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Proche-Orient

Sharon l’inusable

Ariel Sharon lors du vote du comité central du Likoud.(Photo : AFP)
Ariel Sharon lors du vote du comité central du Likoud.
(Photo : AFP)
Contre toute attente et alors que les sondages lui prédisaient une cuisante défaite face à l’aile dure de son parti, Ariel Sharon est sorti vainqueur du bras de fer qui l’opposait à son rival Benyamin Netanyahou. Le comité central du Likoud a en effet rejeté, certes à une très courte majorité, la demande de ses détracteurs d’avancer les primaires du parti en vue d’élections législatives anticipées. Mais si la crise a été évitée de justesse, les tensions risquent de perdurer au sein de cette formation, tant les faucons du Likoud sont déterminés à en découdre avec le Premier ministre et ses partisans.

Largement salué par la communauté internationale, le retrait de la bande de Gaza a  paradoxalement failli coûter très cher à Ariel Sharon. Fermement résolu à mettre fin à trente-huit années de colonisation de ce Territoire palestinien –trop coûteuse à ses yeux pour l’Etat d’Israël–, le Premier ministre avait en effet ouvertement ignoré le rejet par près de 60% des membres du Likoud de son plan d’évacuation pour lequel il avait obtenu un large soutien de l’administration Bush. Indifférent aux critiques, voire aux menaces de ses détracteurs –des rabbins extrémistes opposés au démantèlement des vingt et une colonies de la bande de Gaza et de quatre petites implantations du nord de la Cisjordanie avaient proféré à son encontre une malédiction religieuse appelant ni plus ni moins qu’à sa mort­–, Sharon «le bulldozer» a mené avec un succès indéniable son projet, faisant démentir toutes les prédictions d’une guerre civile opposant partisans du Grand Israël, colons en tête, au reste de la société.

Mais cette victoire a considérablement affaibli le Premier ministre, contesté comme jamais dans son propre parti. La crise couvait depuis plusieurs mois déjà. Elle s’est fortement aggravée avec la démission fracassante, dix jours avant le début de retrait de la bande de Gaza, de Benyamin Netanyahou, ministre des Finances et éternel rival d’Ariel Sharon. Elle s’est enfin transformée en guerre ouverte avec la convocation du comité central du Likoud et le dépôt par les détracteurs du Premier ministre d’une motion exigeant que soient tenues en novembre prochain les primaires du parti, ce qui revenait à contester ouvertement son leadership.

Et si personne ne pariait cher lundi sur l’avenir politique d’Ariel Sharon –que ses opposants voyaient déjà reclus dans son ranch de Sycamore dans le Néguev–, le vieux général a une nouvelle fois fait mentir tous les pronostics. Sur les 2 789 membres du comité central du Likoud qui ont voté lundi pour déterminer s’il fallait ou non avancer les primaires du parti, 1 433 ont ainsi rejeté la motion présentée par Benyamin Netanyahou et ses partisans tandis que 1 329 l’ont soutenu, soit une avance d’à peine 104 voix pour le Premier ministre. «Le résultat est définitif : Sharon a gagné», a annoncé peu après minuit, aux termes d’une journée riche en tensions, un porte-parole du parti. Signe de l’importance des enjeux, le taux de participation à cette consultation a été sans précédant, atteignant 91,4%.

La guerre ne fait que commencer

Ariel Sharon a donc évité le pire. Il a surtout infligé une cuisante humiliation à son rival qui la veille encore, face à la recrudescence des violences dans la bande de Gaza, accusait le Premier ministre d’avoir mis en péril la sécurité du pays en se retirant de ce Territoire palestinien. La mine défaite, Benyamin Netanyahou a donc été contraint de reconnaître sa défaite. «J’accepte la décision démocratique du comité central. La décision de la majorité m’engage. Je suis un démocrate», a-t-il déclaré peu après l’annonce des résultats. Mais l’enfant terrible de la droite israélienne, désormais confirmé chef de file des faucons du Likoud, n’a pas abandonné la partie pour autant. «Nous avons perdu de quelques voix, a-t-il en effet ajouté. Il y a ici un camp très fort d’idéalistes, de ministres, de députés et de membres du comité central qui ont été à contre-courant et ont résisté aux pressions. Et je n’ai aucun doute que ce camp remportera la deuxième étape, les primaires d’avril».

Car pour Benyamin Netanyhaou, qui espérait capitaliser dès le mois de novembre le mécontentement de l’aile dure du Likoud face au plan de retrait de Gaza, si la première bataille est perdue, la guerre ne fait que commencer. La faible avance dont a bénéficié son rival a en effet confirmé, s’il en était encore besoin, la grave crise d’identité que traverse le grand parti de droite, déchirée entre les radicaux hostiles à toute concession territoriale en vue d’un règlement politique avec les Palestiniens, et les pragmatiques conscients que la paix passe inévitablement par ce genre de concessions. Longtemps champion de la colonisation, Sharon l’a compris et une partie du Likoud, a en croire en tous cas le vote de lundi, pourrait accepter cette nouvelle orientation politique.

Mais les analystes de la scène politique israélienne restent toutefois très sceptiques sur ce changement de cap dans un mouvement qui a érigé en fondement la défense d’Eretz Israël, l’Israël sur les frontières bibliques. Ainsi pour le commentateur Yoram Peri, le vote du Likoud en faveur du Premier ministre n'est pas un signe de soutien à ce dernier. «Tout le monde pensait hier: Pourquoi mettre fin à un gouvernement qui peut rester au pouvoir encore six mois et dont les vaches ont encore du lait à nous donner ?», a-t-il expliqué à l’AFP avant d’ajouter : «au fond d'eux, les membres du comité central du Likoud détestent Sharon. Beaucoup au parti n'ont pas accepté sa nouvelle ligne politique et il ne faut pas oublier ceux qui le détestent personnellement ou pensent toujours qu'il va quitter le parti».


par Mounia  Daoudi

Article publié le 27/09/2005 Dernière mise à jour le 27/09/2005 à 17:59 TU

Audio

Dominique Roch

Envoyée spéciale à Jérusalem

«Les membres du Comité central du Likoud et les chefs des branches du parti ont compris qu'ils se seraient sabordés en désavouant un Premier ministre très populaire dans la rue israélienne.»

Alain Gresh

Rédacteur en chef au Monde diplomatique

«Ariel Sharon est capable d'unifier autour de lui le centre gauche et le centre droit, il a une vraie stratégie et il a l'appui des Américains.»

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