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Indonésie

Nouvelles élections présidentielles

Susilo Bambang Yudhoyono a, pour l'instant, su maîtriser avec aisance l'outil audiovisuel, dans un pays où la télévision est le média le plus influent. 

		(Photo : AFP)
Susilo Bambang Yudhoyono a, pour l'instant, su maîtriser avec aisance l'outil audiovisuel, dans un pays où la télévision est le média le plus influent.
(Photo : AFP)
Cent-soixante millions d’Indonésiens éliront lundi 20 septembre, au deuxième tour, leur nouveau président de la République. Le général à la retraite Susilo Bambang Yudhoyono est donné favori dans le duel qui l’oppose à la présidente sortante, Megawati Soekarnoputri.

De notre correspondant à Jakarta

Les partisans de Megawati Soekarnoputri se battront jusqu’au bout. Dans les permanences électorales de la présidente indonésienne, on affiche sa détermination à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, la première au suffrage universelle dans l’histoire du pays. Pourtant, les derniers sondages, qui créditent son rival et ancien ministre de la Sécurité, Susilo Bambang Yudhoyono, de 60% des intentions de vote, n’incitent guère à l’optimisme. Elue en juillet 2001 par le Parlement, Megawati n’a pas su répondre aux énormes espoirs que son élection avait suscités dans les classes populaires, son électorat traditionnel.

Six ans après la chute du dictateur Suharto, qui a gouverné l’archipel d’une main de fer pendant 32 ans, le pays s’est démocratisé. Les arts, les médias, les partis politiques, les syndicats: toutes les formes d’expressions publiques bénéficient désormais d’un bon niveau de liberté. Mais la crise économique, déclenchée par le chaos boursier asiatique de 1997, a continué de laminer le pays en profondeur. Les infrastructures énergétiques sont délabrées, le système de santé est en lambeaux, l’analphabétisme progresse, et les écarts de revenus restent criants entre la moitié de la population vivant avec moins de deux euros par jour et une élite politico-affairiste qui affiche un luxe tapageur.

 Le chômage déguisé touche 40 % de la force de travail et la corruption atteint un niveau record. Les entreprises sont systématiquement rackettées par la police ou l’administration fiscale, et dans les tribunaux, les jugements continuent de se  vendre, comme aux enchères, au plus offrant. Megawati est aussi critiquée pour son incapacité à restaurer la paix dans l’archipel. La violence reste épidermique dans plusieurs régions (Nord-Sumatra, Papouasie, Moluques, Kalimantan) où les peuples autochtones ne sont pas mieux traités qu’aux heures les plus sombres de la dictature.

Megawati tombe de son Olympe

Au printemps dernier, le désamour est tel que le parti présidentiel subi une «déculotté» aux élections législatives, en n'obtenant que 18,5% des suffrages. Mais la «Mega», comme la surnomme ses fidèles, ne prend pas l’avertissement au sérieux et estime que son illustre filiation -elle est la fille de Soekarno, le père de la nation indonésienne- la mettra hors de portée de ses adversaires aux élections présidentielles. Mais la présidente tombe brutalement de son Olympe deux mois plus tard. Elle n’arrive qu’en deuxième position, et se qualifie de justesse pour le second tour. La «Mega» se lance alors dans une stratégie tout azimut de reconquête de l’opinion. Sillonnant l’archipel en tous sens, elle distribue les promesses au «petit peuple» et multiplie les bains de foule pour faire taire les critiques qui l’accusent de manquer de leadership.

Elle conclue en parallèle un accord de coalition avec le parti de l’ancien dictateur Suharto, vainqueur des élections législatives, qui lui ouvre les portes d’un vaste réseau de clientèle et de «petits chefs» locaux. La dynamique ravive les espoirs de son camps jusqu’à l’irruption du terrorisme dans la campagne. Car le récent attentat contre l’ambassade australienne de Djakarta -le deuxième en un an à frapper en plein cœur la capitale indonésienne- fait plutôt le jeu de Yudhoyono, général à la retraite qui cultive avec succès une image d’homme providentiel, capable de restaurer l’ordre dans l’archipel. Le coup est rude pour la «Meg » qui, dans la foulée, a complément raté sa campagne télévisée. Interrogée par un panel d’universitaires triés sur le volet, la présidente a parlé trop vite, bafouillant parfois, comme paralysée par l’enjeu.

« SBY » seul contre tous

C’est un tout autre visage qu’a offert, une heure plus tard, son adversaire. «SBY», pour les médias locaux, lequel a manié avec aisance le geste et la parole, répondant clairement aux questions et proposant des solutions concrètes aux problèmes du pays. Surtout, il ne s’est pas adressé à la cinquantaine de personnes présentes dans les studios mais aux millions de téléspectateurs: une maîtrise de l’outil audiovisuel qui pourrait s’avérer décisive, dans un pays où la télévision est le média le plus influent. Dans la confrontation des images et des personnalités, SBY avait déjà pris le pas depuis longtemps, et semble l’avoir conservé. Arrivé largement en tête du premier tour (35%), son objectif durant la campagne du second tour était de continuer à capitaliser sur sa personnalité et son image de général à la «force tranquille». A défaut d’une véritable machinerie politique, son petit parti démocrate n’a obtenu que 9% des suffrages aux législatives de juillet. Il peut compter sur un réseau d’associations et de personnalités en rupture avec la classe politique traditionnelle. Son principal atout est justement de se positionner en dehors des catégories strictement partisanes, et d’attirer ainsi les voix de ceux qui s’expriment habituellement pour les grands partis, largement décrédibilisés par la corruption.



par Jocelyn  Grange

Article publié le 18/09/2004 Dernière mise à jour le 18/09/2004 à 08:21 TU