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Catastrophes naturelles

Les Philippines dévastées par les typhons

Dans les environs de Manille (province de Nueva Ecija), cette route a été submergée par les eaux du typhon <i>Nanmadol</i>. 

		(Photo: AFP)
Dans les environs de Manille (province de Nueva Ecija), cette route a été submergée par les eaux du typhon Nanmadol.
(Photo: AFP)
En quelques jours, les Philippines ont essuyé une tempête tropicale et un typhon. Plus de 1 000 personnes sont mortes ou sont portées disparues à la suite des inondations provoquées par ces incidents climatiques et par de fortes pluies. Les zones les plus touchées de l’archipel sont les côtes sur lesquelles la forêt a disparu.

Après la tempête tropicale Winnie, qui a fait près de 500 morts et disparus en début de semaine, les Philippines ont subi jeudi un nouveau typhon, Nanmadol. Cet ouragan a interrompu les opérations de secours destinées aux milliers de sinistrés de la précédente tempête, survenue lundi. Winnie «n’était pas très fort», a expliqué un hydrologue gouvernemental. Mais sa capacité de destruction a été amplifiée par «la saturation» des sols, déjà imbibés par deux autres tempêtes tropicales qui avaient touché la région quelques jours auparavant.

Plus de sept milliers d’îles composent les Philippines, situées le long de la «ceinture des typhons» d’Asie du Sud-Est. Alors chaque année, l’archipel subit en moyenne une vingtaine de typhons ou de tempêtes tropicales qui font toujours de nombreuses victimes. Le plus souvent, les gens meurent noyés en raison des inondations provoquées par la pluie et les glissements de terrain. Parfois, les victimes sont emportées par des coulées de boue comme à Réal, l’une des villes côtières les plus touchées dans cette dernière série de cyclones plus ou moins forts. Dans cette ville côtière du Nord-Est, les secours ont découvert les corps de 97 personnes, dans une maison sur la plage. Les villageois s’y étaient réfugiés pour échapper aux inondations mais le bâtiment a été enseveli sous une coulée de boue.

Les autorités se montrent fatalistes

Souvent, les victimes sont des pêcheurs qui partent en mer même en cas de tempête car ils n’ont pas d’autre moyen de subsistance que la pêche, indique un responsable philippin de la protection civile. Ce fut le cas des 80 personnes qui ont disparu en mer le mois dernier en raison de la tempête Muifa. Plus généralement, ce sont les familles les plus pauvres qui subissent les effets de ces catastrophes naturelles. La population a tendance à s’installer le long des fleuves ou sur le littoral pour pêcher et avoir de l’eau. La moitié des Philippins vivent avec moins de deux dollars par jour. En cas de catastrophe naturelle, la pauvreté se conjugue avec des infrastructures et des moyens de transport défaillants. Les autorités se montrent cependant fatalistes: «Les désastres, qu’ils soient naturels ou provoqués par l’homme, ont toujours fait partie de la vie des Philippins depuis les temps immémoriaux». C’est ce qu’affirme sur son site Internet le Bureau de la défense civile, l’agence gouvernementale qui coordonne les secours.

Les services sociaux indiquent que cette année, 2,6 millions de personnes ont été secourues en raison des catastrophes, dont 1,7 million pour cause de typhons. L’aide financière disponible s’élève à 100 millions de pesos (1,78 million de dollars) par an. «C’est rarement suffisant», précise un responsable de ces services sociaux. Chaque famille victime d’un cyclone est censée recevoir des produits de première nécessité et un abri temporaire ainsi qu’un soutien financier de 25 000 pesos (environ 445 dollars) pour l’aider à construire un nouveau logement. Mais pour qu’une famille bénéficie de cette aide financière, le maire doit d’abord certifier que la nouvelle habitation sera installée dans une zone plus sûre. Le déménagement représente alors une épreuve supplémentaire pour des villageois à la vie sédentaire. Sur les côtes de toutes les îles du nord et de l’est de l’archipel, 37 000 familles sont actuellement touchées par les intempéries.

Accélérer la reforestation

Par le passé, la plupart de ces régions étaient recouvertes de forêt. La présidente philippine a lancé un cri d’alarme contre la déforestation illégale. «Les coupes de bois illégales doivent être dorénavant considérées comme un des crimes les plus graves», a-t-elle déclaré. «Les inondations et les glissements de terrain devraient servir de sonnette d’alarme afin que nous nous regroupions pour préserver notre environnement et accélérer la reforestation», a-t-elle ajouté. Le sénateur Richard Gordon pour sa part a accusé «le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles, qui, depuis des années, n’a pas réussi» à lutter efficacement contre ce phénomène. «Les lois sont là, mais elles ne sont pas appliquées», ajoute le sénateur.

Comme d’autres pays asiatiques, les Philippines exploitent intensément leurs forêt depuis plusieurs décennies pour répondre à la demande internationale de bois, notamment celle du Japon. Résultat, la forêt ne couvre plus que 13% de la superficie de l’archipel. Les organisations de protection de l’environnement ont donc accueilli avec scepticisme les déclarations de la présidente sur la protection des forêts. Selon ces associations, ces coupes de bois excessives sont effectuées légalement par les entreprises spécialisées, en accord avec le gouvernement.

Sur toute la ceinture tropicale, les tempêtes et les cyclones ont été cette année plus nombreux que d’habitude. C’est ce qu’indique l’assureur suisse Swiss Re, dans un bilan publié cette semaine. L’assureur n’a pas encore chiffré le montant des indemnisations que représentent ces intempéries, mais l’étude remarque que le Japon a été frappé par dix typhons cette année, ce qui constitue un nouveau record pour ce pays asiatique.

Les Philippines, comme tous les pays qui subissent le risque cyclonique, bénéficieront d'ici quelques années des résultats du programme scientifique Argo. Ce programme est en train d’installer des balises flottantes dans tous les océans du monde. Le réseau devrait être constitué, en 2007, de 1500 balises au total qui donneront en permanence des informations sur la température et la salinité de l’eau de mer. Les données, transmises par satellite aux stations météo du monde entier, permettront d’étudier le rôle des océans dans l’équilibre thermique global de la planète. Ces données offriront également des informations sur le rôle de l’océan dans l’évolution des ouragans. Vingt pays, dont la France, participent à ce programme Argo. Même sans financement, les informations de ce nouveau réseau seront donc disponibles pour tous les pays qui voudront les utiliser par le biais de leurs services de météorologie.       



par Colette  Thomas

Article publié le 03/12/2004 Dernière mise à jour le 03/12/2004 à 15:26 TU

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Journaliste à RFI

«Le bilan peut s’alourdir. De fortes pluies s’abattent toujours sur la région et le niveau des eaux continuent à monter.»

[03/12/2004]

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