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Economie

La France à la conquête du Brésil

Le président Jacques Chirac entame mercredi une tournée au Brésil et au Chili pour promouvoir les échanges entre les entreprises françaises et celles de ces deux pays d’Amérique latine.(Photo : AFP)
Le président Jacques Chirac entame mercredi une tournée au Brésil et au Chili pour promouvoir les échanges entre les entreprises françaises et celles de ces deux pays d’Amérique latine.
(Photo : AFP)
Jacques Chirac entame mercredi une visite de quatre jours au Brésil et au Chili. Mercredi en fin de journée, le chef de l’Etat français arrive à Brasilia. Vendredi, il part pour Santiago. Des discussions politiques, mais aussi économiques, sont au menu de ce voyage présidentiel.

Pour la France, il s’agit de resserrer les liens avec deux pays émergents jugés « exemplaires ». Pour le président français, il s’agit aussi de prendre provisoirement le large face aux à une affaire Clearstream dont les rumeurs empoisonnent le fonctionnement du gouvernement. Jacques Chirac s’échappe donc de l’Elysée pendant quatre jours à l’occasion de ce voyage officiel en Amérique du Sud. Le chef de l’Etat français se rend d’abord au Brésil, puis au Chili. Ces deux étapes seront l’occasion de contacts politiques avec ses homologues brésilien et chilien. En parallèle, des discussions chercheront à dynamiser les échanges économiques avec ces deux pays émergents du continent sud-américain. 

L’année dernière, le président Luiz Inacio Lula da Silva était venu en visite officielle en France. Il avait même assisté au défilé du 14 juillet. Jacques Chirac rencontrera le président brésilien dans la capitale, Brasilia. Là-bas, on veut profiter de cette visite pour officialiser un « partenariat stratégique » avec la France. Un dialogue politique régulier va également être mis en route au niveau des ministres des Affaires étrangères. Ils auront des échanges de vue sur la marche du monde. Ces attentes ont été annoncées par le sous-secrétaire brésilien aux Affaires étrangères, Antonio Patriota, avant l’arrivée du président français.

Sur le plan politique, Jacques Chirac sera reçu jeudi par le président da Silva. Et le chef de l’Etat français sera invité à prononcer une allocution devant le Congrès. Des accords seront signés entre les deux pays dans le domaine de l’éducation et de la défense. Des échanges de diplomates devraient également être formalisés.

« Il faut aller là où se situe la croissance de l’économie mondiale, là où se situent les grands pôles de développement et y faire connaître les succès de la France et les capacités françaises ». C’est ainsi que le porte-parole de la présidence française a résumé l’esprit de ce voyage officiel. Cet état d’esprit a déjà conduit Jacques Chirac en Thaïlande, en Inde, en Arabie Saoudite cette année, en attendant de retourner en Chine, l’automne prochain.

Une croissance annonciatrice de contrats

La croissance au Brésil devrait atteindre 5% en 2006 ; celle du Chili est encore plus dynamique puisque le chiffre de 6% est avancé, l’économie chilienne étant considérée comme la plus compétitive d’Amérique latine. Ces courbes montantes peuvent laisser espérer aux Français une moisson de contrats. Et si le chef de l’Etat français est accompagné de 5 ministres (Affaires étrangères, Défense, Economie, Education et Industrie), sont également du voyage une vingtaine de grands patrons parmi lesquels ceux d’Alstom, Saint-Gobain, Areva, Suez et Thales.

En général, les contrats ne sont pas signés au moment même de la visite présidentielle. Cependant cette carte de visite fait, par la suite, son effet dans les négociations. Et pour le Brésil, il existe « un très fort potentiel de développement » des échanges. La France occupe la septième place seulement sur la liste des fournisseurs étrangers, ce qui représente 3,7% de parts de marché.

La présidente d’Areva, le groupe nucléaire français, est aux côtés de Jacques Chirac pour ce voyage au Brésil. Areva a l’intention de pousser sa candidature pour obtenir la relance d’Angra 3. En mars dernier, le Brésil a décidé de relancer la construction de réacteurs nucléaires. Sept sont programmés dans les 15 prochaines années. Mais le Brésil veut d’abord finir un réacteur dans cette centrale, installée à proximité de Rio, dont la construction fut gelée en 1986. Obtenir un premier contrat à Angra dos Reis permettrait à Areva de se positionner pour les contrats suivants. Tout laisse à penser que les incertitudes sur la fourniture de gaz bolivien vont conforter Brasilia dans sa décision de relancer sa filière électronucléaire. Depuis que le président Morales a décidé de nationaliser le secteur des hydrocarbures, le Brésil s’attend à un renchérissement du prix du gaz alors que la Bolivie lui fournit la moitié de sa consommation.

La France et le Brésil ont également l’intention de coopérer dans le domaine de l’éthanol. L’idée serait de faire profiter les Caraïbes (notamment Haïti) et l’Afrique du savoir-faire brésilien dans les biocarburants. Avec la montée du prix du baril de pétrole, l’expérience brésilienne commence à intéresser d’autres pays. Il y a eu des ratés mais, aujourd’hui, 70% des voitures neuves roulant au Brésil sont équipées de moteurs « flex-fuel », c’est-à-dire utilisant, au choix, l’éthanol ou l’essence comme carburant. La France, pays agricole, commence à s’inspirer de l’expérience brésilienne. A partir de 2010, les automobilistes français trouveront dans toutes les stations-service des biocarburants. Et d’ici trois ans, le constructeur français Renault, installé au Brésil, proposera sur le marché français des voitures équipées de moteurs mixtes essence-biocarburant, des moteurs « flex-fuel ».

Accords et désaccords Chirac-Lula

Le président Lula a soutenu le président Chirac dans son projet de taxe sur les billets d’avion pour financer la lutte contre le sida dans les pays pauvres. Et la France soutient le Brésil dans son désir d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Les deux présidents auront donc des points d’accord. En revanche, ils n’ont pas la même position concernant les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le Brésil veut que l’Union européenne ouvre son marché aux produits agricoles brésiliens. Elle est contre, avec le soutien appuyé de la France. L’UE voudrait d’abord que les pays émergents, et en particulier le Brésil, abaissent leurs droits de douane pour faciliter l’importation de produits industriels et de services en provenance du Vieux continent. Il n’est pas sûr que les discussions entre les deux chefs d’Etat fassent avancer ce dossier.

Le président français fera au Chili la deuxième étape de son voyage sud-américain. C’est la première fois qu’un chef d’Etat français s’y rend depuis la visite du général de Gaulle, en 1964. Discuteront-ils de Ségolène Royal et de ses chances à la prochaine présidentielle française ? En tout cas, la favorite actuelle des sondages français était venue à Santiago, avant Chirac, pour soutenir Michelle Bachelet lorsqu’elle était en campagne pour la présidentielle, l’hiver dernier. Question politique, le président français a l’intention de saluer «l’ancrage démocratique » du Chili qui met de la distance avec la période de la dictature Pinochet.

Le business sera également au programme car là encore, la part de marché de la France est faible avec 2,3% de part de marché. Le chef de l’Etat français présidera un forum économique franco-chilien et visitera le métro de Santiago, construit en grande partie par des entreprises françaises.


par Colette  Thomas

Article publié le 23/05/2006 Dernière mise à jour le 23/05/2006 à 17:36 TU