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Eglise catholique

Benoît XVI remet de l’ordre

Benoît XVI, le 15 octobre 2005.Photo : AFP
Benoît XVI, le 15 octobre 2005.
Photo : AFP
Alors que sa publication était annoncée pour le 29 novembre, le document du Vatican interdisant aux homosexuels l’accès à la prêtrise a fait l’objet de nombreuses fuites dans la presse italienne et américaine. Ce texte s’inscrit tout à fait dans la ligne intransigeante de Joseph Ratzinger. Sept mois après son élection, le pape Benoît XVI procède, avec discrétion et à son rythme, à une véritable remise en ordre progressive.

De notre correspondant au Vatican

Dans les couloirs du Vatican, on en parle depuis des semaines. Tout le monde s’interroge. On s’attendait, à l’automne, à un train important de nominations à la Curie, compte tenu du fait que plusieurs prélats –et non des moindres puisque c’est notamment le cas du cardinal Sodano, n°2 du Saint-Siège– ont déjà dépassé abondamment la limite d’âge. Or, pour l’heure, aucune nomination importante, depuis celle de son successeur à la Doctrine de la foi au printemps dernier, n’a été annoncée par Benoît XVI. Le pape prend son temps. Il consulte, un à un, les cardinaux et responsables des différents services. Mais, motus et bouche cousue. Rien ne filtre. Un cardinal, rompu au langage curial et habituellement sur la défensive avec les journalistes, nous demande même si nous savons quelques chose ! Benoît XVI, décidément, surprend son monde et fait dans le mystère.

Nominations à part, le new deal imprimé par le successeur de Jean Paul II commence cependant, peu à peu, à se manifester. Et derrière le style discret de Benoît XVI, on sent déjà réaffleurer la volonté de fer du cardinal Ratzinger. L’«Instruction» de la Congrégation pour l’Education catholique, interdisant aux homosexuels l’accès au sacerdoce, vient de faire l’objet de fuites médiatiques qui ont beaucoup fait parler. Et pour cause. Le texte affirme que «l'Église, tout en respectant profondément les personnes concernées, ne peut pas admettre au Séminaire et aux Ordres sacrés ceux qui pratiquent l'homosexualité, présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ou soutiennent ce qu'on appelle la culture gay». Si le premier des trois cas de figure évoqués ne suscite aucune surprise, les deux points suivants, notamment le concept de «tendances», paraissent pour le moins contestables.

Aux Etats-Unis et en Allemagne notamment, de vives protestations ont d’ailleurs accueilli les premières indiscrétions sur ce texte. D’autant que le document ajoute un cas de figure encore plus discrétionnaire : «Par contre, au cas où il s'agirait de tendances homosexuelles qui seraient seulement l'expression d'un problème transitoire, comme, par exemple, celui d'une adolescence pas encore achevée, elles doivent de toute façon être clairement dépassées au moins trois ans avant l'Ordination diaconale». Une sorte de prescription, en somme.

Un nouveau conservatisme identitaire

Approuvé par le pape le 31 août dernier, ce document se situe tout à fait dans la ligne suivie par le cardinal Ratzinger ces vingt dernières années. Parallèlement à l’approbation de ce texte en gestation depuis dix ans, Benoît XVI a commandité une inspection, actuellement en cours, dans tous les séminaires des Etats-Unis pour remettre de l’ordre dans les mœurs des futurs prêtres. La consigne, laissée à son successeur à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, est «tolérance zéro». Cela vaut pour les homosexuels. Cela vaut aussi pour toutes les questions touchant à la morale familiale et à la défense de la vie. Ainsi, une chanteuse brésilienne, Daniela Mercury, qui aurait dû se produire le 3 décembre au Vatican dans le cadre du désormais traditionnel concert de fin d’année, a été il y a quelques jours gracieusement remerciée. Motif : elle avait participé au Brésil à une campagne en faveur du préservatif dans la lutte contre le sida.

Dans un tout autre registre, le pape vient de reprendre en main la ligne des franciscains du couvent d’Assise en procédant à la nomination d’un nouvel évêque dans la cité de Saint François. Les initiatives des frères, jugées trop proches du mouvement pacifiste et altermondialiste et trop autonomes, étaient plutôt mal vues à la Curie. Ils devront dorénavant agir de concert avec leur évêque.

On pourrait également citer la nouvelle stratégie adoptée par l’épiscopat italien, très interventionniste sur la scène publique transalpine, sur les matières qui lui tiennent à cœur. Au printemps, l’église italienne a clairement appelé les électeurs à l’abstentionnisme lors du référendum sur la procréation assistée. Par le biais du mouvement pro-life italien, elle invoque à présent une application nouvelle de la loi sur l’avortement.

Dans son dernier livre publié avant son élection au pontificat, Sans racines, Joseph Ratzinger parlait de l’importance pour l’Eglise catholique de se situer dans la société non plus en regrettant le régime de chrétienté passé, mais en tant que minorité agissante, «minorité convaincue». A pas feutrés, par petites touches, Benoît XVI met en place cette stratégie. Sous le signe d’un nouveau conservatisme identitaire.


par Laurent  Morino

Article publié le 27/11/2005 Dernière mise à jour le 27/11/2005 à 19:03 TU