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Terrorisme

La France prône l’exception sur Schengen

Des personnels de la police de l'air et des frontières procèdent à des contrôles au pont du Rhin, à la frontière franco-allemande, après l'annonce du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy de rétablir temporairement les contrôles aux frontières à la suite des attentats de Londres.(photo : AFP)
Des personnels de la police de l'air et des frontières procèdent à des contrôles au pont du Rhin, à la frontière franco-allemande, après l'annonce du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy de rétablir temporairement les contrôles aux frontières à la suite des attentats de Londres.
(photo : AFP)
Les attentats du 7 juillet à Londres ont remis au centre des discussions entre les responsables européens le problème de la coordination de la lutte anti-terroriste. Les ministres de l’Intérieur de l’Union se sont même réunis de manière exceptionnelle pour examiner les mesures à mettre en œuvre à la suite de cette attaque meurtrière dans les transports en commun londoniens et analyser les raisons de l’incapacité des services de renseignements et de police à prévenir plus efficacement de telles actions. L’une des questions concerne la libre circulation au sein de l’espace Schengen dont la France a jugé que les attentats de Londres justifiaient la remise en cause temporaire.

Après Madrid et Londres, quelle sera la prochaine cible des terroristes islamistes en Europe ? Cette douloureuse question hante les réflexions des responsables gouvernementaux continentaux qui affirment être persuadés que d’autres attentats sont, selon toute vraisemblance, en préparation. Des menaces directes ont été formulées par des groupes terroristes contre l’Italie ou le Danemark, deux pays très proches des Etats-Unis qui participent à l’intervention militaire en Irak. Mais rien ne permet de penser que le danger est moins grand dans les Etats qui ont refusé d’envoyer des troupes dans ce pays, comme la France ou l’Allemagne, qui d’ailleurs sont présents en Afghanistan. Du coup, toutes les polices du continent sont sur les dents.

En France, le niveau d’alerte du plan Vigipirate est passé, immédiatement après l’annonce des attentats de Londres, de l’orange au rouge. Dans les aéroports, les gares, les transports en commun, les ambassades… bref dans tous les lieux sensibles, des contrôles renforcés ont été organisés. Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur français Nicolas Sarkozy a aussi annoncé que les contrôles aux frontières avec les pays de l’espace Schengen allaient être réactivés. Cette mesure est rendue possible par une clause de sauvegarde prévue dans les accords, dont la Convention d’application destinée à assurer la libre circulation des personnes a été signée en 1990 par treize Etats européens (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suède). La Grande-Bretagne et l’Irlande, ainsi que les dix nouveaux membres de l’Union européenne ne font pas partie de l’espace Schengen.

La surveillance aux frontières extérieures de Schengen est-elle suffisante ?

Cette décision de la France n’a pas fait l’unanimité chez les partenaires européens. Même l’Italie, qui a pourtant mis en œuvre un dispositif de surveillance et d’alerte renforcé depuis les attentats de Londres, n’a pas jugé nécessaire de restaurer le contrôle aux frontières au sein de l’espace Schengen dont elle fait partie elle aussi. Silvio Berlusconi a annoncé lui-même que son gouvernement ne jugeait pas cette mesure utile pour combattre le terrorisme. Franco Frattini, le commissaire italien à la Justice, a quant à lui défendu le même point de vue : «L’expérience Schengen a toujours été un grand succès. Il faut continuer de garantir une liberté de circulation pleine à l’intérieur des frontières et renforcer la sécurité aux frontières extérieures».

Toute la question porte sur ce dernier point : la surveillance aux «frontières extérieures» est-elle suffisamment efficace pour dispenser des contrôles à l’entrée de chaque Etat membre, alors même que l’on sait que des terroristes sont susceptibles de passer d’un pays à l’autre pour préparer des actions. Pour Nicolas Sarkozy, la réponse est «non». Et dans tous les cas, le ministre français de l’Intérieur estime que l’on ne peut pas prendre le risque de garder les frontières ouvertes dans une situation aussi dangereuse que celle dans laquelle se trouve l’Europe actuellement. Il a ainsi déclaré : «Si on ne renforce pas les contrôles lorsqu’il y a cinquante morts à Londres, je ne sais pas quand je le ferai».

Les attentats de Londres ont aussi pointé une autre question : celle de la position de la Grande-Bretagne par rapport aux accords de Schengen. En refusant d’entrer dans cet espace de libre circulation, les Britanniques ont en effet aussi gardé une distance par rapport aux efforts de coopération policière et judiciaire engagés entre les pays signataires. Notamment en ce qui concerne l’échange de renseignements, sur les personnes recherchées par exemple, mis en place dans le cadre d’un réseau informatique appelé Système d’information Schengen (SIS). Une situation jugée préjudiciable au regard des événements qui se sont déroulés à Londres. L’engagement pris par les ministres de l’Intérieur des Vingt-Cinq, le 13 juillet, d’adopter des mesures pour mieux coordonner la lutte anti-terroriste pourrait peut-être faire évoluer la situation à ce niveau.


par Valérie  Gas

Article publié le 15/07/2005 Dernière mise à jour le 15/07/2005 à 17:24 TU

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Richard Corbett

Eurodéputé britannique travailliste

«Il faut une coopération entre les forces de police mais aussi entre les magistrats pour que les gens qui travaillent au-delà des frontières en réseaux ne se cachent pas derrière des frontières juridiques pour se protéger.»

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