Falloujah où l’aviation américaine a bombardé une mosquée dans laquelle se serait retranchée, selon elle, une quarantaine de combattants. Un correspondant de la chaîne qatarienne al-Jazira a pour sa part affirmé que ce sont des civils qui s’étaient réfugiés dans l’édifice religieux.

Les images du lynchage le 31 mars dernier de quatre civils américains, dont les corps ont été mutilés et traînés dans les rues de Falloujah, ont profondément ébranlé l’opinion publique américaine. Le président George Bush, tout comme son représentant en Irak, Paul Bremer, avaient promis de rechercher les responsables de ce «crime odieux» et de les poursuivre. L’armée américaine a donc déclenché lundi une vaste offensive dans le triangle sunnite pour officiellement «pacifier» cette région. Mais la résistance des combattants irakiens dans la ville de Falloujah a donné lieu à de très violents affrontements. Mardi, les mosquées de la ville appelaient par haut-parleurs les habitants au jihad –la guerre sainte– tandis que les marines américains bombardaient les positions de la guérilla. Pour la seule journée de mardi une cinquante d’Irakiens ont été tués, en majorité des femmes et des enfants. Selon les médecins d’un dispensaire installé à la hâte, vingt-cinq personnes appartenant à quatre familles qui vivaient dans une même maison sont mortes dans le bombardement de leur habitation.

Mercredi, les combats se sont intensifiés dans cette ville rebelle et même si les marines ont réussi dans l’après-midi à atteindre le centre de la cité, les affrontements devraient se durcir après le bombardement par un avion de combat F-16 d’une mosquée de Falloujah où une cinquantaine d’Irakiens auraient trouvé la mort. «Nous voulions tuer les personnes à l’intérieur», a affirmé le lieutenant-colonel Brennan Byrne, précisant qu’il s’agissait de combattants de la guérilla. Mais plusieurs témoins démentent cette information et soulignent que des civils s’étaient réfugiés dans l’édifice religieux pour fuir les combats.

Pas d'accalmie sur le front chiite

La dégradation de la situation à Falloujah a vivement été condamnée par le comité des oulémas sunnites, l’une des organisations les plus représentatives de cette communauté. Le comité a en outre suspendu tout contact avec les Nations unies dont le représentant, l’Algérien Lakhdar Brahimi, se trouve depuis dimanche en Irak pour aider au transfert de la souveraineté aux Irakiens. «Nous suspendons tout contact et toute rencontre avec l’ONU tant que cette organisation internationale n’aura pas condamné clairement les opérations militaires visant le peuple irakien dans plusieurs villes irakiennes», a affirmé le secrétaire général du Comité Hareth al-Dari. Ce responsable a également demandé aux Nations unies de tout mettre en oeuvre pour «lever le siège imposé à Falloujah et à d’autres villes».

La situation ne s’est pas non plus améliorée entre les forces de la coalition et les partisans de l’imam radical chiite Moqtada al-Sadr, retranché depuis mardi dans le mausolée d’Ali dans la ville sainte de Najaf. Recherché pour son implication présumée dans le meurtre d’un dignitaire religieux rival proche de la coalition, le très libéral Abdel Majid al-Khoï, le jeune chef chiite a pour le moment rejeté les appels au calme lancé par le très respecté ayatollah Ali Sistani.

Les forces d’occupations menées par les Etats-Unis ont juré mercredi de «détruire» l’armée du Mehdi, la milice armée fidèle à Moqtada al-Sadr et les combats se sont poursuivis dans plusieurs villes du sud du pays et dans le quartier chiite de Bagdad. A Kerbala, huit personnes ont ainsi été tuées par les soldats polonais qui avaient le contrôle de la ville. Un proche du chef radical se trouve parmi les victimes. Cinq civils iraniens –sans doute des pèlerins– sont également morts, leur voiture s’étant trouvé accidentellement dans la ligne de tirs. Face à la dégradation de la situation à Kout, les soldats ukrainiens qui avaient jusqu'à présent en charge sa sécurité, ont évacué la ville. A Nassiriya en revanche, un accord à l’amiable a permis à la police irakienne de reprendre le contrôle de la ville.

par Mounia  Daoudi

Article publié le 07/04/2004 Dernière mise à jour le 07/04/2004 à 16:34 TU