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Côte d'Ivoire

Thabo Mbéki : «Il faut garder le rythme»

Conférence de presse des différents protagonistes du dossier ivoirien, le 29 juin 2005 à Pretoria.(Photo: AFP)
Conférence de presse des différents protagonistes du dossier ivoirien, le 29 juin 2005 à Pretoria.
(Photo: AFP)
Les principaux protagonistes de la crise ivoirienne ont épluché l’accord signé le 6 avril dernier à Pretoria pour convenir à nouveau, le 29 juin, que la présidentielle d’octobre est la seule issue possible et que pour y parvenir, il faut, comme prévu, légiférer et commencer à désarmer dès ce mois de juillet. Au passage, ils se félicitent de la décision annoncée par le président Gbagbo le 26 avril, qui ouvre la course à la magistrature suprême à tous les candidats désignés par les partis signataires de l’accord de Marcoussis, en janvier 2003. Le communiqué final de Pretoria II suggère que décrets et ordonnances présidentielles puissent également suppléer les défaillances parlementaires. Le texte se ferme sur la menace de sanctions, en cas de blocage délibéré de l’accord de Pretoria.

Sous l’ombre funeste «du récent massacre à Duékoué», les hôtes de Thabo Mbéki se sont longuement expliqués sur la panne du DDR (désarmement-démobilisation-réinsertion). Le calendrier a été revu, avec une date de clôture fixée au 20 août pour le démantèlement des milices gouvernementales. Pretoria II demande que cette opération «commence immédiatement». Elle concerne au premier chef le Front de libération du Grand-Ouest (FLGO), qui revendique 7 000 hommes, l’Union patriotique pour la résistance du Grand-Ouest (UPRGO, 1 800 hommes) et, toujours dans l’Ouest ivoirien, l’Alliance des patriotes wê (Ap-Wê, 1 200 hommes). Supplétifs de l’armée nationale ou groupes d’autodéfense civile spontanés, comme l’assure Abidjan, ces hommes, souvent jeunes, aspirent à une carrière militaire que le budget ivoirien aura des difficultés à financer. Mais dans l’immédiat, les problèmes logistiques ne sont pas non plus tous résolus. Le 27 juin, jour fixé par l’accord de Prétoria pour le début du DDR, le chef du FLGO, Cyprien Maho, affirmait que ses troupes commençaient à rallier la localité de Guiglo pour se regrouper. Mais il invoquait des retards dans l’installation des sites de cantonnement. De leur côté, dans le camp adverse, les ex-rebelles des Forces nouvelles continuaient d’exiger que les milices soient désarmées avant de se plier eux-même à la procédure du DDR.

Le réalisme commandait aux partenaires de Pretoria II de prendre acte du délai imposé par l’inertie des Forces armées des Forces nouvelles (FEANF). L’état-major des FEANF a convenu de rencontrer celui des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci), dès le 7 juillet, pour «finaliser l’adoption du chronogramme». Mais si les sites de cantonnement du Sud gouvernemental sont plus ou moins prêts, il faudra attendre trois semaines pour finir l’installation de trois camps dans le Nord contrôlé par les ex-rebelles. «En conséquence, il a été convenu que l’accueil des combattants devrait commencer à partir de fin juillet 2005», indique le communiqué final de Pretoria II. Parallèlement au cantonnement des anciens combattants rebelles, les intéressés sont «priés d’accélérer» la formation de 600 d’entre eux aux tâches de police, pour assurer «la sécurité dans la zone de responsabilité des Forces nouvelles». Les formateurs viennent d’être formés et la sélection des futurs policiers est en cours.

Le 7 juillet prochain, les états-majors des ex-belligérants devront également débattre d’un «plan de sécurité global» des ministres issus des Forces nouvelles, pendant la période électorale. Le 11 juin, 134 soldats issus des Fanci (80) et des FEANF (54) sont rentrés à Abidjan, au terme de dix jours de formation accélérée à la sécurité rapprochée, en Afrique du Sud. Les Forces nouvelles devraient dès à présent rejoindre leurs fauteuils ministériels à Abidjan. A Pretoria, Guillaume Soro, leur secrétaire général, a déclaré ses compagnons «tous prêts à reprendre leurs activités au gouvernement». L’Organisation des Nations unies en Côte d’Ivoire, «l’Onuci et la médiation vont accorder la priorité à la mise au point d’un plan de protection pour assurer la sécurité du ministre d’Etat Guillaume Soro et des candidats à la présidence, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara». Encore faut-il dégager la route électorale de ses derniers obstacles politiques. Pour cela, Pretoria II fait coïncider les agendas législatif et militaire.

Le jalon du 15 juillet

Le cantonnement effectif des FEANF fin juillet marquerait un pas important dans la démilitarisation du conflit ivoirien. Sur le terrain politique, Pretoria pose en parallèle le jalon du 15 juillet. A cette date, la Commission électorale indépendante (CEI) devrait être légalement établie comme «la seule institution responsable du processus électoral» et commencer à «fonctionner immédiatement…au plus tard le 31 juillet». Mais surtout, «l’Assemblée nationale devrait adopter, d’ici le 15 juillet 2005, tous les amendements aux sept lois proposées par la médiation». Celles-ci portent «sur la CEI, le financement des partis politiques, la nationalité, l’identification, la Commission des droits de l’Homme, la presse écrite et la communication audiovisuelle». A défaut, le médiateur sud-africain, Thabo Mbéki, tranchera, en demandant, le cas échéant, à Laurent Gbagbo de prendre des décrets ou des ordonnances «pour assurer que ces amendements soient adoptés».

Signée conjointement le 29 juin par le président Gbagbo, l’ancien président Bédié, l’ancien Premier ministre Ouattara, le ministre Soro (mais aussi le président Mbéki et le Premier ministre du gouvernement ivoirien de réconciliation nationale, Seydou Diarra), la «Déclaration sur la mise en oeuvre de l'accord de Pretoria» se termine par un bref chapitre intitulé «Sanctions». Les Ivoiriens conviennent que tout manquement à leurs engagements appellerait des «sanctions appropriées» de la part de l’Union africaine. Plus sévèrement, Thabo Mbéki menace de saisir le Conseil de sécurité pour qu’il mette en œuvre la résolution 1572 de novembre 2004, en clair, pour qu’il sorte de ses tiroirs sa fameuse liste noire des fauteurs de guerre et d’exactions.

Une fois de plus, les signataires de Pretoria II ont juré de leur bonne foi et de leur bonne volonté. Thabo Mbéki s'est félicité «des progrès enregistrés», ajoutant prudemment : «Il faut garder le rythme». Mais au sortir de Pretoria, Alassane Ouattara a estimé qu'il serait «difficile» de tenir l’agenda électoral du 30 octobre et qu’à défaut de respecter cet «impératif», la Côte d’Ivoire connaîtra «un vide, pas seulement constitutionnel». Une remarque balayée par le conseiller juridique de Laurent Gbagbo, Siéné Oulaï. Il invoque l’article 38 de la Constitution qui prévoit que «si la division du pays (ou tout autre événement grave) rend impossible la tenue de l'élection le 30 octobre, le président de la République informe la Nation par message et demeure en fonction». De son côté, le 29 juin, le porte-parole des Forces nouvelles, Sidiki Konaté affirmait que des «hommes armés et financés par le régime guinéen et le clan présidentiel ivoirien» préparent une offensive contre les positions des ex-rebelles. Visiblement la pilule du désarmement passe difficilement.


par Monique  Mas

Article publié le 30/06/2005 Dernière mise à jour le 30/06/2005 à 16:58 TU

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