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Etats-Unis

Un conservateur modéré à la Cour suprême

George W. Bush en compagnie du nouveau juge à la Cour Suprême, John Roberts. Sa nomination pourrait détourner l'attention sur le rôle de Karl Rove dans la divulgation de l'identité d'un agent de la CIA.(photo : AFP)
George W. Bush en compagnie du nouveau juge à la Cour Suprême, John Roberts. Sa nomination pourrait détourner l'attention sur le rôle de Karl Rove dans la divulgation de l'identité d'un agent de la CIA.
(photo : AFP)
Contre toute attente, George W. Bush a mis un terme mardi soir au suspense qui entourait la nomination – la première depuis 11 ans – d’un nouveau juge à la Cour suprême, après la démission de Sandra Day O'Connor, annoncée au début du mois. C’est le conservateur et ancien conseiller de Bush père, John Roberts, 50 ans, qui remporte la mise. Méconnu de l’ opinion publique encore circonspecte, il incarne la nouvelle stratégie du président américain pour apposer une empreinte définitivement plus conservatrice sur l’institution-clef, et faire oublier au plus vite les tumultes de l’affaire Karl Rove.

L’annonce de la nomination de John Roberts au poste de juge de la Cour suprême devait être solennelle, elle fut en réalité théâtrale. Pour la première nomination de son exercice, George W. Bush s’est offert un prime-time sur les chaînes de télévision américaines pour marquer l’événement. A ses côtés, le nouvel élu, regard bleu pétillant et tout sourire, a écouté le discours laudatif de son président. « Un juge nommé à cette Cour doit être une personne possédant une formation impeccable et la plus haute intégrité qui appliquera fidèlement la Constitution et respectera notre engagement fondamental d'égalité devant la loi. J'ai trouvé une telle personne avec John Roberts ».

Du haut de ses 50 ans, il devient ainsi le plus jeune des neuf juges nommés à vie. Un atout qui pourrait lui ouvrir les portes d’une très longue carrière, au sein de cette institution primordiale, qui tranche en dernier recours les grands débats de société, comme l’avortement, le mariage des homosexuels ou la recherche médicale. Avant d’accéder à ce poste prestigieux, ce républicain de longue date avait déjà eu l’occasion de croiser la route des présidents Bush, père et fils. Diplômé de Harvard, il a en effet officié en tant que conseiller juridique de Reagan et de George Bush senior, avant de passer par le cabinet d’avocats Hogan et Hartson. Depuis 2003, il siégeait au poste de juge à la cour d’appel fédérale de Washington, nommé par l’actuel président.

Peu connu des Américains, John Roberts fait figure de candidat surprise, les spéculations allant à tout-va ces derniers jours. Beaucoup lui auraient préféré une femme, à commencer par l’épouse du président, Laura Bush, qui avait publiquement formulé le souhait qu’une autre femme remplace Sandra Day O’Connor, démissionnaire, dans une cour désormais composée d’une seule juge et où sept juges sur neuf ont été nommés par des républicains. Parmi les autres noms avancés, figurait également celui de l’attorney general, Alberto Gonzales, un allié de longue date, dernièrement décrié par l’opinion pour ses positions controversées en faveur d’une justice expéditive à Guantanamo.

La presse circonspecte

Cette nomination accélérée ne pouvait pas mieux tomber pour un président mis à mal par le scandale impliquant son plus proche collaborateur, Karl Rove, dans la divulgation de l’identité d’un agent de la CIA. Vilipendé dans cette affaire, George W. Bush veut faire parler de lui d’une autre manière, et pourquoi pas en donnant en douceur un franc coup de barre à droite ? Cette nomination ne sera sans doute pas la dernière de son exercice : il pourrait bien avoir à sortir un autre homme fort de son giron dans les mois à venir pour remplacer l’actuel président William Rehnquist, malade d’un cancer de la thyroïde qui l’éloigne peu à peu de ses fonctions.

Cette manœuvre ne surprend personne aux Etats-Unis car George W. Bush « n’avait fait aucun secret de son désir d’imposer une marque plus conservatrice sur la Cour suprême », souligne le New York Times. Avancer un homme discret et méconnu tel que John Roberts à ce poste prestigieux pourrait désarmer les démocrates élus au Sénat, qui doivent donner leur aval à cette nomination, avant la première session en octobre. George W. Bush sait que l’opposition peut difficilement renier un homme qui passe pour être modéré, et dont la nomination « n’est pas une provocation pour les démocrates », selon le Washington Post.

Pour autant, les démocrates et la presse l’attendent au tournant sur quelques sujets fondamentaux, sur lesquels il s’est voulu évasif. « Il est vital que le juge Roberts réponde à un certain nombre de sujets, clairement, ouvertement et pleinement dans les mois à venir », a ainsi estimé le sénateur démocrate de New York, Charles Schumer. « S’il est un conservateur classique… il faut qu’il soit confirmé. Mais si en y regardant de plus près, il s’avère être un idéologue extrémiste avec sur son agenda la suppression de droits importants, il ne devrait pas l’être », met en garde le quotidien new-yorkais. Premier point d’achoppement, l’avortement qui divise l’opinion de longue date. Les associations de militants craignent que cette nomination ne soit le point de départ d’un mouvement de radicalisation. Peu connu pour ses prises de positions officielles, le nouveau juge a notamment déjà affirmé que les médecins exerçant grâce à des fonds fédéraux ne devaient pas parler à leurs patients de l’interruption volontaire de grossesse


par Julie  Connan

Article publié le 20/07/2005 Dernière mise à jour le 21/07/2005 à 09:14 TU

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André Kaspi

Spécialiste des Etats-Unis

«La question qui se pose est de savoir si John Roberts est un conservateur rigoureux ou modéré. Car suivant ses inclinations c’est la majorité de la cour qui ira dans un sens ou dans un autre.»

Anne Toulouse

Correspondante de RFI à Washington

«Le rôle d’un juge à la Cour suprême est d’une importance énorme. Il peut peser d’avantage sur la vie des américains qu’un président car c’est lui qui a le dernier mot sur les décisions des trois pouvoirs.»

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