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Immigration

Lampedusa : le rêve naufragé des clandestins

Les clandestins venus des côtes africaines, à leur arrivée à Lampedusa. 

		(Photo : AFP)
Les clandestins venus des côtes africaines, à leur arrivée à Lampedusa.
(Photo : AFP)
L’île italienne de Lampedusa connaît depuis mardi une nouvelle vague d'immigrés clandestins avec l'arrivée de 238 personnes. Plus de 1 000 personnes avaient déjà débarqué sur l'île la semaine dernière. Ce sont surtout des Africains provenant des zones de guerre. Entassés sur des embarcations vétustes, ils ont un seul rêve dans la tête : trouver plus de paix et mener une vie plus décente. Ils ignorent bien souvent qu’un tel désir pourrait couler avec eux dans la Méditerranée ou que les structures juridiques en Italie pourraient leur rendre la vie plus difficile encore. Un parcours pas toujours facile.

De notre correspondant à Rome

Ils arrivent par groupes de 20, 50, 100 personnes voire plus, les candidats à l’immigration clandestine. La petite île touristique de Lampedusa située entre l’Italie et la Tunisie est de nouveau le théâtre de ces débarquements d’immigrés. La semaine dernière plus de 1 100 personnes y ont échoué. La plupart sont des Africains. On y trouve aussi des Palestiniens et des Irakiens. Hommes, femmes et enfants. Ils débarquent toujours dans les mêmes conditions : dénuement total, épuisés, assoiffés, le regard perdu dans le vide.

 

Dans une interview accordée au quotidien catholique L’Avvenire, le procureur d’Agrigente en Sicile, Ignazio de Francisci, déclare que « les côtes libyennes et tunisiennes sont les points de départ des dernières embarcations arrivées à Lampedusa ». Quelques semaines plutôt, c’était le ministre italien de l’Intérieur Giuseppe Pisanu qui affirmait que des milliers d’êtres humains attendaient avec grande impatience sur les côtes libyennes la traversée de la Méditerranée. Les côtes de l’Afrique du Nord sont devenues la plaque tournante de ce trafic humain.

 

D’après les informations recueillies à Lampedusa, les 26 Somaliens dont 6 femmes débarqués dans la nuit de dimanche à Lampedusa ont rejoint la Libye en camion. Ils ont traversé l’Ethiopie, le Soudan, le Tchad et le Niger puis ont passé des mois en Libye. Le séjour au pays de Kadhafi est mis à profit en général pour rassembler les 1 500 dollars à payer aux passeurs (contre la moitié l’an dernier). Ceux-ci les regroupent dans des maisons jusqu’à atteindre un nombre important de candidats, puis de nuit ils les mettent sur des embarcations vétustes ou des pneumatiques, sans aucun instrument de navigation. Les passeurs eux-mêmes évitent de monter à bord par crainte d’être identifiés et arrêtés en Italie. Les candidats, connaisseurs des métiers de la mer, conduisent parfois la « cargaison ». Si les conditions météo sont bonnes, les aventuriers arrivent à Lampedusa. ( Une centaine de kilomètres parcourue en 3, 4, 5 jours, sans eau, nourriture ni habit de rechange). Dans le cas contraire, c’est l’hécatombe. Giovanni, un pêcheur sicilien confie qu’il arrive bien souvent aux pêcheurs de prendre dans leurs filets des cadavres ou des restes humains. Lui-même en a repêché. Dès lors les pêcheurs abandonnent de plus en plus les zones riches en poissons pour éviter ces macabres découvertes.

 

Un trafic juteux

 

Toujours selon le procureur d’Agrigente, « les passeurs sont de plus en plus égyptiens et travailleraient en réseau avec des Italiens ». « Le chiffre d’affaire du trafic s’élève à près de 10 milliards de dollars par an », a- t-il ajouté. Les passeurs ne manquent pas d’astuces pour tromper la vigilance des forces de l’ordre. Dimanche dernier alors que la Marine se mobilisait sur les trajets habituels emmenant les immigrés de la Tunisie, la plupart des dernières embarcations ont réussi, en partant de la Libye, à éviter les contrôles radars et à accoster en toute liberté à Lampedusa.

 

Ce sont les forces de l’ordre qui « accueillent » les immigrés. Direction le petit centre d’accueil pour les premiers secours (visites médicales, distribution de vivres etc.) et le contrôle d’identité. Construit pour accueillir 190 personnes au maximum, ce centre en héberge parfois des centaines. De là, on transfère par avion les immigrés dans d’autres centres mieux structurés en Calabre, en Sicile ou dans les Pouilles. C’est alors que commencent les procédures juridiques avec des surprises. La douche froide : c’est le rapatriement ou l’expulsion. Cela concerne les candidats qui ne proviennent pas de zones de conflit ou dont les pays ont signé des accords en ce sens avec l’Italie. C’est le cas des Égyptiens, Tunisiens et Marocains. D’où de fausses déclarations d’identités. L’autre possibilité est la protection humanitaire. Les Somaliens en bénéficient. Et en dernier lieu vient l’asile politique réservé aux immigrés provenant de pays en guerre. C’est la plupart du temps le cas des Soudanais. A part la première, les deux autres procédures sont compliquées et lentes. « Certains immigrés tenaillés par le désespoir, se retrouvent dans la drogue et aux mains des malfrats. Il y en a qui ont perdu la raison », confiait Deng Leek Deng, Soudanais et médiateur culturel auprès de MSF à Rome.



par Jean-Baptiste  Sourou

Article publié le 05/08/2004 Dernière mise à jour le 05/08/2004 à 10:55 TU