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Thaïlande

A l’heure des incertitudes politiques

Thaksin Shinawatra devant ses supporters, à Bangkok, le 5 avril 2006.(Photo: AFP)
Thaksin Shinawatra devant ses supporters, à Bangkok, le 5 avril 2006.
(Photo: AFP)
C’est presque un cas d’école : le parti de Thaksin Shinawarta a remporté largement des élections contestées, mais il s’est résigné à se mettre en retrait. Un nouveau Premier ministre va assurer l’intérim. Et malgré cela, l’opposition, qui pourrait trouver là, matière à satisfaction, reste sur le qui-vive, et certains observateurs s’interrogent sur l’évolution politique du pays.

Il est une question que beaucoup de Thaïlandais doivent se poser aujourd’hui : «Et maintenant ?» Il y a eu les vastes manifestations organisées dans les rues de Bangkok ces deux derniers mois pour dénoncer le régime du Premier ministre Thaksin Shinawarta, accusé de malversations. Il y a eu des élections législatives anticipées ce dimanche. Le parti au pouvoir (TRT, Thai Rak Thai, «les Thaïlandais aiment les Thaïlandais») emmené par Thaksin Shinawarta, a largement remporté le scrutin. Mais l’opposition politique appelait au boycott de cette élection. Et cela s’est traduit par de nombreux votes blancs. De quoi jeter le discrédit sur la victoire de Thaksin Shinawarta. Ce dernier a d’abord voulu passer outre, puis il s’est ravisé, suite à un tête-à-tête avec le roi de Thaïlande, mardi soir. Finalement, le Premier ministre a annoncé qu’il se retirait de son poste. «Je me mets en retrait pour l’instant», a-t-il annoncé, en précisant simplement qu’il comptait prendre des vacances dans un premier temps. Et de désigner son bras droit, Chiddai Vanasathidya, actuel vice-Premier ministre et ministre de la Justice, pour assurer l’intérim.

Le feuilleton aurait pu s’arrêter là, mais la situation semble plus compliquée. Sur le plan purement constitutionnel, la nomination d’un nouveau Premier ministre doit s’opérer par le biais du Parlement. Or, en l’état, le Parlement ne peut se réunir, puisque tous les sièges ne sont pas pourvus, le boycott par l’opposition du scrutin de dimanche ayant entraîné l’invalidation du vote dans plusieurs circonscriptions. Des élections partielles sont prévues le 23 avril prochain dans ces mêmes circonscriptions. Mais d’ores et déjà, les partis d’opposition maintiennent leur appel au boycott. Ce qui ne fait que retarder la mise en place d’un Parlement et, par voie de conséquence, la désignation du futur Premier ministre. «Nous nous sommes mis d’accord sur une opposition commune, a expliqué Chulin Laksanaviset, numéro deux du Parti démocrate, s’exprimant au nom des partis d’opposition. Nous ne participerons pas à ces élections partielles. Nous n’enverrons des candidats qu’après des réformes politiques

«Tirer les ficelles» du pouvoir

Concernant l’attitude de Thaksin Shinawarta, l’opposition reste sur ses gardes, craignant un éventuel retour de l’ex-chef du gouvernement. Ce départ de Thaksin Shinawarta est-il «une rupture totale ou un habile stratagème ?», s’interroge d’ailleurs le quotidien Bangkok Post, dans son édition de jeudi. Il faut dire que l’ancien Premier ministre peut se prévaloir de nombreux supporteurs, notamment dans le monde rural. Il dispose également d’une solide base militante, qui lui a manifesté son soutien mercredi au siège du parti TRT. Enfin, il y a cette déclaration du porte-parole du gouvernement, Surapong Suebwonglee, laissant entendre que Thaksin Shinawarta pourrait, si nécessaire, reprendre les rênes du gouvernement.

Face à une posture qu’elle considère un peu ambiguë, l’opposition réclame que Thaksin Shinawarta quitte définitivement la scène politique. «S’il fait juste une pause en tirant les ficelles, ça ne veut pas dire exactement se retirer mais plutôt garder le contrôle du nouveau Premier ministre» , estime Abhisit Vejjajiva, chef du Parti démocrate.

Le «pouvoir du peuple» en question

La situation politique est loin d’être normalisée. Et de surcroît, ces événements en Thaïlande provoquent une polémique profonde autour de la légitimité du pouvoir. La question est posée par Michael Nelson. Interrogé par l’AFP, ce politologue de l’Université de Chulalongkorn à Bangkok se demande si «les manifestants (en Thaïlande) n’ont pas franchi la limite entre une culture démocratique légitime et la loi de la meute». Pour abonder dans ce sens, certains experts rappellent que Thaksin Shinawarta a remporté des élections, notamment grâce au vote des paysans. «Il a apporté beaucoup de bonnes choses dans les campagnes qui ont été négligées pendant des années, explique Thitinan Pongsudhirak, également chercheur à l’université de Chulalongkorn. Il a su exploiter habilement la division entre villes et monde rural». Aussi, ce politologue dénonce-t-il «la mise en péril de la démocratie» de la part des manifestants à Bangkok. Michael Nelson abonde dans ce sens en affirmant que l’éviction de Thaksin Shinawarta constitue un «déni de droit pour la plupart des gens qui vivent hors de Bangkok».

Mais en face, d’autres experts défendent les manifestations pacifiques dans les rues, considérées précisément comme une voix d’expression démocratique. Parmi ces partisans, Marc Gopin, universitaire américain. Interrogé par l’AFP, il estime que «les élections ne sont qu’une petite partie de la démocratie. Le fascisme se nourrit de populations ignorantes qui sont facilement bernées. Les véritables repères de la démocratie sont la loi, les droits de l’homme et la libre-parole».

En tout cas, les formations d’opposition ont appelé leurs partisans à maintenir leur pression et à se rassembler vendredi 7 avril.


par Olivier  Péguy

Article publié le 06/04/2006 Dernière mise à jour le 06/04/2006 à 18:20 TU