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Grande-Bretagne

Tony Blair s’accroche à son poste

Les travaillistes pensent à la succession de Tony Blair à la tête du Labour tandis que le Premier ministre britannique développe son programme pour les «<EM>prochaines années</EM>».(Photo : www.pmo.gov.uk)
Les travaillistes pensent à la succession de Tony Blair à la tête du Labour tandis que le Premier ministre britannique développe son programme pour les «prochaines années».
(Photo : www.pmo.gov.uk)
Le rideau est tombé sur le congrès annuel du parti Labour à Brighton sans vraiment résoudre une question restée sur toutes les lèvres pendant quatre jours: quand Tony Blair passera-t-il le relais à son dauphin Gordon Brown ? La succession du patron travailliste aura en effet dominé les débats au sein d'un parti divisé non seulement par la guerre en Irak, l'avenir des services publics mais aussi le leadership du Labour.

De notre correspondante à Londres

Au lendemain du discours de son ministre des Finances qui s'est positionné comme son successeur naturel, désormais fin prêt à le remplacer, le Premier ministre britannique s'est pourtant bien gardé d'aborder de front le sujet qui passionnait la conférence. Il voulait surtout détailler ses projets de politique intérieure, notamment en matière de santé, d'éducation, de transports et de sécurité, et d'inviter le parti à changer encore, pour s'adapter aux défis d'une «époque de mondialisation rapide».

Et Tony Blair de dresser la liste des «réformes audacieuses» à son programme, de parler de l'«année prochaine», des «prochaines années», et même de 2008... Autant de signes qui laissent peu présager un rapide transfert de pouvoirs, contrairement à ce que clamait le tabloïd The Sun en début de semaine en titrant astucieusement: «10 Browning Street» [le siège du chef du gouvernement se trouve Downing Street]. La plupart des experts politiques tablent d'ailleurs pour une passation de pouvoir en 2008 qui permettrait à Gordon Brown de ne pas être «usé» pour pouvoir remporter les prochaines élections législatives, en 2009 ou 2010.

« J’y suis, j’y reste »

En attendant, fort d'une troisième victoire historique en mai dernier malgré l'ombre de l'Irak et des sondages de popularité négatifs depuis des mois, le premier ministre a fait montre d'une énergie et d'un appétit du pouvoir intacts, faisant dire à ses proches que ce n'était pas là le discours d'un homme sur le départ. Et non seulement ses proches mais l'ensemble des journaux qui le lendemain de l'intervention de Tony Blair à la tribune du congrès montraient qu'ils avaient reçu le message cinq sur cinq, à l'instar de The Independent avec ce titre: «I'm here to stay», en gros, «j'y suis j'y reste».

La satisfaction du leader travailliste aurait ainsi pu être complète en cette fin de congrès, si l'expulsion musclée d'un vieux militant n'était pas venue tout gâcher...  Walter Wolfgang, militant du parti depuis 57 ans, a eu l'audace mercredi de crier «Bêtises !» puis : «Ce sont des mensonges !» lors d'un discours du ministre des Affaires étrangères Jack Straw qui défendait une fois encore la position britannique sur l'Irak. C'est alors que des agents de sécurité l'ont immédiatement embarqué, tandis que sa carte d'accès à la conférence lui était retirée, et qu'il se voyait interdire les lieux. L'affaire a immédiatement provoqué un tollé et obligé les hauts responsables du parti, Tony Blair en tête, à se répandre en excuses face au zèle du service d'ordre... Bref, un désastre médiatique qui est venu rappeler les tensions entre la base et la direction du Labour.

En effet les critiques se sont déchaînées sur une hiérarchie accusée de vouloir faire taire toute contestation interne. Sans compter que la base travailliste a également imposé en ce jour de clôture un autre camouflet à Tony Blair, après que 70% des militants eurent voté pour une motion refusant toute implication supplémentaire du secteur privé dans le NHS, le système de santé public britannique, pourtant l'un des chantiers favoris du Premier ministre.

Ceci dit, le premier ministre s'est par le passé sorti de situations bien plus embarrassantes; il est donc à parier qu'on retiendra surtout de ce congrès 2005 sa détermination à rester aux commandes et achever sa décennie de réformes.


par Muriel  Delcroix

Article publié le 30/09/2005 Dernière mise à jour le 30/09/2005 à 11:19 TU