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Terrorisme

Ossétie : la prise d’otages tourne au carnage

Vladimir Poutine, au chevet des blessés de la prise d'otages de Beslan. 

		(Photo : AFP)
Vladimir Poutine, au chevet des blessés de la prise d'otages de Beslan.
(Photo : AFP)
Au lendemain de la fin de la prise d’otages dans une école de la ville de Beslan en Ossétie du Nord, le bilan est terrible. Plus de trois cents morts et sept cents blessés ont été répertoriés officiellement. Face à une telle tragédie, la population russe, choquée, accuse les autorités d’avoir donné, une fois de plus, un assaut sanglant.

Les mots de compassion prononcés par le président russe Vladimir Poutine –«Toute la Russie souffre, pleure et prie avec vous»- lorsqu’il s’est rendu, dès samedi, au chevet des blessés de la prise d’otages de l’école de Beslan, ne suffiront certainement pas à calmer la population. Car après deux jours d’angoisse pendant lesquels plusieurs centaines de personnes, dont une majorité d’enfants de tous âges, ont été retenues par un commando pro-tchétchène dans un établissement scolaire ossète, le dénouement de la prise d’otages a connu le pire des scénarios envisageables.

Les autorités russes avancent que l’assaut sur l’école a été rendu inévitable par le fait que deux explosions sont intervenues dans les locaux et qu’un groupe d’otages a réussi à s’enfuir vendredi matin. Les forces spéciales sont alors intervenues pour tenter de libérer le reste des personnes détenues. Mais cet assaut, visiblement mal préparé et mal mené, s’est soldé, après six heures de combats entre les preneurs d’otages et les militaires russes, par un véritable carnage. Le bilan exact n’est pas encore connu même si les autorités ont déjà admis qu’au moins 322 personnes avaient été tuées, dont la moitié serait des enfants. Il pourrait s’alourdir car de nombreux corps calcinés seraient toujours dans le gymnase incendié de l’école. Une trentaine de membres du commandos seraient morts mais certains auraient pu s’échapper et feraient l’objet de recherche. Vladimir Poutine a d’ailleurs décidé la fermeture des frontières de l’Ossétie pour faciliter leur capture.

Des témoignages horrifiants

Les images d’élèves a demi-nu courant affolés et parfois ensanglantés pour s’échapper de leur école, celles de gamins hagards dans les bras de secouristes qui les amènent à l’abris des coups de feu, celles de petits cadavres mal dissimulés que l’on transporte rapidement, ont donné une idée du traitement subi par les victimes de cette prise d’otages menée visiblement par des terroristes prêts à tout. Une impression que les témoignages des rescapés ont confirmé. Les récits des conditions inhumaines dans lesquelles ces centaines de personnes ont été détenues sont horrifiants. Les otages ont été obligés de se déshabiller, de s’entasser dans des salles et de s’allonger par terre sans bouger pendant des heures. Certains d’entre eux ont été exécutés sommairement devant les autres, des jeunes filles auraient même été violées. Mais surtout, les enfants ont été laissés sans nourriture et sans eau. Tant et si bien que certains d’entre eux, assoiffés, ont été contraints de boire leur propre urine.

Cette nouvelle agression terroriste qui est intervenue quelques jours seulement après un attentat suicide à Moscou et deux attentats contre des avions aurait, selon les autorités russes, été préparée avec minutie et de longue date. Des explosifs auraient, en effet, été cachés dans l’école à l’occasion de travaux de réfection. Les otages ont rapporté que les terroristes avaient soulevé des parquets pour en sortir des armes. Face à la détermination et à l’organisation des commandos tchétchènes, les forces spéciales russes n’ont pas fait la preuve de leur efficacité mais simplement, et c’est ce qu’on leur reproche aujourd’hui en Russie, de leur capacité à appliquer une stratégie de la force à tout prix, avec pour résultat un bain de sang dont les principales victimes sont de jeunes enfants. Le souvenir de la prise d’otages dans un théâtre de Moscou, il y a deux ans, a ressurgi avec le drame de Beslan pour rappeler que là aussi l’assaut, mené coûte que coûte, avait provoqué la mort de 129 personnes.

La barbarie du commando terroriste a provoqué effroi et indignation dans la population, parfois même un désir de vengeance -un des membres du commando aurait d’ailleurs été lynché, vendredi, par les habitants de Beslan alors que les soldats russes tentaient de l’évacuer. Mais cette prise d’otages a aussi amené de nombreuses critiques voire des accusations à l’encontre du président Poutine et de son équipe. Le chef de l’Etat est considéré comme le premier responsable de l’inefficacité des forces d’intervention et de secours, et de la stratégie qui prône l’utilisation de la force plutôt que la négociation dans de telles situations, suivant le principe qu’on ne négocie pas avec les terroristes. Même si le président a affirmé que l’assaut n’était pas «planifié», il n’y avait pas, semble-t-il, de véritable tentative pour nouer le contact avec le commando.

Poutine prend la parole

D’autre part, le gouvernement est accusé d’avoir essayé de dissimuler les informations sur la situation, par exemple le nombre exact d’otages ou la revendication du commando, à savoir l’indépendance de la Tchétchénie et le retrait des troupes russes de ce territoire. Deux journalistes russes qui couvrent la guerre en Tchétchénie, Ana Politkovskaïa et Andreï Babitski, ont même été empêchés de se rendre en Ossétie pour couvrir l’événement, d’après des témoignages recueillis par Daniel Desesquelle pour Radio France Internationale. Il est vrai que la montée d’un terrorisme lié à sa politique en Tchétchénie est une question délicate à gérer pour le président russe. D’autant qu’il se plait à affirmer que la situation est pacifiée dans ce territoire. C’est dans ce contexte d’indignation et de polémique, que Vladimir Poutine a décidé de s’adresser à la nation dès samedi, pour expliquer les circonstances dans lesquelles cette prise d’otages est devenue la plus meurtrière que la Russie ait jamais connue.

Le président qui a présenté ses condoléances aux familles des victimes à l'occasion de cette intervention télévisée, a lié la prise d’otages de Beslan à «une intervention directe du terrorisme international dirigée contre la Russie». Il a aussi rappelé les difficultés d’un Etat vivant dans des conditions particulières créées par la dislocation de l’Union soviétique qui a engendré une instabilité dans le Caucase. Vladimir Poutine en a conclu qu’il était nécessaire de «créer un système beaucoup plus efficace de sécurité» et de rester «unis» pour «vaincre l’ennemi» sans «céder au chantage» .



par Valérie  Gas

Article publié le 04/09/2004 Dernière mise à jour le 04/09/2004 à 15:59 TU

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Galia Ackerman

Correspondante du service russe de RFI

«On a été extrêmement inquiet parce qu'il y a quelques mois, un autre journaliste a été empoisonné et est mort dans des circonstances tragiques.»

[04/09/2004]

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