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Comores

L’Union sans confiance

Le président Azali Assoumani. 

		(Photo : AFP)
Le président Azali Assoumani.
(Photo : AFP)
Le président Azali Assoumani vient de nommer un gouvernement d’union nationale, auquel Abdou Soule Elbak, le chef de l’exécutif de la Grande-Comore refuse de s’associer. Le pays continue à fonctionner sur des bases fragiles malgré la fin annoncée du séparatisme anjouanais.

La mise en place à Moroni du premier gouvernement, depuis l’élection des assemblées des îles et de l’Union en mars et avril dernier, annonce la fin prochaine du processus de réconciliation, engagé en février 2001 avec la signature de l’accord de Fomboni. Cet accord prévoyait l’élaboration d’une nouvelle constitution, prévoyant un renouvellement des institutions, ainsi que des élections, présidentielle et législatives.

Concrètement, les signataires de cet accord ont choisi de privilégier une autonomie plus large pour les trois îles indépendantes de l’Archipel (Mohéli, Anjouan et la Grande-Comore) tout en croyant nécessaire de garder l’ensemble historiquement constitué sous la dénomination d’Union des Comores. Trois ans après l’accord de Fomboni, le pays se retrouve avec quatre parlements : trois assemblées insulaires et une « super » assemblée sur le plan national. Le même schéma se répète au niveau des exécutifs : un président pour chaque île et un quatrième président à la tête de l’Union. Une situation politique inédite, en comparaison de ce qui existe dans le reste du monde et qui attise régulièrement les tensions, entre les îles et le pouvoir central, notamment lorsqu’il s’est agi de définir les compétences de chacun.

Les séparatistes sont toujours là

Dans l’ensemble, l’Union des Comores - à ce jour – tient plus du projet que d’une réalité tangible. Et le refus de la Grande-Comore d’entrer dans le gouvernement risque de compliquer davantage la tâche du colonel Azali Assoumani. En refusant de souscrire à un gouvernement dont il ne « maîtrise ni les missions, ni les objectifs », Abdou Soule Elbak, le patron de l’exécutif sur la grande île, souhaite continuer un bras de fer entamé dès l’élection de son homologue au niveau national. Les partenaires étrangers s’inquiètent quelque peu, même s’il est vrai que les deux autres îles autonomes, Anjouan et Mohéli, acceptent, elles, d’être représentées dans ledit gouvernement.

« La stabilité institutionnelle était nécessaire pour que nos bailleurs de fond ne nous lâchent pas. Nous avons donc normalisé les relations entre les îles. Mais nous n’avons pas la paix pour autant. Il y a encore du travail. Pour qu’elle soit effective, l’Union constituée doit être matérialisée. Je me demande même si le colonel Azali sera là lorsqu’elle se concrétisera » s’interroge Abdou Ahmed, un membre de l’opposition. Il ne croit pas si bien dire. A Anjouan par exemple, l’Etat, ses agents et son armée nationale, ont du mal à affirmer leur présence. Certes, les séparatistes n’affichent plus leurs opinions comme il y a trois ans mais ils sont toujours là. Et les anciennes milices, qui leur étaient proches, n’ont jamais été totalement désarmées.

La pression des bailleurs de fonds

A la tête de cette île « frondeuse », Mohamed Bacar joue autant que possible de cette situation. Tant que les intérêts de ses administrés ne sont pas menacés, il veut bien rester au sein de l’Union. Mais si jamais l’Etat voulait changer la donne à Mutsamudu, son chef-lieu, il serait prêt à quitter l’ensemble nouvellement constitué. L’équipe de Bacar ne manque jamais une occasion d’affirmer son indépendance par rapport à l’administration de l’Union. D’aucuns pensent même que Mohamed Bacar, tout en n’étant pas d’accord avec les stratèges du colonel Azali, mise sur la réconciliation pour renflouer les caisses de l’île, épuisées par les dirigeants séparatistes. Les représentants de la communauté internationale exigent en effet que le processus de réconciliation nationale engagé aille jusqu’à sa fin, avant que l’aide ne reprenne.

Dans un pays complètement assisté par la coopération étrangère, où le revenu annuel réel par tête d’habitant ne dépasse pas 500 dollars, refuser la normalisation institutionnelle, c’est engager chaque île dans une impasse financière. Or, cette normalisation passe par la collaboration des exécutifs de chaque île avec le pouvoir de l’Union. Ce que se refuse à admettre Abdou Soulé Elbak à Moroni. « Azali Assoumani, a-t-il annoncé dans un meeting avec ses partisans la semaine passée, veut nous embarquer dans un navire dont il se refuse à nous dire la destination ». La peur de ne participer que d’une manière symbolique à ce gouvernement d’union nationale incite Abdou Soule Elbak et son équipe à camper sur une position de principe : « Tout… sauf Azali ! » Mais d’autres raisons expliquent la fragilité avec laquelle fonctionne l’Union aujourd’hui. Le socle de l’identité nationale a éclaté durant ces sept dernières années. La religion, la même langue, la même histoire ou encore la même culture ne suffisent plus pour rassembler les îles « sœurs » devenues ennemies.

« Les hommes politiques, nous confie le philosophe Ismaël Ibouroi, refusent de parler des vrais problèmes. Ils ne veulent pas faire le bilan du séparatisme anjouanais, des dégâts humains au niveau des droits de l’homme. On n’a pas voulu parler de budget ou de comment ces îles vont vivre ? Avec quel argent ? Qu’est-ce que la Grande-Comore, Anjouan, Mohéli, produisent… pour que l’on se permette d’établir un véritable partage et que l’on s’achemine vers une autonomie ? On n’a pas voulu parler du rôle de l’Etat. Donc toutes ces questions, qui font mal, reviennent. On a beau les laisser de côté. Elles attendent d’être résolues ». Ce qui expliquerait selon lui qu’un « tel ne s’entende pas avec untel » dans le paysage politique. La crise de confiance est un problème qui n’a pas été résolu. Donc la véritable réconciliation des Comores n’a pas été faite ».



par Soeuf  Elbadawi

Article publié le 21/07/2004 Dernière mise à jour le 21/07/2004 à 09:35 TU